Comment la RTS (Sénégal) tente de rester la télévision de tous les Sénégalais face à l’explosion des chaînes privées et du numérique
Pendant des décennies, la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) a régné sans partage sur le paysage audiovisuel sénégalais. Seule chaîne nationale jusqu’au début des années 2000, elle demeure aujourd’hui le principal média de service public du pays. Mais son environnement a profondément changé. Face à la montée en puissance de chaînes privées comme 2STV, TFM, Walf TV, ITV, 7TV ou encore SEN TV, la RTS doit désormais défendre sa place dans un marché devenu extrêmement concurrentiel, où YouTube, Facebook et TikTok captent une part croissante de l’audience, notamment chez les jeunes.
La RTS conserve toutefois un avantage majeur : son maillage national. Grâce à son réseau d’émetteurs, ses chaînes RTS1 et RTS2 couvrent l’ensemble du territoire, y compris les zones rurales où l’accès à Internet reste plus limité. Ses journaux télévisés en français et en wolof, ses émissions agricoles, culturelles, religieuses et sportives continuent d’en faire un média de référence pour une large partie de la population. Cette mission de service public explique que l’État continue de soutenir fortement l’entreprise, notamment à travers un nouveau mécanisme de financement adopté en 2024.
Une télévision publique au cœur des enjeux politiques
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en 2024, la gouvernance de la RTS a changé de visage avec la nomination du journaliste Pape Alé Niang à sa direction générale. Ancien patron de Dakar Matin et figure très critique du précédent pouvoir, il a été chargé de moderniser une institution régulièrement accusée, sous les précédents gouvernements, de privilégier la communication officielle. Sa nomination a suscité autant d’espoirs que d’interrogations sur l’indépendance éditoriale de la télévision publique.
Selon le ministère sénégalais de la Communication, le pays compte désormais 35 chaînes de télévision, environ 300 radios, près de 150 sites d’information et une cinquantaine de titres de presse écrite. Cette explosion de l’offre oblige la RTS à revoir sa stratégie pour conserver son influence, alors que les habitudes de consommation de l’information évoluent rapidement.
Le sport, principal moteur d’audience
Comme dans de nombreux pays africains, les grands événements sportifs restent les programmes les plus fédérateurs. Les droits de diffusion de la Coupe d’Afrique des nations, de certaines compétitions internationales ou encore des matchs des Lions de la Teranga constituent un levier essentiel pour maintenir de fortes audiences. Conscient de cet enjeu, l’État a d’ailleurs prévu que le nouveau dispositif de financement de la RTS contribue notamment à l’acquisition des droits sportifs majeurs.
Au-delà du sport, la chaîne mise sur des rendez-vous quotidiens identifiés comme JT 20H, Xibaar Yi en wolof, Kenkelibaa, Midi Première ou encore ses magazines de débat et d’information. La RTS a également accéléré son virage numérique avec une plateforme de replay, une application mobile et une présence renforcée sur les réseaux sociaux afin d’aller chercher un public plus jeune, désormais habitué à consommer l’information sur smartphone.
Une transformation indispensable pour rester influente
L’un des principaux défis de la télévision publique reste toutefois son modèle économique. Dans un contexte budgétaire tendu, les autorités sénégalaises poursuivent une réforme globale du secteur des médias. Celle-ci s’accompagne d’une professionnalisation des entreprises de presse, d’une meilleure régulation et d’une modernisation des dispositifs de financement. En parallèle, le Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) a distribué plus de 1,89 milliard de FCFA en 2025 à 164 bénéficiaires, illustrant la volonté des pouvoirs publics de soutenir l’ensemble de l’écosystème médiatique sénégalais.
La RTS demeure aujourd’hui la principale vitrine audiovisuelle de l’État sénégalais, mais elle n’évolue plus dans une situation de monopole. Face à des groupes privés très offensifs, à l’essor des plateformes numériques et à une jeunesse qui délaisse progressivement la télévision linéaire, son avenir dépendra de sa capacité à produire des contenus attractifs, à renforcer sa crédibilité éditoriale et à réussir sa transition numérique. Plus qu’un simple diffuseur public, la RTS joue désormais sa place dans un paysage médiatique africain où la concurrence est devenue permanente.
La rédaction
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