Angèle dévoile les secrets de fabrication de « Instinct » dans les coulisses de son studio pour Brut
À l’occasion de la sortie de son nouvel album « Instinct », Angèle a ouvert les portes de son processus créatif à Brut et Aymeric Goetschy. Aux côtés de son coproducteur historique Tristan Salvati, la chanteuse belge détaille la naissance de ses morceaux, de la première note enregistrée sur son téléphone jusqu’au mix final, en passant par les collaborations avec Justice et les influences de la French touch.
Chez Angèle, une chanson peut commencer n’importe où. Dans un supermarché, dans le métro, chez elle ou au détour d’un bruit entendu dans la rue. La chanteuse explique enregistrer constamment des notes vocales, des mélodies et des phrases sur son téléphone, sans chercher immédiatement à savoir si elles deviendront un morceau. Pour « New York City Blues », une partie importante de la chanson existait ainsi dès une première démo enregistrée chez elle, avant d’être oubliée puis retravaillée près de deux ans plus tard.
Cette accumulation d’idées constitue une véritable bibliothèque personnelle. Angèle utilise ses notes, ses mémos vocaux mais aussi un carnet pour conserver tout ce qui pourrait servir plus tard. « L’inspiration me vient plutôt chez moi, voire même quand je suis partout sauf au studio », explique-t-elle. Le studio devient alors moins un lieu d’inspiration qu’un espace de finition, où les intuitions sont transformées en productions abouties.
Tristan Salvati, partenaire essentiel de la fabrication de l’album
Présent depuis les débuts de la chanteuse, Tristan Salvati joue un rôle central dans la conception de « Instinct ». Angèle dit lui faire largement confiance, même si elle conserve le dernier mot sur ses chansons. Le producteur peut modifier une structure, retirer une production entière ou au contraire enrichir un morceau avec des cordes, des basses ou de nouveaux arrangements.
Sur « Taxi », par exemple, Tristan Salvati l’a poussée à abandonner une production plus pop pour revenir à un piano-voix, afin de mettre davantage en avant l’émotion du morceau. Sur d’autres titres, le travail consiste au contraire à multiplier les couches sonores puis à retrouver un équilibre pour éviter la surproduction.
Justice, Mylène Farmer et la French touch
« Instinct » porte également la marque de plusieurs collaborations extérieures. Pour « What You Want », Angèle a travaillé avec Justice. La première version reposait notamment sur un arpégiateur en trois temps associé à une batterie en deux temps, un mélange difficile à faire fonctionner. Le duo français a finalement trouvé une solution rythmique permettant de conserver cette idée tout en donnant davantage de groove au morceau.
La chanteuse révèle aussi avoir été fortement inspirée par Mylène Farmer pour ce titre, notamment par « cette idée de sensualité hyper assumée, féminine ». Plus largement, Angèle explique avoir grandi avec la French touch : Air, Daft Punk, Cassius, Kavinsky ou encore Sébastien Tellier font partie de ses références. Elle assure pourtant ne jamais avoir décidé de fabriquer consciemment un album électro.
Un album plus organique qu’il n’y paraît
Malgré cette coloration électronique, Angèle insiste sur la dimension très organique de « Instinct ». L’album contient beaucoup de piano joué en direct, des cordes, des basses et différents sons captés dans la vie quotidienne. Certaines ambiances de métro, de magasins ou de conversations ont même été intégrées aux morceaux.
Elle aime particulièrement mélanger instruments réels et sons numériques. Un véritable orgue enregistré en studio peut ainsi cohabiter avec un orgue virtuel issu d’un logiciel. Même logique pour les pianos : certains viennent de son propre instrument, d’autres de plug-ins. « J’adore le mélange entre le réel et le côté machine », explique-t-elle. Angèle raconte les secrets de …
« Instinct » comme réponse à son besoin de contrôle
Le titre de l’album résume finalement sa nouvelle manière de travailler. Angèle reconnaît avoir longtemps cherché à tout contrôler dans son processus créatif. Avec ce disque, elle explique avoir voulu laisser davantage de place à l’accident, à l’intuition et au temps.
« L’instinct, il est là pour contrer l’envie de contrôle », affirme-t-elle. La chanteuse dit aussi s’être libérée de certains codes traditionnels de la pop : toutes les chansons n’ont pas besoin d’un refrain immédiatement identifiable, d’une structure classique ou d’un texte compréhensible dès la première écoute. Angèle raconte les secrets de …
Des morceaux travaillés parfois pendant plusieurs années
Cette liberté n’empêche pas un perfectionnisme poussé. Angèle raconte pouvoir passer huit heures sur une seule boucle et revenir sur certains morceaux pendant plusieurs années. L’album a d’ailleurs été repoussé pendant environ un an et demi, ce qui a permis à de nouvelles chansons de rejoindre le projet.
Le mix constitue pour elle l’étape la plus difficile. Confier une chanson à quelqu’un d’autre implique de perdre une partie du contrôle sur un morceau qu’elle connaît parfois dans ses moindres détails. « Quand est-ce que tu sais qu’un morceau est fini ? Quand je n’ai plus le choix », résume-t-elle avec humour.
Angèle refuse de fabriquer ses chansons pour TikTok
La chanteuse aborde enfin la transformation de l’industrie musicale par TikTok et les plateformes de streaming. Elle reconnaît que l’algorithme peut aujourd’hui créer des tubes inattendus, mais refuse d’adapter artificiellement ses morceaux pour les rendre plus compatibles avec les playlists ou les formats courts.
Angèle continue de défendre l’album comme un objet global, pensé avec une pochette, une histoire, une tournée et une cohérence artistique. « Je n’ai pas envie de faire de la musique en essayant qu’elle atteigne le plus de gens possible. Je veux juste que cette musique me plaise toutes les années où je vais la chanter tous les soirs au concert », explique-t-elle. Une déclaration qui résume assez bien l’esprit de « Instinct » : moins de calcul, davantage d’intuition.



