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Radio France et France Télévisions : la grève du 21 septembre relance le conflit Sapin

Par La rédaction Publié le 16 Sep 2026 à 10h38 7 min de lecture
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Radio France et France Télévisions : la grève du 21 septembre relance le conflit Sapin
Radio France et France Télévisions : la grève du 21 septembre relance le conflit Sapin

Les personnels de Radio France ont voté un nouveau préavis de grève pour lundi 21 septembre contre le maintien de Charles Sapin à l’édito du dimanche sur France Inter. Le conflit gagne franceinfo TV, où les syndicats de France Télévisions contestent les mêmes interventions. Le dossier pose désormais une question de doctrine : jusqu’où le service public peut-il ouvrir ses antennes au nom du pluralisme.

Une deuxième grève après deux jours d’antenne amputée

Mardi 15 septembre, une assemblée générale de l’intersyndicale de Radio France a voté à l’unanimité le principe d’une nouvelle journée de grève le 21 septembre. L’objectif reste le même depuis le début du mois : obtenir le retrait de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, de l’édito politique du dimanche matin sur France Inter.

Depuis le 30 août, le journaliste livre une chronique de deux minutes trente dans la matinale de la première radio de France. Deux numéros ont déjà été diffusés. Les 13 et 14 septembre, une première grève a remplacé une partie des grilles de France Inter, de France Culture et, plus partiellement, de franceinfo par de la musique, coupée d’un bandeau d’information aux auditeurs. Le mouvement a été suffisamment suivi pour que la direction ne puisse plus traiter l’affaire comme un incident interne.

Dans la matinée du 15 septembre, Céline Pigalle, directrice de France Inter, a reçu syndicats et chefs de service. Elle a proposé un séminaire sur les modalités du pluralisme, une demande formulée par des journalistes de la station avant même ce conflit. L’assemblée générale a tranché autrement : pas de discussion de fond tant que la chronique n’est pas retirée. « Nous maintenons la mobilisation pour que la direction poursuive la discussion », a indiqué Renaud Dalmar, délégué CFDT. Lionel Thompson, pour la CGT, a résumé la ligne de l’AG : « poser au préalable le retrait de la chronique de Charles Sapin ».

Du micro d’Inter au plateau de franceinfo TV

Le dossier a changé d’échelle dimanche 13 septembre. Invité sur franceinfo TV face à Rokhaya Diallo, Charles Sapin a déclaré : « Je ne vois pas pourquoi la nationalité ne devrait pas devenir un critère » dans l’attribution des logements sociaux. La phrase a été lue par les syndicats comme un écho direct à la « priorité nationale » défendue la veille par Marine Le Pen. Sud France Télévisions a évoqué un appel à la grève dans le sillage de Radio France. Un tract a dénoncé un « sentiment de malaise au sein des équipes ».

La direction de France Télévisions a répondu que l’éditorialiste « vient le dimanche face à Rokhaya Diallo » pour « un débat, une confrontation de points de vue différents ». L’argument est celui du contradictoire. Il ne clôt pas le débat social. Pour les organisations syndicales des deux groupes publics, le problème n’est pas seulement une phrase : c’est le signal envoyé en accueillant, à intervalle régulier, le numéro deux d’un titre plusieurs fois condamné pour incitation à la haine, et dont l’actionnariat compte Pierre-Édouard Stérin.

Charles Sapin a quitté Le Point cet été pour Valeurs actuelles. Radio France et France Télévisions l’ont fait entrer dans leurs dispositifs d’opinion au même moment, à neuf mois d’une séquence présidentielle déjà polarisée. Ce calendrier n’est pas anodin. Il explique pourquoi un édito de deux minutes trente a pu bloquer deux jours d’antenne.

Un pluralisme sous pression politique

Depuis 2025, l’audiovisuel public est accusé, notamment par l’UDR et le Rassemblement national, de pencher à gauche. Une commission d’enquête parlementaire a entretenu cette lecture. Dans ce climat, la direction de Radio France présente l’arrivée de Sapin comme une ouverture de l’éventail des voix. Le service public, selon cette logique, ne peut pas laisser le champ conservateur aux seules chaînes et radios privées.

Les syndicats inversent le raisonnement. Pour eux, le pluralisme du service public n’est pas un catalogue de toutes les offres du marché. Il s’inscrit dans un cadre : honnêteté de l’information, respect des courants de pensée dans les limites du droit, compatibilité avec les missions définies par la loi et contrôlées par l’Arcom. Accueillir Valeurs actuelles reviendrait, selon cette lecture, à banaliser une ligne qu’ils jugent incompatible avec le contrat d’antenne.

Le conflit n’est donc pas seulement personnel. Il porte sur la définition opérationnelle du pluralisme à l’approche de 2027. Qui décide qu’une voix est légitime ? La direction, au nom de l’équilibre politique ? Les rédactions, au nom de la déontologie ? Le régulateur, s’il est saisi ? Pour l’instant, l’arbitrage reste interne. Il ne le restera pas si les grèves se répètent et si le débat bascule à l’Assemblée ou à l’Arcom.

Un coût d’antenne et un test d’autorité

France Inter n’est pas une station secondaire. Toute perturbation de sa matinale se voit, s’entend et se commente. Deux jours de grève ont déjà dégradé l’offre d’information d’un week-end. Une nouvelle journée le 21 septembre, un lundi, toucherait les rendez-vous qui structurent le début de semaine. Pour un groupe public dont le financement est régulièrement contesté, chaque grille amputée alimente le procès en inefficacité.

L’autorité de la direction est également en jeu. Céder sur un nom, après avoir défendu le recrutement, affaiblirait Sibyle Veil et Céline Pigalle face aux prochaines nominations. Tenir ferme sans ouvrir de discussion crédible sur les critères d’antenne exposerait Radio France à un conflit d’usure. France Télévisions se trouve dans une position voisine : si franceinfo TV conserve Sapin sans apaiser les équipes, le front unique des deux groupes publics devient plausible.

Les conséquences dépassent les deux rédactions. Les chaînes d’info privées observent le dossier. Une partie de la presse y voit la confirmation que le service public filtre encore trop. Une autre y voit la preuve qu’une polarisation importée du privé gagne désormais les antennes financées par la contribution à l’audiovisuel. Les deux lectures coexistent. Aucune n’est tranchée par les faits disponibles à ce jour.

Ce que le 21 septembre va trancher

Lundi prochain, deux issues restent ouvertes. Soit le préavis se traduit par un mouvement large, et la direction devra reprendre la négociation sur le retrait de la chronique. Soit la grève est plus limitée, et Radio France pourra soutenir que le pluralisme se joue aussi dans la capacité à tenir une décision contestée. Dans les deux cas, France Télévisions devra dire si Sapin reste un débatteur régulier de franceinfo TV.

Un séminaire sur le pluralisme, s’il a lieu, ne suffira pas s’il élude la question concrète : quels titres, quelles lignes, quels profils sont admissibles à l’antenne publique, et selon quelle procédure. Sans cette clarification, chaque recrutement politique reproduira le même schéma : nomination, motion interne, grève, communication de crise.

À neuf mois de la présidentielle, l’audiovisuel public n’a plus seulement à gérer un éditorialiste. Il a à fixer une doctrine. Le 21 septembre ne clôturera probablement pas le dossier. Il dira si les deux groupes publics entendent encore le traiter en interne, ou s’ils laissent le conflit devenir un marqueur politique de la rentrée médiatique.

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