RTBF en 2026 : une puissance publique en mutation entre leadership, fragmentation et défi numérique
En 2026, RTBF confirme son statut de pilier du paysage audiovisuel en Belgique francophone. Groupe public basé à Bruxelles, il regroupe plusieurs chaînes de télévision, radios et plateformes numériques, avec une mission de service public clairement affirmée. Malgré un environnement de plus en plus concurrentiel, la RTBF parvient à maintenir une position solide, notamment grâce à la diversité de ses marques et à sa capacité d’adaptation.
Sur le plan des audiences, la RTBF reste un acteur majeur. En télévision, sa part de marché globale atteint environ 27,3 % en 2024, un niveau élevé qui confirme sa progression face à ses concurrents historiques comme RTL. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance longue où le groupe public a progressivement réduit l’écart avec les chaînes privées, jusqu’à parfois les dépasser sur certaines périodes.
Une domination nuancée par la fragmentation des audiences
Cette performance globale masque toutefois une réalité plus fragmentée. La chaîne principale, La Une, demeure le moteur d’audience du groupe, tandis que des offres plus ciblées comme Tipik affichent des parts plus modestes, autour de 5 % ces dernières années. Cette segmentation illustre la stratégie de la RTBF, qui consiste à adresser différents publics via des marques distinctes, mais elle révèle aussi une dispersion des audiences.
Dans le même temps, la concurrence reste intense, notamment face à RTL-TVI et aux chaînes françaises comme TF1 ou France 2, très présentes en Belgique. Même si la RTBF domine régulièrement en parts de marché globales, elle doit composer avec une érosion structurelle de l’audience linéaire, liée à la montée des usages numériques.
La radio, un socle solide mais challengé
Du côté de la radio, la RTBF conserve une forte implantation avec plusieurs stations bien positionnées. VivaCité, Classic 21 ou encore La Première figurent parmi les acteurs majeurs du marché francophone. Par exemple, VivaCité dépasse les 13 % de part de marché, tandis que Classic 21 s’approche des 11 %, confirmant la solidité du portefeuille radio public.
Cependant, là aussi, la concurrence est vive. Des réseaux privés comme Nostalgie ou Radio Contact occupent régulièrement les premières places. La RTBF doit donc défendre ses positions tout en renouvelant ses formats pour rester attractive auprès de publics plus jeunes.
Le rôle clé des programmes fédérateurs
L’un des leviers majeurs de performance de la RTBF reste sa capacité à proposer des programmes événementiels. Des formats comme The Voice Belgique ou des fictions locales comme La Trêve ont régulièrement généré des parts de marché supérieures à 25 %, voire 30 % pour certains événements.
Ces succès ponctuels jouent un rôle crucial dans l’équilibre global des audiences. Ils permettent à la RTBF de créer des rendez-vous fédérateurs, capables de rivaliser avec les grandes chaînes privées et de renforcer son image de producteur de contenus locaux de qualité.
Le virage numérique devenu stratégique
L’un des enjeux majeurs pour la RTBF reste sa transformation numérique. Avec sa plateforme Auvio, le groupe a pris un virage important vers le streaming et la consommation à la demande. Cette stratégie vise à compenser la baisse de l’audience linéaire et à capter de nouveaux usages, notamment chez les jeunes.
Un repositionnement essentiel dans un contexte où les plateformes internationales (Netflix, YouTube, etc.) redéfinissent les habitudes de consommation. La RTBF cherche ainsi à maintenir sa pertinence en développant une offre hybride entre télévision, radio et digital.
Un équilibre délicat entre mission publique et performance
Enfin, la RTBF doit composer avec une double exigence. D’un côté, elle doit remplir ses missions de service public, en proposant une information fiable, des contenus culturels et éducatifs. De l’autre, elle est soumise à des impératifs de performance, notamment en matière d’audience et d’attractivité.
En 2026, un équilibre qui apparaît globalement maîtrisé, mais fragile. La fragmentation des publics, la concurrence accrue et la transformation des usages obligent la RTBF à se réinventer en permanence.
Aimé Kaniki
Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.
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