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Sept médias locaux lancent « On a déjà essayé », un portail d’enquêtes sur le RN

Par La rédaction Publié le 16 Sep 2026 à 10h49 7 min de lecture
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Sept médias locaux lancent « On a déjà essayé », un portail d’enquêtes sur le RN
Sept médias locaux lancent « On a déjà essayé », un portail d’enquêtes sur le RN

Sept titres indépendants ont mis en ligne mardi 15 septembre un site commun consacré aux municipalités dirigées par le Rassemblement national et ses alliés. Le projet, baptisé « On a déjà essayé », mutualise des rédactions locales jusqu’à la présidentielle. Il illustre à la fois la progression électorale du RN et la recherche d’un modèle économique pour une presse de territoire sous-dotée.

Un portail commun, des enquêtes déjà en ligne

Le Poulpe en Normandie, Made In Perpignan, Mediacités (présent à Lyon, Lille, Nantes et Toulouse), Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon, Rue89 Strasbourg et Marsactu, dans les Bouches-du-Rhône, ont choisi de coordonner leurs investigations. Le manifeste du projet rappelle que l’extrême droite n’a « jamais dirigé autant de municipalités que depuis mars dernier ». Chaque mois, d’ici le scrutin national, les sept rédactions publieront des enquêtes dans des villes où le RN ou ses alliés exercent le pouvoir exécutif.

Le site est en accès libre. Plusieurs textes sont déjà disponibles : un bilan des six premiers mois des mairies RN, un reportage sur La Flèche, dans la Sarthe, décrit comme un « verrouillage » passant notamment par une reprise en main de la culture, des papiers sur Carcassonne et sur le recrutement d’une équipe à Castres. L’angle affiché n’est pas le commentaire national. C’est le terrain. « Nous enquêtons au plus près des territoires, là où les discours se confrontent aux actes », écrivent les fondateurs. L’objectif déclaré est de « tirer les enseignements » de l’exercice du pouvoir local « dans la perspective des échéances nationales à venir ».

Le calendrier est explicite. Le portail n’est pas conçu comme une revue permanente. Il est cadencé jusqu’à la présidentielle. Les municipales de mars ont fourni le matériau. L’élection de 2027 fournit le horizon.

Des titres locaux face à un objet national

Ces médias partagent plusieurs traits. Ils sont indépendants de grands groupes. Ils travaillent à l’échelle d’une ville ou d’une région. Ils se situent, pour l’essentiel, dans un espace éditorial de gauche ou de centre gauche, héritiers parfois de la galaxie Rue89 ou de la presse d’investigation urbaine. Leur alliance n’efface pas cette identité. Elle la rend plus visible.

Le constat de départ est politique autant que journalistique. Le RN gouverne davantage de communes qu’à aucune autre période récente. Cette présence locale produit des actes administratifs, des nominations, des politiques culturelles, des choix de communication. Or la couverture nationale de ces exécutifs reste souvent intermittente, tributaire d’un scandale ou d’une séquence électorale. Les rédactions locales, elles, sont déjà sur place. Le projet consiste à transformer cette proximité en corpus commun, lisible hors de chaque bassin de diffusion.

L’opération a un précédent intellectuel : l’idée que l’extrême droite au pouvoir local constitue un laboratoire. Le titre « On a déjà essayé » inverse le slogan du RN sur l’inexpérience des autres. Il affirme que l’expérience existe, à l’échelle municipale, et qu’elle peut être documentée. Reste à savoir si cette documentation dépasse le cercle des lecteurs déjà convaincus.

Un financement qui dit l’économie de la presse indépendante

Le projet est soutenu par le Fonds pour une presse libre, créé en 2019. Cet organisme à but non lucratif a d’abord servi à sanctuariser le capital de Mediapart. Il finance aussi des titres indépendants afin de les soustraire, autant que possible, aux pressions économiques. Sans ce concours, une coordination nationale entre sept petites rédactions aurait été plus difficile à tenir : temps d’enquête, outil technique, éditorialisation commune, site dédié.

Le modèle économique sous-jacent est connu. La presse locale indépendante dispose rarement des moyens d’une enquête au long cours sur plusieurs villes à la fois. La mutualisation réduit le coût unitaire. L’accès libre élargit l’audience potentielle. Il ne résout pas, à lui seul, la question des recettes. Le portail n’est pas présenté comme un titre supplémentaire à abonner. C’est une vitrine et un outil de circulation. La valeur, pour chaque média, se joue ensuite sur son propre site, ses dons, ses abonnements.

Cette architecture a une limite. Un portail gratuit, adossé à des titres souvent militants dans le regard de leurs détracteurs, s’expose à l’accusation de campagne coordonnée plutôt que de travail journalistique. Les rédactions concernées répondent par la méthode : faits locaux, actes des mairies, confrontation entre promesses et réalisations. La réception dépendra de la densité des preuves plus que du manifeste.

Des conséquences pour le secteur, au-delà du RN

L’initiative dit quelque chose du paysage médiatique de 2026. D’un côté, les grands nationaux couvrent le RN comme force politique et comme hypothèse de second tour. De l’autre, une presse de territoire tente de documenter ce que le parti fait quand il gère. Entre les deux, l’espace est longtemps resté clairsemé. « On a déjà essayé » cherche à le remplir.

Pour les groupes de presse locaux traditionnels, souvent plus prudents et plus dépendants de la publicité de proximité, le projet peut apparaître comme une concurrence d’agenda. Il peut aussi servir de révélateur : dès lors que des titres indépendants industrialisent le suivi des mairies RN, les quotidiens régionaux seront jugés sur leur propre couverture de ces exécutifs.

Pour le débat public, le risque et l’intérêt sont les mêmes. Un corpus d’enquêtes locales peut enrichir la campagne nationale de faits vérifiables. Il peut aussi polariser davantage la lecture de la gestion municipale, chaque camp y piochant ce qui confirme sa thèse. Le journalisme de territoire n’échappe pas à cette tension. Il peut seulement la traiter par la précision des dossiers.

Jusqu’à la présidentielle, puis après

D’ici 2027, le rythme annoncé est mensuel. La série tiendra si les rédactions livrent des papiers comparables d’une ville à l’autre, et pas seulement des instantanés. Le test sera la capacité à mesurer des politiques publiques (culture, sécurité, communication institutionnelle, recrutements) avec les mêmes exigences d’une commune à l’autre.

Au-delà de l’échéance, la question sera celle de la pérennité. Les alliances de médias indépendants naissent souvent autour d’un scrutin. Elles survivent si elles deviennent une habitude de travail, un partage de données, parfois une rédaction partagée. Le Fonds pour une presse libre peut accompagner un lancement. Il ne remplace pas un modèle de recettes.

Mardi, sept titres ont mis en commun leur angle et leur calendrier. Ils font le pari que le pouvoir local du RN est un sujet d’enquête avant d’être un thème de campagne. La présidentielle dira si ce corpus pèse dans le débat national. Le secteur, lui, y lira surtout une tentative de faire exister une presse locale d’investigation avec des moyens limités, en se regroupant plutôt qu’en s’épuisant seule.

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