Publicis, Omnicom, WPP, Havas : l’intelligence artificielle bouleverse les géants mondiaux de la publicité
Les résultats du deuxième trimestre 2026 dessinent un marché publicitaire mondial en pleine recomposition. Publicis poursuit sa forte croissance, Omnicom digère le rapprochement avec Interpublic, WPP tente d’enrayer son recul et Havas avance plus progressivement. Mais derrière des performances financières très différentes, les quatre groupes convergent vers la même priorité : transformer leurs organisations autour de la donnée, de l’intelligence artificielle et de plateformes toujours plus intégrées.
Le temps où les grands groupes publicitaires pouvaient être décrits comme de simples holdings réunissant une multitude d’agences paraît de plus en plus lointain. En 2026, Publicis, Omnicom, WPP et Havas cherchent tous, avec des méthodes différentes, à rapprocher média, création, technologie, commerce et données. L’essor de l’intelligence artificielle accélère encore cette transformation : les outils d’IA et les intégrations de données sont rapidement devenus incontournables, au point que la véritable différence entre les groupes pourrait désormais résider moins dans la technologie elle-même que dans la capacité de leurs équipes à l’exploiter efficacement.
Cette convergence stratégique masque cependant d’importants écarts de performances. Publicis continue de se distinguer par sa croissance, Omnicom affiche des chiffres élevés dans le contexte de son rapprochement avec Interpublic, Havas conserve une progression plus modérée tandis que WPP reste engagé dans un vaste chantier de redressement. Les résultats du deuxième trimestre illustrent ainsi une industrie où la course à l’IA se déroule parallèlement à une bataille beaucoup plus traditionnelle : celle de la croissance, des gains de budgets et de la rentabilité.
Publicis conserve une longueur d’avance
Publicis Groupe apparaît comme l’un des grands gagnants de cette période. Au deuxième trimestre, le groupe français a enregistré une croissance organique de son revenu net de 4,8 % sur un an, pour atteindre 3,6 milliards d’euros. Cette dynamique l’a conduit à relever sa prévision annuelle de croissance organique, désormais comprise entre 4,5 % et 5,5 %, contre une fourchette précédente de 4 % à 5 %. L’Amérique du Nord, premier marché du groupe, progresse de 5,4 % à 2,19 milliards d’euros, tandis que l’Europe avance de 5 % à 899 millions. Seule la zone Moyen-Orient et Afrique recule, de 8,3 %, à 104 millions d’euros.
La place prise par l’intelligence artificielle dans le discours et l’activité de Publicis est spectaculaire. Le groupe indique que ses services marketing alimentés par l’IA représentent désormais 87 % de son revenu net total au deuxième trimestre. Les 13 % restants correspondent à Publicis Sapient, activité qui a connu un recul de l’ordre de quelques points, notamment dans un contexte d’incertitude lié au conflit au Moyen-Orient. En parallèle, Publicis continue d’investir et de procéder à des acquisitions, notamment autour de la collaboration de données et du marketing sportif.
Arthur Sadoun entend notamment placer les données d’Epsilon au centre d’un écosystème média intégré. La stratégie vise à rendre des univers comme le sport davantage adressables et mesurables à grande échelle, tout en combinant Sapient, Epsilon, Marcel et les nouvelles capacités du groupe en matière de données. Publicis met également en avant la solidité de sa relation avec ses annonceurs : son taux de rétention serait proche de 100 %, tandis qu’aucune perte de client enregistrée au cours des douze derniers mois ne devrait, selon le groupe, avoir d’impact matériel sur les douze prochains.
Omnicom change de dimension après Interpublic
Chez Omnicom, la transformation est encore plus structurelle. Le groupe a annoncé une croissance organique de 6,1 % sur un an pour ses activités principales, dont le chiffre d’affaires atteint 6 milliards de dollars au deuxième trimestre. Ces résultats interviennent alors qu’Omnicom poursuit l’intégration des actifs d’Interpublic Group, avec notamment des rapprochements entre certaines de ses agences. Une comparaison directe avec ses concurrents reste toutefois délicate puisque le groupe publie ses revenus sur une base brute intégrant certains éléments refacturés.
Cette particularité comptable est loin d’être anecdotique. Une estimation citée dans le document considère qu’environ 500 millions de dollars de croissance organique pourraient provenir de ces éléments, notamment du principal media. Retraité de cet effet, Omnicom aurait ainsi pu enregistrer une évolution organique négative, de l’ordre de -2 %. Dans les chiffres publiés par l’entreprise, le média intégré représente désormais 52,5 % des revenus des activités principales, soit environ 3,1 milliards de dollars. La publicité pèse 942,6 millions, les relations publiques 679,1 millions, l’expérientiel et autres activités 669,2 millions et la santé 555,9 millions de dollars.
Le patron d’Omnicom, John Wren, résume la mutation en expliquant que le nouvel ensemble ressemble désormais davantage à une entreprise opérationnelle qu’à une holding. Le groupe veut concentrer ses efforts sur le marketing agentique, l’élargissement des partenariats avec les annonceurs et plusieurs marchés jugés porteurs : sport, influence, commerce et découverte alimentée par l’intelligence artificielle. En parallèle, l’intégration doit générer d’importantes économies. Omnicom vise 900 millions de dollars de synergies de réduction de coûts, un montant qui devrait atteindre 1,5 milliard de dollars d’ici mi-2028.
WPP tente d’enrayer son décrochage
La situation reste plus délicate chez WPP. Sur l’ensemble du premier semestre, le groupe affiche un recul de 3,2 % de son chiffre d’affaires à 6,4 milliards de livres sterling. Le deuxième trimestre apporte néanmoins des signes d’amélioration : le revenu hors coûts refacturés recule de 2,3 % sur un an, une contraction sensiblement moins forte que celle observée lors d’une période précédente où la baisse atteignait 5,9 %.
Les investisseurs ont manifestement apprécié ce début de stabilisation : le document indique que l’action WPP a progressé de plus de 40 % depuis la publication des résultats. WPP Media a notamment remporté plusieurs budgets, parmi lesquels Airbnb, Estée Lauder et Heineken. Les données de COMvergence citées placent même WPP Media en tête du marché mondial au premier trimestre en matière de nouveaux budgets, avec 1,5 milliard de dollars de nouveaux billings clients, devant Omnicom Media Group.
Cette amélioration s’inscrit dans le plan de transformation Elevate28, piloté par Cindy Rose. L’objectif est de faire évoluer WPP d’une structure complexe de holding vers une seule entreprise intégrée organisée autour de quatre unités opérationnelles et de quatre régions. L’ensemble doit s’appuyer sur WPP Open, la plateforme de marketing agentique du groupe, elle-même alimentée notamment par la technologie de collaboration de données InfoSum. Le redressement passe également par des économies : WPP prévoit des suppressions de postes dans le cadre de ce programme.
Cindy Rose considère que les gagnants de la révolution actuelle seront les groupes capables d’intégrer directement la technologie aux opérations marketing, d’exploiter données et intelligence artificielle pour mieux comprendre les consommateurs, de repenser leurs processus et de former leurs salariés. La première phase d’Elevate28 consiste ainsi à stabiliser l’activité, stopper le recul et reconstruire progressivement une dynamique commerciale. WPP reconnaît toutefois que les effets de cette transformation demanderont du temps avant d’être pleinement visibles dans ses comptes.
Havas progresse, avec l’Amérique du Nord comme moteur
Havas présente pour sa part une trajectoire plus stable. Le groupe dirigé par Yannick Bolloré a enregistré au deuxième trimestre une croissance organique de 2,5 %, pour atteindre 724 millions d’euros de revenu net. Sur le premier semestre, son EBIT ajusté progresse de 4,2 % sur un an à 150 millions d’euros, amélioration que l’entreprise attribue notamment à un contrôle rigoureux de ses coûts de personnel.
L’Amérique du Nord constitue le principal moteur de cette progression. Les activités média et créatives y ont porté une croissance de 6,4 %, alors que la région représente environ 35 % du revenu net d’Havas. L’Europe, qui pèse environ la moitié de l’activité du groupe, reste en revanche stable, avec de légers reculs organiques au Royaume-Uni et en France. Dans la répartition des métiers, Havas Creative représente 42 % du revenu net, Havas Media 38 % et Havas Health 20 %.
Comme ses concurrents, Havas prépare déjà l’étape suivante. Yannick Bolloré met en avant la stratégie Converged et veut renforcer les capacités du groupe dans le marketing sportif, les opérations expérientielles et l’influence corporate. L’intelligence artificielle occupe également une place centrale avec Converged.AI, le système opérationnel développé par Havas pour accompagner cette transformation.
L’IA devient la nouvelle infrastructure de la publicité mondiale
Au-delà du classement trimestriel entre Publicis, Omnicom, WPP et Havas, une transformation beaucoup plus profonde apparaît. Les quatre groupes cherchent désormais à proposer une infrastructure intégrée où données propriétaires, achat média, création, commerce, mesure et intelligence artificielle fonctionnent ensemble. Les discours diffèrent dans leur habillage — Marcel chez Publicis, Omni chez Omnicom, WPP Open chez WPP ou Converged.AI chez Havas — mais les ambitions se rapprochent fortement.
C’est précisément ce qui pourrait déplacer la compétition dans les prochaines années. Disposer d’une plateforme d’intelligence artificielle ne suffira probablement plus à constituer un avantage durable si tous les grands acteurs proposent des technologies comparables. La bataille se jouera alors sur la qualité des données, l’intégration des métiers, la capacité à mesurer les résultats des campagnes et, surtout, sur les talents capables d’utiliser efficacement ces outils. La révolution de l’IA ne signe donc pas nécessairement la disparition des grands groupes publicitaires : elle les pousse plutôt à abandonner progressivement leur ancien modèle de holdings pour devenir de vastes entreprises technologiques et marketing intégrées.
La rédaction
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