Letterboxd pourrait valoir plus de 300 millions de dollars et attire les géants du cinéma
Le réseau social des cinéphiles est devenu l’un des actifs numériques les plus convoités d’Hollywood. Tiny, qui détient 60 % de Letterboxd depuis 2023, explore la vente de sa participation tandis que plusieurs groupes, parmi lesquels Sony Pictures, A24 et The New York Times Company, se sont renseignés sur le dossier. La valorisation de la plateforme pourrait désormais dépasser les 300 millions de dollars.
Fondé en 2011 en Nouvelle-Zélande par Matthew Buchanan et Karl von Randow, Letterboxd s’est d’abord développé comme un réseau de niche permettant de noter des films, tenir un journal de visionnage et publier des listes. Sa croissance s’est fortement accélérée depuis le début de la décennie. Tiny indique que la plateforme comptait 26,1 millions d’utilisateurs fin 2025, puis 29 millions au premier trimestre 2026, contre environ 10 millions au moment de son investissement deux ans plus tôt. D’autres données publiées cet été font état de plus de 30 millions de membres.
Une valorisation multipliée en seulement trois ans
Lorsque Tiny a acquis 60 % de Letterboxd en 2023, l’opération valorisait l’entreprise entre 50 et 60 millions de dollars. Les fondateurs ont conservé les 40 % restants. Les discussions actuelles changent complètement d’échelle : plusieurs sources du secteur évoquent désormais une valorisation comprise autour de 250 millions de dollars, voire supérieure à 300 millions selon les scénarios étudiés. A24 et The New York Times Company ont récemment rejoint la liste des groupes intéressés, après Sony, Netflix, Paramount, RedBird Capital, TPG ou encore Alexis Ohanian. Aucun accord n’a cependant été conclu à ce stade.
Cette croissance tient en partie au profil de sa communauté. Letterboxd s’est imposé auprès des jeunes cinéphiles, mais aussi de réalisateurs et de professionnels du secteur. Francis Ford Coppola ou Rian Johnson figurent parmi les personnalités présentes sur la plateforme, tandis que les studios surveillent de près les réactions et tendances qui y émergent. Le site s’est progressivement transformé en baromètre culturel capable d’accompagner la sortie d’un film, de relancer un catalogue ancien ou de faire émerger certains titres auprès d’un public très prescripteur.
Un modèle économique encore loin d’être totalement exploité
Letterboxd repose sur plusieurs sources de revenus. Le service reste gratuit mais propose deux abonnements payants, Pro et Patron, qui donnent notamment accès à des statistiques avancées, à la suppression des publicités ou à des options de personnalisation. Letterboxd précise que les abonnements constituent aujourd’hui sa principale source de revenus. La plateforme complète ce modèle par de la publicité et des opérations commerciales destinées à l’industrie du cinéma.
C’est précisément ce potentiel qui attire les acheteurs. Selon Semafor, Letterboxd reste encore relativement peu monétisé par rapport à son influence. La plateforme repose notamment sur de la publicité display et programmatique, moins lucrative que les grandes opérations de sponsoring proposées par les médias spécialisés d’Hollywood. Elle pourrait également développer davantage les événements, le contenu vidéo ou le très rentable marché des campagnes « For Your Consideration » liées aux Oscars et aux grandes cérémonies de récompenses.
Le format vidéo « Four Favorites », dans lequel acteurs et réalisateurs dévoilent quatre films qui les ont marqués, constitue déjà l’une des vitrines éditoriales les plus visibles de la marque. Une société disposant de moyens plus importants pourrait transformer ce type de franchise en véritable activité média, avec événements, partenariats et formats sponsorisés. C’est ce qui rend Letterboxd intéressant non seulement pour un studio, mais aussi pour un groupe comme The New York Times Company, qui cherche depuis plusieurs années à multiplier les produits numériques par abonnement autour de communautés très identifiées.
Pourquoi Sony et A24 pourraient être intéressés
Pour un studio comme Sony Pictures, une prise de contrôle offrirait un accès direct à une communauté mondiale de spectateurs particulièrement active. Letterboxd fournit une vision très fine des films regardés, ajoutés aux listes, commentés ou recommandés, même si l’utilisation commerciale de ces données resterait encadrée par les règles de confidentialité et par la relation de confiance avec les utilisateurs.
A24 présente un autre profil. Le studio américain a lui-même bâti une grande partie de sa marque sur une communauté de cinéphiles très engagée, avec un positionnement éditorial et culturel proche de celui de Letterboxd. Une acquisition lui permettrait de rapprocher production, distribution, communauté et contenus éditoriaux, mais elle ferait également surgir immédiatement la question de l’indépendance des notes et recommandations.
Le principal risque : perdre la confiance des utilisateurs
C’est probablement le point le plus sensible du dossier. Letterboxd se présente comme un espace de discussion cinéphile « grassroots », fondé sur les avis de ses membres plutôt que sur une programmation éditoriale dictée par les studios. Un rachat par Sony, Netflix ou A24 pourrait donc provoquer des interrogations sur la mise en avant des films appartenant au nouvel actionnaire, même en l’absence de modification réelle de l’algorithme.
Cette dimension explique pourquoi certains investisseurs non directement liés à la production cinématographique apparaissent également dans les discussions. Un propriétaire extérieur aux studios pourrait plus facilement défendre une image de neutralité tout en accélérant la monétisation de la plateforme.
Trois ans seulement après l’entrée de Tiny au capital, Letterboxd est ainsi passé du statut de réseau social spécialisé à celui d’actif stratégique pour Hollywood. Sa valeur ne repose pas uniquement sur ses quelque 30 millions de membres, mais sur quelque chose de plus difficile à reproduire : une communauté mondiale de cinéphiles très engagée, qui influence désormais directement la manière dont les films sont découverts, discutés et parfois même promus.




