Maroc : une journaliste de Mediapart refoulée après un interrogatoire à Tanger
Nejma Brahim, journaliste au pôle international de Mediapart, a été empêchée d’entrer au Maroc alors qu’elle préparait une enquête sur le drame migratoire de Ceuta. Après plusieurs heures d’interrogatoire et d’attente à l’aéroport de Tanger, elle a été renvoyée vers Paris le 14 août 2026.
Une enquête interrompue dès son arrivée
Spécialiste des questions migratoires à Mediapart depuis 2020, Nejma Brahim s’était rendue à Tanger pour rencontrer des familles de victimes des événements survenus fin juillet aux abords de Ceuta. À son arrivée dans la soirée du 13 août, la journaliste affirme avoir été conduite dans un bureau de la Direction générale de la sûreté nationale marocaine.
Elle aurait alors été interrogée pendant plusieurs heures sur son activité professionnelle, les raisons de son déplacement et les personnes qu’elle souhaitait rencontrer. Après environ cinq heures de rétention, son passeport lui aurait été retiré avant son transfert dans une salle d’embarquement, sans information précise sur la suite de la procédure.
Renvoyée vers Paris sans motif communiqué
Nejma Brahim a passé la nuit dans l’aéroport avant d’être embarquée le lendemain matin sur un vol à destination de Paris. Son passeport et le document officiel de refus d’entrée ne lui auraient été remis qu’une fois installée dans l’avion, par l’intermédiaire du commandant de bord. Les services consulaires français, prévenus pendant la soirée, n’ont pas pu empêcher son renvoi.
Selon Mediapart, le document ne précise pas le motif exact du refus d’entrée. Une mention inhabituelle apparaît toutefois dans la rubrique consacrée à sa nationalité : « Française d’origine algérienne ». La journaliste possède la nationalité française. Le média estime que cette formulation fait écho aux questions répétées qui lui auraient été posées sur ses origines familiales algériennes.
Mediapart dénonce une entrave à l’information
Mediapart condamne une décision ayant directement empêché sa journaliste de poursuivre une enquête d’intérêt public. Le déplacement devait permettre de recueillir les témoignages de proches de personnes mortes ou disparues lors des mouvements migratoires survenus à la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta.
La section de Tanger de l’Association marocaine des droits humains a également dénoncé une atteinte à la liberté de la presse et au droit d’accès à l’information. L’organisation avait déjà exprimé sa profonde inquiétude après les événements de Ceuta et Melilla, évoquant de nombreuses victimes et personnes portées disparues, dans l’attente d’un bilan officiel définitif. L’AMDH avait publié un communiqué sur cette crise dès le 3 août.
Plusieurs journalistes étrangers empêchés de travailler
Le cas de Nejma Brahim intervient dans un contexte plus large de restrictions imposées aux médias étrangers présents dans le nord du Maroc. Le 15 août, des journalistes de l’agence espagnole EFE et de la télévision publique TVE ont reçu l’ordre de quitter Fnideq alors qu’ils couvraient la situation près de la frontière de Ceuta.
Les équipes espagnoles n’auraient reçu aucune explication précise. Un représentant local du ministère marocain de l’Intérieur les aurait menacées de retirer leurs accréditations et de confisquer leur matériel si elles restaient sur place. EFE a officiellement défendu la liberté d’informer, tandis que les autorités marocaines n’avaient pas apporté de réponse publique détaillée. L’accumulation de ces incidents alimente désormais les interrogations sur les conditions de couverture de la crise migratoire dans la région.
La rédaction
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