Mort de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, ancien grand reporter du Monde et spécialiste du monde arabe
Le journaliste et écrivain français Jean-Pierre Péroncel-Hugoz est mort le 7 octobre 2026, à l’âge de 86 ans. Ancien grand reporter et correspondant du quotidien Le Monde, il avait consacré une grande partie de sa carrière à l’observation du monde arabe, du Maghreb et du Moyen-Orient. Né le 16 mars 1940 à Marseille, ce passionné d’histoire, de politique et de littérature avait développé une connaissance approfondie des sociétés arabes au fil de ses nombreux déplacements. Journaliste au caractère affirmé, il s’était distingué par ses analyses souvent critiques des régimes politiques de la région et par son indépendance de ton, qui lui avait parfois valu des tensions avec les autorités des pays où il travaillait.
Entré au Monde en 1969, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz avait notamment exercé comme correspondant à Alger, au Caire et au Liban, où il avait couvert la guerre civile. Ses reportages lui avaient permis de suivre de près les transformations politiques du monde arabe, les rapports entre pouvoir et religion ainsi que les tensions diplomatiques régionales. En Algérie, ses articles critiques sur le régime de Houari Boumédiène avaient suscité des réactions des autorités. En Égypte, il avait également connu des difficultés avec le pouvoir et avait été expulsé du pays en 1981, quelques semaines avant l’assassinat du président Anouar el-Sadate. Ces expériences avaient contribué à façonner sa réputation de journaliste peu disposé à ménager les dirigeants qu’il observait.
Une plume indépendante et un auteur engagé dans les débats sur le monde arabe
Parallèlement à son activité journalistique, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz avait publié plusieurs essais et récits consacrés à l’histoire politique et culturelle des pays arabes. Son ouvrage Le Radeau de Mahomet, paru en 1983, avait notamment marqué les débats sur l’islam politique et la progression des mouvements islamistes. Il était également l’auteur d’Une croix sur le Liban, publié en 1984, qui lui avait valu le prix littéraire France-Liban. Ses analyses, parfois controversées, témoignaient d’un regard personnel sur les relations entre les sociétés occidentales et le monde arabo-musulman. Après son départ du Monde en 2004, il avait poursuivi ses activités d’écriture et de commentaire de l’actualité.
Le Maroc occupait une place particulière dans son parcours intellectuel et personnel. Il avait notamment collaboré au média marocain Le360, où il publiait des chroniques consacrées aux affaires politiques et culturelles. Attaché à la monarchie marocaine, il entretenait également des relations avec plusieurs personnalités littéraires et intellectuelles du royaume. Sa disparition marque la fin du parcours d’un journaliste qui avait traversé plusieurs décennies de bouleversements au Maghreb et au Moyen-Orient, de l’Algérie postindépendance aux conflits libanais, en passant par les grandes mutations politiques de l’Égypte. Par ses reportages, ses livres et ses prises de position, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz laisse une œuvre consacrée à la compréhension d’une région dont il avait fait l’un des principaux sujets de sa vie professionnelle.



