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Alexia Mayer : « Mon métier de journaliste a évolué, il ne s’est pas transformé »

Par Aimé Kaniki Publié le 31 Août 2026 à 10h00 9 min de lecture
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Alexia Mayer : « Mon métier de journaliste a évolué, il ne s’est pas transformé »
Alexia Mayer : « Mon métier de journaliste a évolué, il ne s’est pas transformé »

Après plus de quinze ans passés dans les rédactions de TF1, France 2 et LCI, Alexia Mayer a choisi de prendre un nouveau virage en lançant son podcast, Tous WONDER. Première invitée de l’histoire de TVMag.info, la journaliste et autrice revient sur ses débuts, son expérience des grands journaux télévisés, son goût du direct et sa volonté de proposer des entretiens plus libres et plus humains.

Aimé Kaniki : Vous avez souhaité devenir journaliste très jeune. Qu’est-ce qui vous attirait déjà dans ce métier ?

Alexia Mayer : Je pense avoir eu envie de devenir journaliste dès l’âge de 10 ans. Sans pouvoir mettre dessus des mots aussi construits qu’aujourd’hui, j’aimais déjà l’humain, la transmission, les rencontres et la différence. J’avais envie de raconter des histoires et d’aller vers les autres. Ce qui est passionnant dans ce métier, c’est que l’on découvre les coulisses de tous les univers. Cela peut être celles d’une campagne présidentielle, mais aussi celles d’un boulanger préparant son pain le matin. Je voulais travailler à TF1. J’y ai effectué mon stage de troisième en 1999. La première fois que j’ai entendu, en 2010, « un reportage d’Alexia Mayer » dans le journal de 20 heures, cela m’a forcément fait quelque chose.

Vous avez travaillé pour les journaux de TF1 et de France 2. Leurs méthodes et leurs lignes éditoriales sont-elles réellement différentes ?

Beaucoup moins qu’on ne l’imagine. Si vous comparez les journaux de 20 heures de TF1 et de France 2, leurs dix premières minutes sont généralement assez similaires. L’idée selon laquelle leurs lignes éditoriales seraient totalement opposées est assez préconçue. TF1 va peut-être légèrement davantage vers la proximité et France 2 peut sembler un peu plus citadine, mais la manière de travailler reste très proche. Les différences concernent surtout la fabrication. France 2 utilise, par exemple, plus volontiers de la musique et possède une véritable culture de l’enquête et du magazine, portée notamment par Envoyé spécial et Complément d’enquête. J’y ai développé le goût du tournage en séquences, qui consiste à laisser l’action se dérouler tout en interrogeant les personnes. Lorsque je suis revenue à TF1, j’ai essayé de conserver cette approche.

Que retenez-vous de votre expérience sur LCI, notamment aux côtés de Darius Rochebin ?

C’était passionnant et cela s’inscrivait dans la continuité de mon travail pour les journaux télévisés. À cette période, nous parlions beaucoup de l’Ukraine, de la Russie, de Donald Trump, de la Chine ou encore de l’Inde. J’ai pu me plonger dans les relations internationales et la géopolitique. Dans un journal télévisé, on peut traiter un sujet le lundi et passer à un univers totalement différent dès le mardi. Sur LCI, j’ai eu la possibilité d’approfondir certaines thématiques et d’acquérir une véritable expertise. Rencontrer des éditorialistes, des reporters de guerre ou des généraux et entendre leurs analyses a été extrêmement enrichissant.

Après avoir évolué dans de grands groupes audiovisuels, avez-vous eu peur de vous lancer dans votre propre projet ?

J’ai connu les craintes de tout le monde : la peur de ne pas y arriver et le syndrome de l’imposteur. Mais je préfère me demander quelles étaient mes envies. Il faut mettre les craintes de côté. Je considère que nous sommes maîtres de notre destin et que nous avons une partie des clés du bonheur entre nos mains. Si l’on passe sa vie à penser « j’aimerais tellement, mais… », on ne construit jamais rien. Il faut oser, sans être inconscient. Tout se fait et se défait, et ce n’est pas grave. Je suis toujours à la recherche d’expériences et d’adrénaline. Au pire, si cela ne fonctionne pas, je ferai autre chose. Il faut relativiser et arrêter de se créer soi-même des barrières.

Tous WONDER, le choix du temps long et de la liberté

Comment le livre Les Conquérantes, écrit avec Julia Van Aelst, a-t-il nourri la création de Tous WONDER ?

Julia et moi avions passé chacune seize ans à observer le monde comme reporters et journalistes. Nous avons constaté que les femmes rencontraient toutes des défis et des obstacles. Les Conquérantes n’est pas un livre de combat ou de plaintes, mais un ouvrage positif. Nous avons choisi de nous effacer pour interroger 31 femmes sur leur manière de surmonter différentes épreuves liées à la maternité, au pouvoir, au rapport au corps ou à l’entrepreneuriat. Parmi elles figurent Yaël Braun-Pivet, la cheffe d’orchestre Zahia Ziouani, la pâtissière Nina Métayer ou encore l’entrepreneuse Kelly Massol. Ces témoignages ont agi sur moi comme une thérapie de groupe. J’ai retenu de chacune une phrase ou une expérience qui m’a poussée à oser. Avec Julia, nous nous sommes également rapprochées lorsque nous sommes devenues mères dans un métier aussi exigeant que le journalisme. Cette expérience a contribué à la genèse du livre. Elle m’a ensuite donné envie de créer Tous WONDER. Dans l’information, nous avons rarement le temps de rester longuement avec les gens. Je voulais choisir les personnes que j’avais envie de rencontrer, passer une heure avec elles et retrouver mes piliers : l’humain et la transmission.

Quels critères déterminent le choix de vos invités ?

Je tiens à donner la parole aussi bien à des personnalités connues qu’à des anonymes. Tous ont en commun un destin extraordinaire, au sens littéral du terme. Cela peut être un ancien espion de la DGSE, une femme ayant gravi l’Himalaya, un entrepreneur devenu multimillionnaire ou Jean-Michel Jarre, le pionnier de la musique électronique, racontant l’ensemble de son parcours. Je me demande d’abord si j’aurais personnellement envie d’écouter cette personne pendant une heure. Si c’est le cas, j’imagine que d’autres auront également envie de l’entendre. Je commence toujours par un point de bascule, puis je tire le fil. J’aime entrer dans l’intime, aller vers la confidence et raconter des trajectoires inattendues.

Comment avez-vous adapté votre expérience de journaliste de télévision aux codes de YouTube et des réseaux sociaux ?

Je ne suis pas partie de zéro. Je sais préparer et conduire une interview, construire un entretien et repérer les phrases qui peuvent marquer. Les codes sont différents, mais mon expérience constitue un avantage important. Sur les plateformes, je peux être plus naturelle. J’apprécie le tutoiement, qui crée de la proximité, ainsi que la possibilité de réagir et de donner ponctuellement mon avis. À la télévision, le journaliste doit souvent rester plus impassible et stoïque. Ce nouveau format correspond davantage à ma personnalité, qui est assez vivante. En réalité, je suis devenue encore plus moi-même. Mon métier de journaliste a évolué, il ne s’est pas transformé. Une interview doit toujours être préparée et structurée, avec un début, une fin et une progression. La différence tient surtout au rythme : sur les réseaux sociaux, le public peut partir très rapidement. Il faut donc réussir à l’intéresser dès les premières secondes.

La recherche de visibilité peut-elle entrer en contradiction avec vos exigences éditoriales ?

Les sujets spectaculaires fonctionnent évidemment très bien sur les réseaux sociaux. Mais je ne veux pas proposer uniquement du spectaculaire et je ne suis pas exclusivement à la recherche de vues ou d’abonnés, même si mon objectif reste naturellement de partager mon travail avec le plus grand nombre. Je veux que Tous WONDER demeure un média premium et élégant, capable de toucher notamment le public qui me suivait à la télévision. Je diffuse parfois des interviews dont je sais qu’elles feront probablement moins de vues que d’autres. Ce n’est pas grave. Si j’estime qu’une histoire mérite d’être racontée, j’ai envie de continuer à lui donner une place.

Quels sont désormais vos projets pour Tous WONDER ?

Je souhaite continuer à développer le média. La deuxième saison débutera le 1er septembre à 17 heures avec Serge, un ancien strip-teaseur au parcours très touchant. Il était extrêmement complexé lorsqu’il était jeune et raconte comment il est arrivé dans cet univers. L’entretien contient des anecdotes qui peuvent faire sourire, mais il possède également une véritable profondeur. L’objectif n’est pas de tomber dans le voyeurisme. Je veux comprendre les raisons qui conduisent une personne à emprunter un chemin particulier et raconter ce qui se cache derrière une trajectoire en apparence spectaculaire.

Si vous deviez retenir un seul point de bascule dans votre carrière, lequel choisiriez-vous ?

Je me souviens très précisément de l’appel m’annonçant ma réussite au concours du CELSA, durant l’été 2008. À l’époque, le taux de réussite était d’environ 3 %. J’avais organisé toutes mes études autour de mon ambition de devenir journaliste. Cet appel a représenté le moment où j’ai compris que mon rêve pouvait réellement devenir mon métier. Je garde également un souvenir très fort de mes premiers directs pour TF1. J’étais correspondante en Normandie et j’ai dû en assurer dix à la suite autour d’un train de déchets nucléaires qui traversait la région pour rejoindre l’Allemagne. Mes genoux tremblaient. Lorsque j’ai entendu dans mon oreillette : « On retrouve sur place Alexia Mayer », puis ce silence pendant lequel je devais commencer à parler, j’ai eu l’impression de sauter dans le vide. J’ai eu la peur de ma vie, mais j’ai immédiatement eu envie d’y retourner. C’est cette adrénaline que j’aime dans l’antenne.

Propos recueillis par Aimé Kaniki

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Aimé Kaniki

Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.

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