Mexique : un neuvième journaliste tué depuis janvier, la violence contre la presse persiste
Le Mexique est de nouveau frappé par la mort d’un journaliste. Vendredi 9 octobre 2026, Hamurabi Huesca Manzano, directeur du média numérique local Pinotepa Comunica, a été tué par balles dans l’État d’Oaxaca. Son décès intervient dans un contexte toujours particulièrement dangereux pour les professionnels de l’information, alors que Reporters sans frontières alerte depuis plusieurs mois sur la poursuite des assassinats de journalistes dans le pays.
Hamurabi Huesca Manzano dirigeait Pinotepa Comunica, un média local implanté dans la région de Santiago Pinotepa Nacional, sur la côte d’Oaxaca. Il exerçait également comme chauffeur de taxi. Selon les premiers éléments rapportés par les autorités locales, il se trouvait vendredi après-midi dans le quartier de La Planta lorsqu’une attaque armée a éclaté. Trois personnes ont été tuées. Les enquêteurs cherchent encore à établir précisément le déroulement des faits et les motivations des assaillants.
La piste du crime organisé privilégiée
D’après les premières investigations, l’attaque pourrait avoir visé en priorité une autre personne présente sur place, identifiée par les autorités comme liée à la criminalité locale. Hamurabi Huesca Manzano aurait alors été touché parce qu’il se trouvait à proximité au moment des tirs. Cette hypothèse reste à confirmer et n’exclut pas, à ce stade, que les enquêteurs examinent également sa qualité de journaliste.
Cette prudence est essentielle au Mexique, où les organisations de défense de la presse demandent régulièrement que la piste professionnelle soit systématiquement étudiée lorsqu’un journaliste est tué. ARTICLE 19 rappelle ainsi que, depuis 2000, 181 journalistes ont été assassinés au Mexique dans des circonstances pouvant être liées à leur travail, dont plusieurs depuis le début du mandat de Claudia Sheinbaum.
Une année 2026 déjà très meurtrière
La mort de Hamurabi Huesca Manzano s’inscrit dans une série particulièrement lourde. Reporters sans frontières indiquait encore récemment qu’un journaliste avait été tué en moyenne chaque mois au cours des sept premiers mois de 2026, et que 17 journalistes avaient été assassinés depuis le début de la présidence de Claudia Sheinbaum, le 1er octobre 2024.
Dans l’État d’Oaxaca, Francisco Alejandro Leyva Aguilar avait notamment été tué le 22 juillet 2026. ARTICLE 19 le présente comme le cas le plus récent alors documenté dans sa base des journalistes assassinés en lien possible avec leur activité professionnelle.
Les journalistes locaux particulièrement exposés
La situation reste particulièrement préoccupante pour les médias locaux, dont les équipes disposent souvent de moins de moyens de protection que les grandes rédactions nationales. Dans plusieurs régions, les journalistes couvrant la criminalité organisée, la corruption, les autorités municipales ou les conflits territoriaux travaillent dans un environnement où menaces et intimidations sont fréquentes.
RSF souligne que chaque assassinat contribue aussi à créer un climat de peur susceptible d’encourager l’autocensure et de réduire l’accès du public à une information indépendante. L’organisation appelle les autorités mexicaines à apporter une réponse politique et judiciaire à la hauteur d’une violence devenue structurelle.
Une pression persistante sur la liberté de la presse
Le Mexique dispose d’un mécanisme fédéral de protection des journalistes et des défenseurs des droits humains, mais les organisations spécialisées continuent de dénoncer les failles de ces dispositifs et, surtout, le niveau d’impunité entourant de nombreuses agressions.
La mort de Hamurabi Huesca Manzano remet donc une nouvelle fois la sécurité des journalistes au centre des préoccupations. Au-delà de la qualification exacte de cette attaque, l’affaire rappelle combien l’exercice du journalisme reste exposé dans plusieurs régions du Mexique, où informer peut encore représenter un risque direct pour ceux qui le font.




