Affaire Patrick Bruel : le soutien très maladroit de Patrick Sébastien sur W9
Invité de « Tout beau, tout n9uf » sur W9, Patrick Sébastien a tenté de défendre Patrick Bruel tout en affirmant respecter la parole des femmes qui l’accusent. Une position présentée comme équilibrée, mais fragilisée par une « conviction » personnelle fondée essentiellement sur leur amitié et des souvenirs vieux de quarante ans.
La question posée par l’émission de Cyril Hanouna était déjà délicate : les médias sont-ils devenus un tribunal ? Pourtant, le débat a rapidement conduit Patrick Sébastien à se prononcer sur la personnalité de Patrick Bruel, visé par des accusations de violences sexuelles. L’ancien animateur du « Plus Grand Cabaret du monde » a rappelé avoir connu le chanteur dès 1985 et ne l’avoir jamais vu « mal se conduire ». Un témoignage très limité, comme il l’a lui-même reconnu, puisqu’il repose sur des scènes observées plusieurs décennies auparavant et ne permet évidemment pas d’éclairer les faits aujourd’hui dénoncés.
Patrick Sébastien a pourtant voulu afficher une position prudente. Il a appelé à respecter la présomption d’innocence de son ami, mais aussi la sincérité des femmes qui ont pris la parole. Il a également refusé de « l’absoudre » ou de « le condamner » avant que la justice ne se prononce. Cette réserve aurait pu clore utilement son intervention. Elle a cependant été affaiblie lorsqu’il a accepté de répondre à Gilles Verdez, qui lui demandait de livrer son intime conviction.
Une « conviction » personnelle qui brouille le message
En déclarant qu’il ne voyait pas Patrick Bruel « violer, droguer, forcer quelqu’un », Patrick Sébastien a formulé une défense particulièrement problématique. Le fait de ne jamais avoir été témoin d’un comportement criminel ne permet pas de conclure qu’il serait inconcevable. Les violences sexuelles se déroulent rarement devant les amis, les collègues ou les caméras. Transformer une impression personnelle en argument public revient donc à opposer une réputation et une relation amicale à la parole des personnes qui accusent le chanteur.
L’intervention révèle surtout les limites de ces débats télévisés dans lesquels l’entourage d’une personnalité mise en cause est sommé de choisir entre condamnation et soutien. Patrick Sébastien pouvait rappeler son amitié et demander que la justice travaille sans s’aventurer sur le terrain de la « conviction ». En cherchant à protéger Patrick Bruel tout en affirmant ne pas minimiser les accusations, il a produit un discours confus et contradictoire, susceptible d’être perçu comme une caution publique. Dans une affaire aussi grave, la proximité personnelle ne constitue ni une preuve d’innocence ni un élément permettant d’évaluer la crédibilité des témoignages.
Éléonore kervadec
Éleonore Kervadec est journaliste de formation et spécialiste de la communication. Après plusieurs années au sein de directions de la communication de sociétés de production audiovisuelle, elle s’est imposée comme une experte des stratégies d’image, des relations publiques et de la valorisation de contenus médiatiques.
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