Télévision australienne : en 2026, le sport, le streaming et les visages historiques se disputent encore le pouvoir
La télévision australienne de 2026 n’est pas morte : elle a changé de définition. Les audiences ne se limitent plus au direct diffusé par antenne, mais additionnent désormais télévision linéaire, rattrapage et visionnage en streaming grâce au système national VOZ d’OzTAM. Cette mutation est devenue indispensable dans un pays où 91 % des adultes regardaient chaque semaine de la vidéo en ligne en 2025, tandis que 68 % utilisaient au moins un service payant comme Netflix, Stan ou Binge. Dans le même temps, la télévision gratuite traditionnelle a légèrement rebondi, touchant 52 % des adultes, sans retrouver toutefois ses niveaux d’avant la généralisation du streaming.
Le sport demeure la dernière grande machine à rassembler
En 2026, les plus gros rassemblements nationaux restent largement sportifs. La Coupe du monde de football diffusée gratuitement par SBS a bouleversé la hiérarchie habituelle. Le match de poules entre l’Australie et le Paraguay a atteint 4,844 millions de personnes et réuni 3,086 millions de téléspectateurs en moyenne, dont près de 47 % via SBS On Demand. Il s’agit du match de Coupe du monde le plus regardé de l’histoire de SBS en portée totale, tandis que près de la moitié de la population australienne avait déjà regardé une partie du tournoi à la fin du premier tour.
Cette Coupe du monde a surtout démontré que le streaming ne cannibalise plus nécessairement la télévision : il l’élargit. Lors d’Australie–Turquie, plus de 41 % de l’audience moyenne de 3,035 millions provenait de SBS On Demand. Pour Australie–États-Unis, cette proportion montait à 46 %. La chaîne publique multiculturelle a ainsi pu dominer plusieurs journées d’audience, parfois avec sept programmes parmi les dix premiers, alors que certains matchs étaient proposés au milieu de la nuit ou à l’aube.
L’AFL (championnat de football australien) conserve parallèlement son rôle de religion télévisuelle nationale. Sur Seven, le match Collingwood–Melbourne organisé lors du King’s Birthday a atteint 1,98 million de personnes, pour une audience moyenne de 930 000 téléspectateurs, en progression de 7 % sur un an et de 57 % par rapport à la moyenne des rencontres de la saison. Le programme caritatif The Big Freeze at the G a, lui, attiré 903 000 personnes en moyenne. Ces chiffres expliquent pourquoi Seven continue de placer le football australien au centre de son identité, aussi bien sur son antenne principale que sur 7plus Sport.
Seven et Nine restent les deux puissances commerciales
Hors événements exceptionnels, le marché demeure dominé par Seven et Nine. Les journaux du soir constituent leurs fondations les plus solides. À titre d’exemple, le 25 juin, Seven News affichait une audience nationale moyenne de 1,386 million, devant 9News à 1,256 million. Le même jour, Tipping Point Australia réunissait 807 000 téléspectateurs et The Chase Australia 720 000. Ces jeux quotidiens, respectivement incarnés par Todd Woodbridge et Larry Emdur, sont devenus essentiels : ils nourrissent le début de soirée, fidélisent un public âgé mais massif et servent de rampe de lancement aux journaux.
Seven conserve aussi un avantage majeur le matin avec Sunrise. Présentée par Natalie Barr et Matt Shirvington, l’émission aurait rassemblé autour de 424 000 téléspectateurs par jour en moyenne, contre 308 000 pour Today sur Nine. Cette domination fait de ses animateurs des figures familières, même s’ils ont été étonnamment absents de certaines catégories des Logie Awards 2026. Seven s’appuie également sur Larry Emdur, figure de The Chase Australia, sur Sonia Kruger pour ses grands divertissements et sur Ally Langdon, l’une des personnalités les plus identifiées de son information et de ses magazines.
Nine reste toutefois très puissant sur le divertissement, les magazines et la téléréalité. Married at First Sight, The Block, LEGO Masters Australia, The Floor, Tipping Point Australia, A Current Affair et 60 Minutes constituent un portefeuille difficile à égaler. Hamish Blake, Ally Langdon, Todd Woodbridge, Tracy Grimshaw et les équipes de 60 Minutes restent associés à une télévision de grands rendez-vous. Mais la chaîne traverse aussi une période de transition autour de Today, après le départ de Karl Stefanovic, longtemps l’un des animateurs les plus puissants et les plus polarisants du pays. Le choix de son successeur est stratégique pour une tranche qui générerait environ 100 millions de dollars australiens de recettes publicitaires annuelles.
La bataille entre Seven et Nine est particulièrement visible le dimanche soir. En juillet, 7NEWS Spotlight, porté par une enquête de Liam Bartlett, a attiré 753 000 téléspectateurs, contre 500 000 pour 60 Minutes. Mais cette victoire reste ponctuelle : quelques semaines plus tôt, 60 Minutes avait réuni 963 000 personnes, contre 494 000 pour son rival. Cette alternance montre que l’information de long format demeure sensible au sujet traité, à la force de la promotion et surtout au programme diffusé juste avant.
L’ABC réussit son virage numérique grâce aux programmes locaux
La progression la plus structurante de 2026 vient probablement de l’ABC. Sa plateforme ABC iview a gagné 14 % d’audience et touche désormais 3,8 millions d’Australiens chaque semaine. L’ensemble des contenus vidéo du groupe public atteint 12,3 millions de personnes par semaine, tandis que 22 nouveaux titres ont dépassé le million de téléspectateurs, dont 17 productions australiennes. Cette performance valide une stratégie fondée non sur l’accumulation de formats internationaux, mais sur les fictions, documentaires, programmes culturels et émissions de société produits localement.
Parmi ses succès, la série Goolagong, consacrée à la championne de tennis Evonne Goolagong Cawley, est devenue la fiction australienne gratuite la plus performante de l’année, avec 530 000 visionnages moyens par épisode sur ABC iview. The Piano, présenté par Amanda Keller, dépasse 1,4 million de téléspectateurs en moyenne, tandis que Grand Designs Transformations atteint 1,1 million. L’ABC s’appuie également sur Lisa Millar, vedette de Muster Dogs et Back Roads, David Speers dans Insiders, Sarah Ferguson dans 7.30 et les figures de Four Corners et Australian Story. Avec 41 nominations aux Logies, l’ABC est le groupe le plus représenté de l’année.
SBS réalise une année exceptionnelle, tandis que Network 10 décroche
SBS a vécu une année hors norme grâce au football, mais aussi à l’Eurovision. La compétition musicale a touché 3,27 millions d’Australiens, soit une hausse de 45,2 % sur un an, portée par la quatrième place de Delta Goodrem et par les commentaires de Courtney Act et Danny Estrin. SBS cherche désormais à prolonger cette dynamique en transformant SBS Viceland en SBS2, une chaîne davantage destinée aux 25-54 ans, structurée autour des séries, documentaires, spectacles, sports et programmes de société.
À l’inverse, Network 10 apparaît comme le maillon fragile du système. Son journal de 17 heures serait tombé à 289 000 téléspectateurs moyens en juillet, contre 351 000 un an auparavant, soit un recul proche de 20 %. Après l’arrêt de The Project, la chaîne a tenté de reconstruire son offre d’information, tout en réduisant ses dépenses et en mettant en sommeil ou en danger plusieurs divertissements. Elle conserve néanmoins des personnalités fortes comme Julia Morris, Poh Ling Yeow, Sam Pang et Robert Irwin, ce dernier devant présenter les Logie Awards à seulement 22 ans. La télévision australienne de 2026 se résume ainsi à un paradoxe : les grandes chaînes linéaires perdent leur monopole, mais leurs meilleurs programmes n’ont jamais été aussi puissants lorsqu’ils associent direct, replay, plateformes et événements capables de réunir toute la nation.
Aimé Kaniki
Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.
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