YouTube, partenaire ou menace ? Le dilemme des médias publics face aux jeunes générations
Longtemps perçu comme un concurrent direct de la télévision, YouTube devient progressivement un passage obligé pour les grands groupes audiovisuels. La BBC a signé un partenariat avec la plateforme en janvier 2026, suivie par France Télévisions à la fin du mois d’avril. Pour Sandrine Roustan, directrice générale des contenus de la RTBF, ces accords posent une question centrale : les médias traditionnels peuvent-ils encore se permettre de rester à distance de la première plateforme vidéo mondiale ?
Les raisons de la méfiance sont nombreuses. YouTube capte une part importante des recettes publicitaires, contrôle ses algorithmes et peut modifier unilatéralement ses règles de diffusion. Les médias qui y publient leurs contenus ne maîtrisent ni la manière dont ils sont recommandés, ni l’environnement dans lequel ils apparaissent. La plateforme ne participe pas directement au financement de la création audiovisuelle et bénéficie d’un statut d’hébergeur ou d’agrégateur, bien moins contraignant que celui imposé aux éditeurs traditionnels.
Une dépendance risquée mais devenue difficile à éviter
Le système de recommandations privilégie la rétention de l’attention et peut enfermer les utilisateurs dans des univers de contenus très similaires. Pour un média de service public, chargé de garantir le pluralisme, la diversité et la qualité de l’information, publier sur YouTube revient donc à accepter un cadre conçu avant tout pour maximiser le temps passé sur la plateforme.
Pourtant, l’absence comporte un risque encore plus grand. Les 18-34 ans consomment désormais une part croissante de leurs contenus sur les plateformes vidéo et ne se tournent presque plus spontanément vers les chaînes linéaires, sauf lors de grands événements sportifs. Une présence irrégulière, composée de quelques extraits déposés sans véritable stratégie, ne suffit plus. Elle condamne les médias traditionnels à devenir invisibles auprès d’une génération habituée à des identités éditoriales claires et à des rendez-vous immédiatement identifiables.
Toucher les jeunes devient une mission de service public
Pour Sandrine Roustan, la question ne doit donc pas être abordée uniquement sous l’angle de la rentabilité. Un média public est financé pour informer tous les citoyens, y compris ceux qui ne regardent plus la télévision classique. Sa présence sur YouTube peut ainsi être considérée comme un prolongement de sa mission : diffuser une information vérifiée, développer la connaissance et fournir des clés de compréhension du monde là où se trouve réellement le public.
Le retour sur investissement ne se mesure alors pas seulement en recettes publicitaires ou en abonnements. Il se trouve aussi dans la visibilité, la notoriété et la confiance construites auprès des jeunes adultes. Publier sur YouTube ne signifie pas nécessairement y transférer l’intégralité des programmes. Les médias peuvent sélectionner certains contenus, développer des formats spécifiques et adapter leur narration aux usages de la plateforme sans abandonner leur identité.
Produire pour les usages d’aujourd’hui, sans renoncer à son rôle
L’enjeu n’est plus de pousser les jeunes vers les formats historiques de la télévision, mais de concevoir des contenus qu’ils auront envie de regarder dans les environnements qu’ils utilisent déjà. Formats plus directs, vidéos incarnées, explications visuelles, conversations avec les communautés : les médias publics doivent apprendre de nouveaux codes sans céder sur la rigueur éditoriale.
Pour les diffuseurs traditionnels, YouTube reste donc à la fois un concurrent, un distributeur et un outil de reconquête. La véritable question n’est plus de savoir s’ils travaillent pour la plateforme, mais s’ils acceptent de laisser toute une génération s’informer sans eux. Dans cette bataille pour l’attention, rester désirable auprès des plus jeunes n’est plus seulement une ambition numérique : c’est devenu un enjeu démocratique.
La rédaction
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