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Presse française : les suppressions de postes s’accélèrent sur fond de montée de l’IA

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Presse française : les suppressions de postes s’accélèrent sur fond de montée de l’IA
Presse française : les suppressions de postes s’accélèrent sur fond de montée de l’IA

Les plans sociaux se multiplient dans la presse française, tandis que l’intelligence artificielle prend une place croissante dans les rédactions. Selon un décompte du Syndicat national des journalistes relayé au printemps, 638 suppressions de postes avaient été annoncées depuis mars 2026 dans le secteur. Un chiffre qui concerne l’ensemble des métiers de la presse, pas uniquement les journalistes, mais qui nourrit les inquiétudes autour d’une automatisation accélérée de certaines fonctions éditoriales.

Le cas d’Infopro Digital est devenu emblématique. Le groupe, propriétaire notamment de L’Usine Nouvelle, Le Moniteur, La Gazette des communes, LSA ou encore L’Argus de l’assurance, a prévu de supprimer 19 postes de secrétaires de rédaction au sein de plusieurs de ses filiales. Ces fonctions doivent être remplacées par cinq postes de « chefs d’édition », avec un recours accru à un outil interne intégrant plusieurs technologies d’IA générative pour la recherche, la vérification, la correction et certaines réécritures.

Infopro Digital cristallise les inquiétudes

Le projet a d’autant plus fait réagir les représentants du personnel que les entités concernées affichent des résultats élevés pour la presse professionnelle. Selon les chiffres cités par l’intersyndicale, Groupe Moniteur et Gisi ont généré ensemble 38,4 millions d’euros d’Ebitda en 2024 pour 141,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit une marge de 27,1 %. La direction invoque notamment la transformation du marché et la baisse du papier, mais les syndicats contestent qu’une situation économique aussi rentable justifie de supprimer des postes directement liés à la qualité éditoriale.

La justice s’est d’ailleurs saisie du sujet. Plusieurs juridictions ont rappelé ces derniers mois que le déploiement d’outils d’intelligence artificielle pouvant modifier les conditions de travail devait faire l’objet d’une information-consultation des représentants du personnel. Chez Infopro Digital, cette bataille juridique a temporairement freiné certains déploiements sans faire disparaître le projet de transformation.

Une vague beaucoup plus large dans les médias

Infopro Digital n’est cependant pas un cas isolé. Centre France a annoncé la suppression de 152 postes, tandis que le groupe EBRA a envisagé un plan pouvant concerner jusqu’à 400 salariés. Prisma Media a également engagé une restructuration de grande ampleur, avec plusieurs centaines de postes menacés ou supprimés. Dans certains groupes, l’IA est explicitement présentée comme un outil destiné à automatiser l’editing, la correction, la production de titres, de métadonnées ou certaines tâches de rédaction.

À Ouest-France, un plan annoncé en septembre prévoit 156 suppressions de postes. Les syndicats y redoutent notamment la disparition d’une partie importante des fonctions de secrétariat et d’assistance de rédaction, dans un contexte où le quotidien expérimente déjà plusieurs usages de l’intelligence artificielle. Cette évolution touche donc autant la presse nationale que régionale et professionnelle.

Le premier risque concerne la vérification

Les secrétaires de rédaction occupent traditionnellement un rôle peu visible mais essentiel : vérification des informations, correction, cohérence des titres, mise en forme, contrôle des chiffres, des noms ou des références. Réduire ces fonctions tout en augmentant le recours à des outils génératifs fait craindre aux journalistes une hausse du nombre d’erreurs ou d’approximations publiées.

Le problème est d’autant plus sensible que les IA génératives restent susceptibles de produire des réponses fausses ou de reformuler de manière trop affirmative une information incertaine. Dans la presse spécialisée, certaines informations sont directement utilisées par des élus, des entreprises ou des professionnels pour prendre des décisions. La question n’est donc pas seulement celle de la productivité mais aussi de la responsabilité éditoriale.

Standardisation et confiance au cœur du débat

La généralisation des mêmes outils dans plusieurs rédactions pose également la question de la standardisation. Titres, résumés, reformulations ou angles peuvent devenir plus homogènes lorsqu’ils sont produits à partir des mêmes modèles. Cela ne signifie pas que l’IA supprime automatiquement le pluralisme, mais plus les tâches éditoriales sont automatisées, plus le rôle du journaliste dans la sélection, la hiérarchisation et la formulation devient déterminant.

Cette transformation intervient enfin dans un contexte où la confiance envers les médias reste fragile. Les syndicats redoutent qu’un public découvrant que certaines étapes de production ou de vérification sont désormais assurées par des machines doute davantage de la fiabilité des contenus. À cela s’ajoute un autre problème : les médias eux-mêmes voient une partie de leur trafic menacée par les résumés générés directement par les moteurs de recherche et les assistants d’IA.

L’IA n’explique pas à elle seule la crise

Il serait toutefois réducteur de faire de l’intelligence artificielle l’unique responsable des suppressions de postes. La presse fait face depuis plus de vingt ans à la chute des ventes papier, à l’érosion des recettes publicitaires et au déplacement d’une part considérable du marché vers Google, Meta et les plateformes numériques. Le président de l’Arcom, Martin Ajdari, a notamment alerté sur le recul de la part de la presse, de la radio et de la télévision dans le marché publicitaire, susceptible de continuer à diminuer d’ici 2030.

L’IA agit donc plutôt comme un accélérateur. Elle offre aux éditeurs de nouveaux outils pour réduire les coûts et automatiser une partie de la chaîne de production, au moment même où les modèles économiques sont fragilisés. La question qui s’impose désormais aux rédactions est moins de savoir si l’intelligence artificielle sera utilisée que de déterminer jusqu’où elle peut l’être sans affaiblir la vérification, la responsabilité humaine et la qualité de l’information.

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