À LA UNE Arnaud Dal-Mas : « À Medi1, j’ai une liberté de création qui n’est pas négligeable »
Détails →
✕ f in
Numérique

Pornhub : pourquoi l’Ofcom doute de l’efficacité de sa vérification d’âge au Royaume-Uni

Par Aimé Kaniki Publié le 26 Sep 2026 à 13h41 4 min de lecture
Partager
Pornhub : pourquoi l’Ofcom doute de l’efficacité de sa vérification d’âge au Royaume-Uni
Pornhub : pourquoi l’Ofcom doute de l’efficacité de sa vérification d’âge au Royaume-Uni

Le régulateur britannique des médias a ouvert une enquête formelle contre Aylo, la maison mère de Pornhub, afin de vérifier si son nouveau dispositif de contrôle d’âge respecte réellement les exigences de l’Online Safety Act. Le cœur du dossier ne concerne pas directement Apple, mais la manière dont Pornhub utilise les signaux d’âge transmis par les appareils du groupe américain.

Depuis mai 2026, Pornhub permet à certains utilisateurs britanniques équipés d’un iPhone ou d’un iPad récent d’accéder au site en s’appuyant sur le système de vérification d’âge d’Apple. Le dispositif utilise des informations liées au compte et à l’appareil pour indiquer qu’un utilisateur a été identifié comme adulte, sans nécessairement transmettre sa date de naissance exacte. Apple précise de son côté que son système peut fournir une tranche d’âge et des informations sur la méthode utilisée pour la confirmer, mais rappelle que le service qui exploite ces données reste responsable du respect de la législation applicable.

L’Ofcom veut savoir si Aylo a suffisamment testé son dispositif

C’est précisément sur ce point que se concentre l’enquête britannique. L’Ofcom indique craindre qu’Aylo n’ait pas réalisé une évaluation et des tests suffisamment poussés avant de déployer cette nouvelle méthode. Le régulateur vérifiera notamment si Pornhub a mis en place une vérification « hautement efficace » pour empêcher les mineurs d’accéder aux contenus pornographiques, mais aussi si l’entreprise a correctement réalisé son évaluation d’accès par les enfants avant de modifier son fonctionnement.

L’Online Safety Act impose depuis juillet 2025 aux sites donnant accès à de la pornographie d’utiliser des systèmes capables de déterminer de manière fiable si un utilisateur a plus ou moins de 18 ans. L’Ofcom retient quatre critères pour apprécier leur efficacité : l’exactitude technique, la robustesse dans des conditions réelles, la fiabilité des informations utilisées et l’équité du dispositif. Un simple bouton déclaratif du type « J’ai plus de 18 ans » n’est pas considéré comme suffisant.

Pornhub défend la solution d’Apple

Aylo conteste pour sa part les inquiétudes du régulateur. L’entreprise affirme que le système développé par Apple constitue l’une des solutions les plus difficiles à contourner actuellement disponibles et indique vouloir coopérer avec l’Ofcom pendant l’enquête. Le groupe avait auparavant restreint l’accès à Pornhub pour une grande partie des nouveaux utilisateurs britanniques, en estimant que les règles de contrôle d’âge n’étaient pas appliquées de manière homogène à l’ensemble du secteur. L’arrivée des outils d’Apple lui avait permis de rouvrir l’accès à certains utilisateurs au printemps.

L’affaire dépasse donc le seul cas de Pornhub. L’Ofcom cherche à établir jusqu’où une plateforme peut s’appuyer sur une vérification réalisée ailleurs dans l’écosystème numérique, par un fabricant de smartphones ou un système d’exploitation. Sa doctrine est déjà claire sur un point : même lorsqu’un tiers effectue le contrôle, la responsabilité juridique continue de peser sur le service qui donne accès au contenu. En cas de manquement à l’Online Safety Act, le régulateur peut prononcer des sanctions allant jusqu’à 18 millions de livres ou 10 % du chiffre d’affaires mondial concerné, le montant le plus élevé étant retenu.

Pour les plateformes, l’enquête constitue donc un test important. Si les dispositifs intégrés directement aux smartphones sont jugés suffisamment fiables, ils pourraient faciliter la vérification de l’âge sans demander à chaque site de collecter lui-même des documents d’identité. Dans le cas contraire, les éditeurs devront conserver ou ajouter leurs propres contrôles, avec des conséquences directes sur l’expérience utilisateur, la protection des données et les taux d’abandon. L’Ofcom n’a, à ce stade, rendu aucune conclusion sur une éventuelle violation de la loi par Aylo.

Partager cet article
Aimé Kaniki

Aimé Kaniki

Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.

Voir tous les articles de Aimé Kaniki →

À lire aussi