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De RFI au Bénin, la nouvelle ambition du journaliste Claudy Siar aux cotés du président de la République

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De RFI au Bénin, la nouvelle ambition du journaliste Claudy Siar aux cotés du président de la République
De RFI au Bénin, la nouvelle ambition du journaliste Claudy Siar aux cotés du président de la République

Nommé chargé de mission du président Romuald Wadagni à la Culture, aux Médias et à la Visibilité du Bénin, l’ancien animateur de « Couleurs tropicales » entend consacrer son expérience au rayonnement du pays. Une nouvelle étape qu’il présente comme le prolongement de ses engagements et d’une histoire personnelle longtemps tournée vers l’Afrique.

« C’est l’homme que je suis que l’on est venu chercher et pas l’homme que l’on voudrait que je sois. » La formule résume la manière dont Claudy Siar envisage sa nouvelle vie. Dans un entretien accordé à Brut, l’homme de médias explique son choix de rejoindre l’équipe du président béninois Romuald Wadagni, qui l’a nommé, le 3 juin dernier, chargé de mission à la Culture, aux Médias et à la Visibilité du Bénin. À ceux qui s’interrogent sur ce passage auprès du pouvoir, il répond par une volonté d’action : mettre au service d’un pays les liens et l’expérience accumulés au fil de sa carrière.

Pour le public français, son nom reste indissociable de RFI. À partir de 1995, avec Couleurs tropicales, Claudy Siar a accompagné la diffusion des musiques africaines et caribéennes auprès des auditeurs de la radio internationale. Animateur, producteur, entrepreneur, il a aussi fondé Tropiques FM et multiplié les expériences à la télévision. Son parcours comporte déjà un passage par les institutions : en 2011, il avait été nommé délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer. La fonction béninoise s’inscrit ainsi dans une trajectoire où la culture, la représentation des diasporas et l’engagement public se sont souvent rencontrés.

Une histoire personnelle devenue un engagement national

Son installation au Bénin possède d’abord une dimension intime. Français d’origine guadeloupéenne, désormais également béninois, Claudy Siar raconte être arrivé le 17 mai pour achever les démarches liées à sa nationalité, assister à l’investiture du nouveau président et retrouver un peu de sérénité après une période éprouvante. Le 22 mai, il recevait à Ouidah son certificat de nationalité et son passeport. Une reconnaissance qu’il rattache à l’histoire de ses ancêtres déportés d’Afrique et à une interrogation ancienne sur l’appartenance.

Ce lien avec le Bénin ne s’est pas noué à la faveur d’une nomination. Sur TV5MONDE, le 24 septembre, il rappelait fréquenter le pays depuis 1991. Interrogé sur un éventuel éloignement de la France, il écartait cette lecture et revendiquait les différentes composantes de son identité. « Le Bénin nous répare de certains traumatismes de l’histoire », expliquait-il. À travers son propre parcours, il voit dans le rapprochement entre le pays et les afrodescendants la possibilité de renouer une histoire interrompue, sans effacer les appartenances forgées depuis.

La proposition de Romuald Wadagni est venue donner une traduction concrète à ce rapprochement. Selon le récit de Claudy Siar, le président lui a demandé de réfléchir à la place de la culture béninoise et aux relations que le pays pourrait développer avec l’Afrique et le reste du monde. Il lui a soumis des propositions, puis accepté une mission qu’il décrit comme résolument opérationnelle. « Le président a voulu que je sois dans l’action », souligne-t-il, en distinguant son rôle de celui d’un simple conseiller.

Bénin Influence, de la parole aux projets

Cette ambition prend notamment forme avec Bénin Influence, une structure destinée à faire connaître les talents et les initiatives du pays au-delà de ses frontières. Claudy Siar souhaite y réunir des Béninoises et des Béninois pleinement investis dans cette mission. Culture, médias, relations avec les diasporas : ces domaines correspondent à ceux qu’il fréquente depuis des décennies. L’enjeu consiste désormais à transformer cette expérience en projets utiles aux artistes, aux professionnels et à la visibilité du Bénin.

Les premières rencontres de travail donnent une indication de la méthode. Le 14 septembre, Claudy Siar a présenté au président les grandes lignes de l’action de Bénin Influence. Le 16 septembre, son équipe recevait une délégation de l’Union des professionnels des médias du Bénin pour échanger sur l’information, la communication et le rayonnement international. La structure annonce travailler sur plusieurs dossiers culturels. Leur aboutissement permettra de mesurer la portée d’une ambition que son responsable résume par trois verbes : « agir, dire, bâtir ».

L’appel dépasse les seuls cercles institutionnels. Dans sa présentation de Bénin Influence, Claudy Siar sollicite les habitants du pays, les Béninois de l’étranger et les afrodescendants. Il entend faire de leurs réalisations une part du récit national : « Vos succès individuels pour le Bénin sont des victoires collectives. » Cette volonté de relier les parcours individuels à une histoire commune rappelle le travail d’un animateur qui a longtemps fait circuler les voix et les créations entre l’Afrique, les Caraïbes et la France.

Une liberté de parole qu’il entend conserver

Reste la question de l’indépendance, inévitable pour une personnalité connue pour ses prises de position. Chez Brut, Claudy Siar l’aborde sans détour : « J’ai la prétention de dire que je n’ai jamais été récupéré par personne. » Il assure conserver sa liberté de jugement, tout en reconnaissant que ses priorités ont changé. « La mission qui est la mienne aujourd’hui ne m’oblige pas à prendre des positions sur certains conflits, sur des choses extrêmement clivantes », explique-t-il. Il veut consacrer davantage de temps à la construction de projets, sans considérer que cet engagement lui impose le silence.

Sa réponse sur l’Alliance des États du Sahel illustre cette position. Interrogé sur ses sympathies pour l’AES, qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, il dit souhaiter sa réussite, tout en précisant que cela ne signifie pas approuver toutes les décisions prises dans ces pays. Il insiste sur la réconciliation et les intérêts communs des populations africaines. Une manière, pour lui, de maintenir ses convictions panafricaines tout en assumant les responsabilités de sa fonction.

Au terme de l’entretien, Claudy Siar revient sur une chanson écrite en 2000, dans laquelle il interrogeait déjà sa place dans l’histoire et la terre où se sentir chez lui. Vingt-six ans plus tard, la question prend un sens nouveau. L’animateur dispose désormais d’un pays dont il partage la nationalité et d’une mission à laquelle consacrer son expérience. « À l’époque, en faisant cette chanson, j’écrivais peut-être une partie de mon histoire et je ne le savais pas encore », confie-t-il.

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