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Manifeste pour une télévision qui ressemble enfin à la France

Par Aimé Kaniki Publié le 06 Août 2026 à 16h12 4 min de lecture
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Manifeste pour une télévision qui ressemble enfin à la France
Manifeste pour une télévision qui ressemble enfin à la France

Il y a des silences qui deviennent des complicités.

Celui des chaînes. Celui des producteurs. Celui des dirigeants. Celui des annonceurs. Celui des journalistes eux-mêmes.

Depuis des années, le paysage audiovisuel français se félicite de ses « efforts » en matière de diversité. Quelques recrutements par-ci, quelques visages par-là, quelques opérations de communication bien ficelées… Puis le rideau retombe. Et tout recommence.

Car la vérité est brutale : la télévision française reste l’un des milieux les plus fermés du pays.

Les plateaux changent de décor, les logos évoluent, les technologies progressent. Mais les profils, eux, restent désespérément les mêmes. Les mêmes écoles. Les mêmes réseaux. Les mêmes familles médiatiques. Les mêmes cercles parisiens. Les mêmes codes sociaux.

On parle de diversité comme d’un objectif. Elle devrait être une évidence.

Combien de journalistes noirs présentent les grands journaux télévisés ? Combien de directeurs de rédaction issus des quartiers populaires ? Combien de producteurs d’origine africaine, maghrébine, asiatique ou ultramarine dirigent réellement des émissions de premier plan ? Combien de décideurs peuvent dire, sans mentir, que leurs équipes ressemblent à la société française ?

La réponse dérange.

On préfère alors mettre en avant quelques exceptions. Toujours les mêmes noms. Toujours les mêmes exemples. Comme si quelques réussites individuelles suffisaient à masquer un système profondément verrouillé.

Le problème n’est pas seulement le manque de diversité à l’écran.

Le vrai problème est l’absence de diversité là où se prennent les décisions.

Qui choisit les présentateurs ? Qui recrute les journalistes ? Qui décide des promotions ? Qui attribue les émissions ? Qui valide les grilles ? Qui dirige les rédactions ?

Toujours les mêmes profils.

Et c’est là que naît l’entre-soi.

On recrute ceux qui nous ressemblent. On fait confiance à ceux que l’on connaît. On recommande ceux issus du même réseau. Ce n’est pas forcément du racisme assumé. C’est parfois pire : un conformisme devenu automatique.

Pendant ce temps, des centaines de jeunes journalistes talentueux renoncent.

Parce qu’ils ne connaissent personne.

Parce qu’ils n’ont pas fait « la bonne école ».

Parce qu’ils n’ont pas grandi dans le bon arrondissement.

Parce que leur nom, leur accent, leur couleur de peau ou leur parcours semblent toujours devoir être justifiés davantage que ceux des autres.

Et quand l’un d’eux ose dénoncer ces mécanismes, il devient immédiatement « victimaire », « communautariste » ou « obsédé par les questions identitaires ».

Comme si réclamer simplement l’égalité des chances était devenu une provocation.

Le plus inquiétant est sans doute cette forme d’impunité.

Chaque année, les études montrent les mêmes déséquilibres. Chaque année, les rapports du régulateur rappellent les mêmes constats. Chaque année, les dirigeants promettent de faire mieux.

Et chaque année, rien ne change réellement.

Les nominations continuent de circuler entre les mêmes groupes.

Les grands postes restent occupés par les mêmes profils.

Les émissions emblématiques changent d’animateur… mais rarement de visage.

La télévision adore raconter la France.

Elle refuse encore trop souvent de lui ressembler.

Pourtant, la diversité n’est ni une faveur ni un quota.

C’est une exigence démocratique.

Une rédaction plus diverse raconte mieux le monde.

Un plateau plus représentatif pose d’autres questions.

Une direction plus ouverte prend de meilleures décisions.

La diversité ne menace pas l’excellence.

Elle l’enrichit.

Le véritable mérite consiste à donner leur chance aux meilleurs, d’où qu’ils viennent.

Le véritable danger, ce n’est pas la diversité.

C’est l’entre-soi.

Parce qu’un média qui finit par ne parler qu’à ceux qui lui ressemblent finit aussi par ne plus comprendre le pays qu’il prétend informer.

La télévision française n’a pas besoin d’un nouveau slogan sur l’inclusion.

Elle a besoin d’un électrochoc.

Il est temps que les promesses deviennent des actes, que les discours soient suivis de résultats et que les portes s’ouvrent enfin à tous les talents.

Car une démocratie ne peut pas durablement accepter que ceux qui racontent la société soient aussi peu représentatifs de celle-ci. Une télévision qui exclut une partie de la population de ses rédactions, de ses directions et de ses antennes finit, tôt ou tard, par perdre la confiance du public.

Le changement ne viendra pas des déclarations d’intention.

Il viendra le jour où la diversité ne sera plus un événement… mais simplement la norme.

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Aimé Kaniki

Aimé Kaniki

Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.

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