Journalisme : quand le réseau devient presque indispensable pour décrocher un emploi
Dans le journalisme, envoyer un CV et attendre qu’une rédaction rappelle ne suffit pas toujours. Derrière les annonces officielles existe un marché de l’emploi beaucoup moins visible, alimenté par les recommandations, les anciens collègues et les informations échangées entre journalistes. « Dans ce milieu, tout est du bouche-à-oreille », résume Barbara Delad, journaliste pigiste passée par plusieurs grandes rédactions, notamment TF1 et BFMTV, dans le deuxième épisode du podcast « Officieusement ».
Son constat soulève une question récurrente chez les jeunes journalistes et les pigistes : les opportunités professionnelles circulent-elles trop souvent à l’intérieur des réseaux existants ? Une rédaction ayant besoin rapidement d’un journaliste peut naturellement commencer par contacter quelqu’un qu’elle connaît ou demander des recommandations à son équipe. Une méthode efficace pour l’employeur, mais beaucoup moins favorable à celui qui possède les compétences sans avoir encore construit son carnet d’adresses.
« Tout est du bouche-à-oreille »
Cette logique est particulièrement importante dans un secteur où les besoins peuvent apparaître très rapidement. Remplacement, reportage, nouvelle émission ou renfort ponctuel : certaines opportunités peuvent être pourvues avant même d’avoir fait l’objet d’une annonce largement accessible. Le réseau devient alors une sorte de marché parallèle de l’emploi, dans lequel savoir qu’un poste existe constitue déjà un avantage considérable.
Le problème dépasse donc la simple question du piston. Être recommandé ne signifie pas nécessairement être recruté sans compétences. En revanche, lorsque l’information circule essentiellement entre personnes déjà intégrées au secteur, les candidats extérieurs à ces cercles partent avec un handicap. Écoles reconnues, stages dans de grandes rédactions et premières piges permettent progressivement de rencontrer les bonnes personnes. Ceux qui n’ont pas accès à ces portes d’entrée doivent souvent travailler davantage pour simplement obtenir la même information.
Job Alert veut rendre visibles les opportunités cachées
C’est notamment pour répondre à cette situation que Barbara Delad a créé Job Alert, un canal Instagram consacré aux opportunités professionnelles dans le journalisme. D’après les informations communiquées autour d’« Officieusement », la communauté rassemble désormais plus de 5 000 membres et centralise différentes offres du secteur.
L’idée est simple mais touche directement à l’une des faiblesses du marché : faire sortir les offres des cercles privés. Une opportunité transmise entre quelques journalistes peut ainsi devenir accessible à plusieurs milliers de professionnels ou d’aspirants journalistes. Pour les pigistes, particulièrement dépendants de la multiplication des collaborations, disposer d’un endroit centralisant ces recherches peut aussi réduire une partie du temps consacré à prospecter.
Le réseau favorise-t-il toujours les mêmes profils ?
Derrière cette problématique se cache également celle de la diversité des rédactions. Si les journalistes recrutent ou recommandent principalement des personnes rencontrées dans les mêmes écoles, les mêmes stages et les mêmes environnements professionnels, le bouche-à-oreille risque mécaniquement de reproduire les réseaux déjà en place. Le candidat compétent mais éloigné de Paris, issu d’une formation moins connue ou ne connaissant personne dans une grande rédaction peut alors rester invisible.
Cela ne signifie pas que les rédactions fonctionnent exclusivement par relations personnelles, ni que toutes les opportunités sont cachées : le témoignage fourni ne permet pas de quantifier la proportion des recrutements provenant du réseau. Mais l’existence même d’initiatives comme Job Alert illustre un besoin de meilleure circulation de l’information professionnelle. Publier davantage les recherches de pigistes et les postes disponibles permettrait à la compétence de peser davantage dès la première étape : celle qui consiste simplement à pouvoir candidater.
Rendre l’emploi journalistique plus transparent
Le paradoxe est assez frappant pour une profession dont la mission consiste précisément à rendre l’information accessible. Une partie de son propre marché du travail demeure pourtant difficile à lire pour ceux qui n’en maîtrisent pas les codes. Construire son réseau reste évidemment utile dans pratiquement tous les secteurs, et particulièrement dans les métiers reposant sur la confiance et la réactivité. Mais le réseau devrait faciliter une carrière, pas constituer une condition préalable pour avoir connaissance des opportunités.
Avec ses milliers de membres, Job Alert tente finalement de transformer le bouche-à-oreille en quelque chose de beaucoup plus collectif. L’initiative de Barbara Delad ne supprimera évidemment ni les recommandations ni les carnets d’adresses. Elle peut en revanche contribuer à casser un mécanisme beaucoup plus problématique : celui où il faut déjà être dans le milieu pour apprendre comment entrer dans le milieu.
La rédaction
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