Stéphane Beaud décrypte le parcours de Zinédine Zidane, de La Castellane au statut d’icône nationale
Invité de Blast, le sociologue Stéphane Beaud, auteur de Zinedine Zidane (La Découverte, 2026), propose une lecture sociale du parcours de l’ancien numéro 10 des Bleus. L’entretien s’éloigne du récit du simple prodige du football pour revenir sur les origines familiales, l’histoire migratoire et l’environnement social qui ont façonné l’une des plus grandes figures du sport français.
Selon Stéphane Beaud, comprendre Zidane suppose d’abord de revenir sur son histoire familiale. Né en 1972 à Marseille, il est le dernier d’une fratrie de cinq enfants. Son père, Smaïl Zidane, est un ouvrier kabyle arrivé en France en 1953, tandis que sa mère, Malika, a grandi à Marseille après avoir quitté très jeune l’Algérie. La famille s’installe à la cité de La Castellane, où le futur champion du monde découvre le football de rue et développe les qualités techniques qui feront sa réputation.
Le sociologue insiste également sur l’influence déterminante du père, qui transmet à son fils trois principes : le travail, le respect et l’humilité. Il lui recommande aussi de se concentrer exclusivement sur le football et de ne pas s’aventurer sur le terrain politique, une consigne que Zidane respectera durant l’essentiel de sa carrière publique.
L’entretien revient ensuite sur l’apprentissage du football dans les quartiers nord de Marseille. Les parties disputées quotidiennement sur le terrain en bitume de La Castellane, aux côtés de son frère et de ses amis, auraient permis à Zidane d’acquérir très tôt sa maîtrise technique, ses dribbles et sa vision du jeu. Stéphane Beaud estime également que cet environnement populaire a forgé un tempérament combatif, perceptible jusque dans certains épisodes marquants de sa carrière, notamment son célèbre coup de tête en finale de la Coupe du monde 2006.
Le chercheur souligne également que la réussite de Zidane n’avait rien d’inéluctable. Peu considéré comme un prodige durant son adolescence, il n’est repéré qu’à 15 ans par les recruteurs de l’AS Cannes. Sa progression se poursuit ensuite à Bordeaux, avant son explosion à la Juventus puis avec l’équipe de France. Le sacre mondial de 1998 marque un tournant : Zidane devient alors une figure centrale de l’identité nationale française tout en revendiquant publiquement ses origines algériennes.
Stéphane Beaud analyse aussi la manière dont la société française a fait de Zidane un symbole de l’intégration. Selon lui, après la victoire de 1998, le joueur est avant tout perçu comme un héros français, même s’il n’a jamais renié son héritage familial. Le sociologue rappelle toutefois que Zidane s’est toujours présenté comme « français d’origine algérienne », refusant d’opposer ces deux appartenances.
Sur les questions politiques, Beaud rappelle que Zidane est resté discret tout au long de sa carrière. Hormis ses prises de position contre le Front national en 2002 puis contre Marine Le Pen en 2017, il s’est rarement exprimé publiquement sur les débats de société. Le sociologue y voit autant l’influence de son père qu’une forme de prudence personnelle, tout en estimant que l’ancien capitaine possède une véritable conscience sociale, nourrie par son enfance modeste.
Enfin, l’entretien aborde la relation de Zidane avec l’Algérie et son évolution comme entraîneur. Après avoir mis plusieurs années à accepter l’idée de se reconvertir sur un banc de touche, il a surmonté ses réticences pour devenir l’un des entraîneurs les plus titrés du football européen avec le Real Madrid. Pour Stéphane Beaud, son parcours illustre avant tout une ascension sociale fondée sur le travail, la transmission familiale et une capacité constante à se réinventer.
La rédaction
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