Léa Salamé justifie son retrait du 20 Heures de France 2 après la candidature de Glucksmann
Trois semaines après avoir quitté le journal de 20 heures de France 2, Léa Salamé a rompu le silence lundi matin sur RTL. Face à Marc-Olivier Fogiel, la journaliste a expliqué une décision qu’elle dit avoir anticipée dès sa prise de poste, afin de préserver la confiance des téléspectateurs et l’indépendance de la rédaction publique.
Léa Salamé a quitté le 20 Heures de France 2 fin août, quelques minutes après l’annonce de la candidature de son compagnon, Raphaël Glucksmann, à la primaire de la gauche en vue de la présidentielle de 2027. Lundi 14 septembre, pour la première fois depuis ce retrait, elle s’est exprimée dans Face à Fogiel sur RTL. « Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas forcément facile, mais cette décision s’est imposée à moi », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé un engagement pris dès son arrivée à la présentation du journal, à la rentrée 2025. « J’avais dit dès le début : si jamais mon compagnon venait à être candidat à l’élection présidentielle, je me retirerais du 20 heures. Et c’est ce que j’ai fait. » La journaliste a précisé qu’elle n’entendait pas laisser « le moindre soupçon » peser sur son métier ni sur la rédaction de France 2, dans un climat de « défiance généralisée » et d’attaques croissantes contre les journalistes.
Un geste présenté comme déontologique
Le retrait de Léa Salamé n’est pas une démission. Elle conserve Quelle époque !, son talk-show du samedi soir, dont la saison reprend dès ce week-end, après un prime spécial « Sauvons nos forêts » prévu mardi. Le 20 Heures, en revanche, reste pour elle un poste à part. « Quitter le 20 heures au bout d’un an, il y a un goût d’inachevé », a-t-elle reconnu.
Elle a insisté sur le lien avec le public. Le journal du soir de France 2 reste, avec celui de TF1, l’un des deux rendez-vous d’information les plus regardés du pays. Dans ce format, l’incarnation du présentateur pèse lourd. Toute apparence de conflit d’intérêts, même non avérée, expose le service public à une contestation immédiate, surtout à l’approche d’une année électorale.
La journaliste a aussi fixé une règle claire : « Quand il est candidat, je m’efface. Quand il n’est plus candidat, je retrouve mon poste. » Le calendrier de la primaire de la gauche, les 9-10 puis 16-17 octobre, déterminera donc en partie la suite. Si Raphaël Glucksmann n’est pas désigné, un retour de Léa Salamé au 20 Heures n’est pas exclu. France Télévisions n’a pas précisé, lundi, le nom du ou des remplaçants durables.
Le couple, les compromis et la charge de travail
Marc-Olivier Fogiel a poussé la conversation vers la sphère privée. Léa Salamé a assuré avoir « eu son mot à dire », « comme dans tous les couples ». Les discussions ont été longues, a-t-elle dit, parce qu’une candidature présidentielle « n’est pas neutre » pour une famille. Elle a comparé la situation à une mutation professionnelle imposée à l’autre bout de la France.
Elle a ensuite inversé l’angle souvent retenu dans ce type de dossier, celui du sacrifice de la carrière féminine. « Pour que ça dure, il faut de l’amour, mais aussi du travail sur soi et des compromis. Il faut parfois des renoncements. Mais il faut que ce soit équilibré. » Raphaël Glucksmann, a-t-elle ajouté, a déjà fait ces compromis : dix ans de matinale sur France Inter, où elle partait « aux aurores », puis une année au 20 Heures, « ultra-chronophage », avec des journées de 9 heures à 22 heures. « C’est lui qui a fait des compromis pour s’occuper des enfants. »
Ces propos visent à cadrer le récit. Ils ne lèvent pas, pour autant, la question institutionnelle. Le service public n’a pas de doctrine écrite unique sur les couples mixtes journaliste-candidat. Chaque cas est tranché au nom de l’impartialité, sous le regard de l’Arcom et des syndicats. L’épisode Salamé-Glucksmann relance un débat déjà connu, de la présidence de chaînes aux présentateurs de JT.
Un 20 Heures sous pression d’audiences et d’incarnation
Léa Salamé avait succédé à Anne-Sophie Lapix à la rentrée 2025. Le journal de France 2 reste en retrait de celui de TF1, où Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau conservent une avance nette le dimanche soir, de l’ordre de deux millions de téléspectateurs selon les derniers relevés. Le 20 Heures public demeure néanmoins un pilier d’image pour France Télévisions, au moment où le groupe met en avant une stratégie « streaming first » sur france.tv.
Retirer une présentatrice après une seule saison fragilise la continuité éditoriale. Cela place aussi la direction dans une position délicate : respecter un engagement de neutralité sans donner le sentiment d’une rédaction à géométrie variable selon la vie privée de ses têtes d’affiche. Les syndicats de France Télévisions, déjà mobilisés sur d’autres nominations, surveilleront le remplacement et d’éventuels retours.
Le même lundi, Radio France était perturbée par une grève contre l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, à l’édito du dimanche matin sur France Inter. Les deux dossiers n’ont pas le même objet. Ils disent pourtant la même tension : le service public entre obligation de pluralisme, exigence d’impartialité et année présidentielle.
Ce que cette séquence change pour le secteur
Pour les rédactions, le cas Salamé devient une référence. Il fixe un précédent : un engagement public pris à l’avance, exécuté immédiatement, puis expliqué à l’antenne d’une radio concurrente. Le choix de RTL n’est pas anodin. Marc-Olivier Fogiel offre un format long, hors du plateau de France 2, donc moins suspect de communication interne.
Pour les chaînes privées, l’épisode rappelle que l’incarnation reste un actif commercial autant qu’éditorial. Un présentateur de JT n’est plus seulement un journaliste. Il est une marque, un contrat de confiance et, parfois, un risque politique. Les groupes devront clarifier leurs règles internes avant 2027, sous peine de gérer ces crises au coup par coup.
La suite dépendra de la primaire. Si Raphaël Glucksmann est écarté en octobre, Léa Salamé pourra demander le retour au 20 Heures. Si sa campagne se prolonge jusqu’au printemps, France 2 devra installer un duo ou un titulaire pour plusieurs mois. Dans les deux cas, le service public aura à démontrer que la règle s’applique de la même façon, quel que soit le camp du conjoint.
Éléonore kervadec
Éleonore Kervadec est journaliste de formation et spécialiste de la communication. Après plusieurs années au sein de directions de la communication de sociétés de production audiovisuelle, elle s’est imposée comme une experte des stratégies d’image, des relations publiques et de la valorisation de contenus médiatiques.
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