Face à Jeanne Baron, Akim Omiri défend son humour engagé : « Tout est politique »
Invité du podcast « En vrai – Le podcast des engagé.e.s », présenté par Jeanne Baron, Akim Omiri s’est livré pendant près d’une heure sur sa conception de l’humour, les polémiques entourant La Riposte , son rapport aux médias, la Palestine, Charlie Hebdo, son enfance au Havre et le prix qu’il estime avoir payé pour ses prises de position. L’humoriste, qui assume se situer clairement à gauche, revendique une liberté de ton totale et une volonté : utiliser le rire pour parler à ceux qui ne se reconnaissent plus dans les médias traditionnels.
Dès le début de l’entretien, Akim Omiri résume la responsabilité qu’il dit ressentir avec La Riposte , son émission diffusée sur Radio Nova, YouTube et en podcast. Il explique vouloir « porter la parole des gens à qui on ne donne jamais la parole », tout en reconnaissant avancer avec une grande prudence : « Je sais qu’on nous attend au tournant ». Il assure relire attentivement les textes et surveiller chaque formulation afin que les messages ne puissent pas, selon lui, être déformés. Son ambition va plus loin : il considère que le format aura réellement réussi lorsque ce type de ton pourra trouver sa place à la télévision.
« Tout est politique, surtout l’humour »
Pour Akim Omiri, l’engagement n’est pas un supplément ajouté à son travail : il en constitue le cœur. Inspiré notamment par Coluche, il explique ne pas vouloir faire « des blagues creuses » lorsqu’il estime pouvoir utiliser son humour pour parler de sujets politiques ou sociaux. L’objectif, dit-il, est aussi de toucher les personnes qui n’ont plus envie de regarder l’actualité traditionnelle :« Avec l’humour, on va pouvoir toucher des gens qui ne veulent plus regarder les infos, qui ne supportent plus ». Il décrit le rire comme quelque chose de « libérateur », capable de réunir une salle autour des mêmes frustrations ou injustices.
Sa conception du métier est sans ambiguïté :« Tout est politique et surtout l’humour, l’art en général ». Il estime que l’art doit permettre de dénoncer les injustices et prend Molière comme référence d’un auteur qui s’en prenait aux puissants. Omiri assume donc de ne pas chercher à séduire tout le monde. « Si tu parles à tout le monde, tu ne parles à personne », affirme-t-il plus tard, expliquant préférer un public qui comprend et partage réellement ses convictions plutôt qu’une audience la plus large possible.
L’humoriste assure d’ailleurs avoir reçu des messages de spectateurs disant avoir changé leur manière de regarder la politique après ses spectacles ou « La Riposte ». Il raconte notamment l’histoire d’une femme venue avec son frère, politiquement très éloigné d’elle, qui lui aurait ensuite expliqué avoir enfin réussi à discuter avec lui pendant le trajet du retour. Il affirme aussi recevoir des messages de personnes disant avoir auparavant voté à l’extrême droite et avoir reconsidéré certaines de leurs convictions après l’avoir écouté. Il s’agit ici de témoignages rapportés par Akim Omiri, qui ne permettent pas de mesurer de manière indépendante l’impact politique réel de son émission.
Palestine, accusations d’antisémitisme et polémiques autour de La Riposte
Une longue partie de l’entretien revient sur les accusations d’antisémitisme auxquelles Akim Omiri et son émission ont été confrontés. L’humoriste les rejette catégoriquement. Il affirme que plusieurs extraits auraient été remontés ou raccourcis de manière à leur faire dire « l’opposé » de ce qui était exprimé dans les séquences originales. Il reconnaît toutefois qu’un sketch d’un chroniqueur de La Riposte a été retiré après avoir constaté qu’il pouvait être mal interprété.
Concernant la Palestine, Akim Omiri défend ses prises de position tout en rejetant l’association automatique entre le slogan « Free Palestine » et l’antisémitisme. Dans sa lecture du conflit, il explique que demander la liberté des Palestiniens ne revient pas à appeler à s’en prendre aux Israéliens. Il formule sur ce sujet une analyse politique très tranchée, qui relève de sa propre position et qui reste fortement contestée dans le débat public.
Il raconte également avoir vécu une période de forte tension autour de La Riposte , évoquant des messages menaçants, des manifestations devant un théâtre et même l’entrée de personnes dans les lieux. Il regrette que ces événements n’aient, selon lui, pas reçu la même attention médiatique que d’autres incidents visant des personnalités publiques. Là encore, il présente cette expérience comme l’un des moments où il a compris qu’il devait répondre publiquement et point par point aux accusations le visant.
« Je ne suis pas Charlie » : Akim Omiri précise sa position
Autre séquence forte de l’entretien : son rapport à Charlie Hebdo. Akim Omiri maintient sa formule « Je ne suis pas Charlie », mais insiste sur le fait qu’elle ne signifie absolument pas qu’il justifie les attentats de janvier 2015. Il explique simplement ne pas adhérer à la ligne humoristique du journal et considère que la liberté d’expression implique également la liberté de ne pas soutenir certaines œuvres. « Je leur interdirais pas de faire leurs blagues », précise-t-il.
Face à Jeanne Baron, qui lui rappelle que cette phrase peut être interprétée comme une légitimation des attentats, il répond : « C’est fou de devoir dire : “au fait, j’ai oublié, mais il ne faut pas tuer des gens” ». Il défend ensuite la nécessité de replacer ses déclarations dans leur contexte complet et critique une partie du traitement médiatique, qu’il accuse de privilégier les extraits polarisants plutôt que la nuance.
Une enfance « entre deux mondes » au Havre
Akim Omiri revient aussi longuement sur ses origines. Né et élevé au Havre, il explique avoir grandi entre plusieurs univers sociaux. Sa mère était sortie d’un quartier populaire, tandis que lui passait régulièrement ses mercredis et week-ends chez sa grand-mère dans une cité. Il décrit un quotidien partagé entre une école située dans un environnement plus favorisé et la pratique de la boxe au milieu des tours.
Cette expérience aurait profondément construit son regard.« Quand je vais à la boxe au milieu des tours, on me traite d’intello. […] Et quand je suis dans le beau quartier où j’ai grandi avec ma mère, je suis l’Arabe », raconte-t-il. Pour lui, cette position intermédiaire explique en partie sa volonté actuelle de « faire le pont » entre des milieux qui se connaissent peu et se regardent parfois avec méfiance. Il affirme également avoir été confronté au racisme dès son enfance et considère que son engagement politique s’est ensuite renforcé après la crise du Covid.
« Je devais faire du cinéma, je n’en fais plus »
Akim Omiri affirme que ses prises de position ont eu un prix professionnel.« Je devais faire du cinéma, j’en fais plus », confie-t-il, expliquant que son agente aurait cessé de travailler avec lui faute de parvenir à le placer sur des projets. Il évoque également des collègues, directeurs de salles ou partenaires professionnels qui auraient pris leurs distances. Son attachée de presse lui aurait même expliqué rencontrer des difficultés inhabituelles pour lui obtenir des invitations dans les grandes émissions télévisées, malgré le succès de son spectacle.
Il attribue cette situation à la crainte que peuvent susciter ses prises de parole, sans qu’il soit possible, à partir de l’entretien seul, d’établir indépendamment les motivations des émissions ou professionnels qu’il évoque. L’humoriste ne semble toutefois pas regretter cette trajectoire. « Je ne change rien », assure-t-il, ajoutant vouloir avant tout vivre de la scène et conserver la liberté de dire ce qu’il pense sans dépendre de qui que ce soit.
Matthieu Pigasse, les médias et la présidentielle de 2027
Interrogé sur Matthieu Pigasse, propriétaire de Radio Nova via Combat, Akim Omiri se montre particulièrement prudent. Il explique ne pas souhaiter le voir devenir candidat à l’élection présidentielle, non pas parce qu’il rejette nécessairement ses idées, mais parce qu’une candidature placerait immédiatement « La Riposte » dans une situation délicate : « Les gens peuvent nous suspecter de travailler pour lui ». Et d’ajouter avec humour :« S’il se présentait, on serait obligé de le tailler comme les autres, et je n’ai pas particulièrement envie de le tailler ».
Plus largement, Omiri critique la concentration des médias et estime problématique que certaines émissions dépendent de la décision d’un nombre très limité de propriétaires. Il reconnaît d’ailleurs lui-même la contradiction de travailler dans un média appartenant à un milliardaire tout en dénonçant cette concentration. À ses yeux, le fait même que « La Riposte » dépende de la volonté de Matthieu Pigasse constitue une anomalie :« On ne devrait pas dépendre de la volonté d’une personne pour exister ».
Pour autant, l’humoriste écarte toute ambition élective personnelle. Il estime faire de la politique par l’humour et parle même« d’éveil à la conscience politique », mais assure ne pas vouloir devenir élu. Il défend davantage de participation citoyenne et considère que les choix quotidiens, de la consommation au vote, sont déjà politiques.
« Faire des choses qui ont du sens »
La dernière partie de l’entretien dévoile un Akim Omiri plus personnel. Il évoque les épreuves traversées, notamment un cancer mentionné par Jeanne Baron, et explique avoir développé très tôt une manière de transformer les difficultés en moteur. Pour préserver son équilibre, il cite la boxe, les jeux vidéo, le temps passé avec ses proches et la nécessité de poser régulièrement son téléphone.
Il raconte également avoir suivi des études jusqu’à un master de management marketing international et avoir refusé une perspective professionnelle chez Total, estimant qu’il n’aurait fait que contribuer à améliorer l’image de l’entreprise alors qu’il avait déjà une sensibilité écologique. Pour lui, le fil conducteur reste le même : avoir le sentiment d’être utile et exercer une activité qui possède un sens.
À la question de ce qu’il souhaiterait transmettre à ses futurs enfants, Akim Omiri résume finalement une grande partie de l’entretien en quelques mots : « On lâche rien et on fait des choses qui ont du sens dans la vie », en essayant également de développer de l’empathie pour ceux qui n’ont pas bénéficié des mêmes chances. Une formule qui condense assez bien la ligne qu’il revendique aujourd’hui : faire rire, assumer ses combats et accepter que cette liberté puisse avoir un prix.




