Free accusé de pénaliser les chaînes payantes : l’Arcom saisie après une chute d’audience de 22 %
L’Association des chaînes conventionnées éditrices de services (ACCeS) a saisi l’Arcom pour contester la nouvelle organisation des chaînes proposée par Free depuis le 25 août 2026. L’association reproche à l’opérateur de privilégier les chaînes numériques gratuites au détriment des chaînes conventionnées. Selon des premières données de Médiamétrie communiquées par l’ACCeS, les services ayant reculé dans la numérotation enregistreraient une baisse moyenne de 22 % de leur couverture mensuelle. Un différend qui souligne l’importance croissante de la visibilité des chaînes dans les interfaces des opérateurs.
La nouvelle organisation des chaînes de télévision sur les Freebox provoque la colère d’une partie des éditeurs audiovisuels. L’Association des chaînes conventionnées éditrices de services a annoncé avoir saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique afin de contester le plan de services mis en place par Free à la fin du mois d’août. Cette nouvelle organisation repose sur plusieurs univers thématiques destinés à faciliter la navigation des abonnés entre les différentes chaînes proposées. Mais selon l’ACCeS, elle accorde une visibilité disproportionnée aux chaînes FAST, ces services de télévision numérique gratuits financés par la publicité, ainsi qu’à d’autres offres exclusivement digitales. Dans la rubrique consacrée au cinéma et aux séries, les treize premières positions seraient ainsi occupées par des chaînes numériques gratuites. La catégorie divertissement présenterait, quant à elle, 37 canaux gratuits avant les chaînes incluses dans les abonnements. Pour les éditeurs concernés, cette hiérarchie risque de modifier les habitudes de consommation des téléspectateurs et de réduire l’exposition des chaînes historiques.
Les conséquences économiques pourraient être importantes. D’après les premières mesures d’audience demandées par l’ACCeS à Médiamétrie, les chaînes dont la position dans la numérotation a reculé ont enregistré une baisse moyenne de 22 % de leur couverture mensuelle en septembre 2026, par rapport à septembre 2025, auprès des abonnés Free âgés de quatre ans et plus. Ce résultat, mis en avant par l’association, ne permet pas à lui seul d’attribuer toute la baisse au changement de numérotation, mais il alimente les inquiétudes des éditeurs. La place occupée par une chaîne dans l’interface d’un opérateur influence en effet les possibilités de découverte et de consultation des programmes. Une chaîne disponible dans un bouquet peut perdre en visibilité si elle se retrouve reléguée derrière de nombreux services concurrents. L’ACCeS dénonce également la disparition d’une catégorie « Découverte » clairement identifiée, qui regroupait jusqu’alors une partie de l’offre documentaire. Pour les téléspectateurs, cette réorganisation peut rendre certains programmes plus difficiles à retrouver, tandis que les éditeurs craignent une diminution de leur audience et, à terme, de leur attractivité commerciale.
La visibilité des chaînes devient un enjeu économique majeur
Cette contestation révèle une évolution importante du marché de la distribution audiovisuelle. Pendant longtemps, les opérateurs de télévision se sont principalement différenciés par le nombre de chaînes disponibles dans leurs offres et par leurs accords commerciaux avec les éditeurs. Désormais, l’organisation des interfaces constitue également un élément déterminant de la concurrence. Les téléspectateurs accèdent à leurs programmes par des menus thématiques, des recommandations, des moteurs de recherche ou des rubriques mises en avant par leur fournisseur d’accès. Dans ce contexte, la visibilité devient une ressource stratégique, particulièrement pour les chaînes thématiques qui ne disposent pas de la notoriété des grandes antennes généralistes. L’ACCeS souligne également que les chaînes conventionnées sont soumises à différentes obligations réglementaires, notamment concernant la protection des publics et, selon leur régime, la diffusion d’œuvres françaises et européennes ou le financement de la création audiovisuelle. L’association estime que ces contraintes devraient être prises en compte dans les choix de présentation des offres. À l’inverse, les chaînes FAST reposent sur des modèles de distribution et de commercialisation différents, généralement fondés sur la publicité et la diffusion gratuite de programmes.
Pour obtenir un réexamen de la situation, l’ACCeS invoque notamment les articles 3-1 et 17-1 de la loi du 30 septembre 1986. Le premier concerne les responsabilités du régulateur en matière de numérotation équitable, transparente, homogène et non discriminatoire, tandis que le second prévoit des mécanismes de règlement des différends portant notamment sur la présentation des services audiovisuels. L’association demande à l’Arcom d’examiner rapidement le nouveau plan de services et appelle Free à engager un dialogue avec les éditeurs concernés. Elle souhaite notamment le rétablissement d’une rubrique clairement consacrée à la découverte et aux documentaires. À ce stade, la saisine ne préjuge pas de la décision que pourrait prendre le régulateur, et aucune conclusion définitive sur le caractère discriminatoire de la nouvelle organisation n’a été établie. Le dossier dépasse toutefois le seul cas de Free. Avec la multiplication des chaînes gratuites numériques et des plateformes intégrées aux box, les opérateurs disposent d’une influence croissante sur les parcours de consommation des téléspectateurs. Pour les chaînes payantes, l’enjeu est désormais de conserver une visibilité suffisante pour justifier leur présence dans les bouquets et préserver leur modèle économique. La décision de l’Arcom pourrait ainsi contribuer à préciser les règles applicables à la présentation des chaînes dans les interfaces de télévision connectée.



