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« Le terrain ne se remplace pas par un écran » : le plaidoyer de la journaliste Elisa Perrigueur pour un retour au reportage

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« Le terrain ne se remplace pas par un écran » : le plaidoyer de la journaliste Elisa Perrigueur pour un retour au reportage
« Le terrain ne se remplace pas par un écran » : le plaidoyer de la journaliste Elisa Perrigueur pour un retour au reportage

Alors que de nombreuses rédactions revendiquent un retour au « journalisme de terrain », la journaliste Elisa Perrigueur invite à aller au-delà du slogan. Dans un message publié sur LinkedIn, la collaboratrice du Monde diplomatique, de Mediapart et d’Alternatives Économiques défend une vision exigeante du métier, fondée sur le temps passé sur le terrain, au contact des populations et des réalités locales. Une réflexion qui intervient dans un contexte de crise durable des médias, marqué par les restructurations, la baisse des revenus publicitaires et la transformation des usages.

Pour Elisa Perrigueur, « informer, c’est mettre en forme le réel ». Une mission qui ne peut être remplie uniquement derrière un ordinateur ou à partir d’images circulant sur les réseaux sociaux. Selon elle, un récit journalistique solide repose avant tout sur des rencontres, des observations directes et des témoignages recueillis sur place. Autant d’éléments qui permettent de dépasser la simple description d’un événement pour en comprendre les mécanismes et les conséquences.

Un modèle fragilisé par les contraintes économiques

La journaliste estime que cette pratique s’est progressivement affaiblie ces dernières années. Elle pointe notamment les conséquences de la pandémie de Covid-19, qui a accéléré le recours au télétravail et favorisé une production d’information davantage centralisée. Dans de nombreuses rédactions, les reportages de longue durée ont été remplacés par des formats plus rapides, moins coûteux et plus faciles à produire.

Cette évolution s’explique aussi par les difficultés économiques du secteur. Envoyer un journaliste plusieurs jours sur le terrain, en France ou à l’étranger, représente un investissement important. Face à la baisse des recettes publicitaires et aux contraintes budgétaires, plusieurs médias ont privilégié un journalisme de curation, consistant à analyser, commenter ou agréger des contenus déjà disponibles plutôt qu’à produire des enquêtes originales.

L’essor de l’intelligence artificielle relance le débat

Elisa Perrigueur voit également dans cette évolution un risque face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle générative. Selon elle, plus les rédactions se limitent à retraiter des contenus accessibles en ligne, plus elles s’exposent à une concurrence directe de ces nouveaux outils. À l’inverse, le reportage de terrain, les enquêtes originales et les témoignages exclusifs restent des productions qui ne peuvent exister sans le travail préalable d’un journaliste.

Son analyse rejoint une réflexion de plus en plus présente dans les écoles de journalisme et les rédactions : à l’heure où les technologies permettent de produire rapidement des synthèses ou des résumés, la véritable valeur ajoutée des médias réside dans leur capacité à aller sur le terrain, vérifier les faits et produire une information originale. Pour Elisa Perrigueur, c’est précisément cette exigence qui permettra au journalisme de conserver son rôle dans un paysage médiatique en pleine mutation.

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