Deborah de Robertis face à Jeanne Baron : dans « EN VRAI », l’artiste revient sur l’art, l’emprise et #MeToo
Figure controversée de l’art contemporain, Deborah de Robertis est l’invitée de Jeanne Baron dans un nouvel entretien d’« EN VRAI – Le podcast des engagé.e.s ». Une conversation consacrée à son parcours, à son utilisation du corps comme outil artistique, mais aussi aux questions d’emprise et au mouvement #MeToo.
Deborah de Robertis a construit une grande partie de sa notoriété sur des performances qui interrogent frontalement la représentation du corps féminin et la place des femmes dans l’histoire de l’art. Face à Jeanne Baron, l’artiste revient sur cette démarche dans un entretien présenté par Entrevue comme particulièrement personnel, où la création artistique rencontre des sujets beaucoup plus intimes. Ce nouvel épisode s’inscrit dans la ligne éditoriale d’« EN VRAI – Le podcast des engagé.e.s » : prendre le temps de revenir sur ce qui construit un engagement plutôt que de se limiter à l’actualité immédiate de l’invité.
Le corps comme instrument artistique
Le parcours de Deborah de Robertis est indissociable de performances qui ont régulièrement provoqué débats, interventions de sécurité et controverses. Elle s’est notamment fait connaître en 2014 au musée d’Orsay, où elle s’était exposée devant L’Origine du monde de Gustave Courbet. Son travail consiste notamment à questionner le regard porté sur le corps féminin : qui regarde, qui est regardé et, surtout, qui possède le pouvoir de décider de la manière dont le corps d’une femme est représenté ?
Cette démarche l’a conduite à intervenir dans plusieurs institutions culturelles et à transformer l’espace muséal lui-même en lieu de confrontation. En mai 2024, son nom avait de nouveau fortement circulé après une action au Centre Pompidou-Metz autour d’une exposition consacrée à Jacques Lacan.
De l’art à la parole personnelle
Mais l’entretien avec Jeanne Baron ne se limite pas à une rétrospective de ses performances. Comme l’annonce le titre choisi par Entrevue, la conversation aborde également l’emprise et #MeToo. Le parcours artistique devient ainsi le point de départ d’une réflexion plus large sur les rapports de pouvoir et la prise de parole.
C’est précisément ce déplacement qui donne une autre dimension à l’entretien : derrière la performeuse qui a fait de la provocation et du renversement du regard des instruments artistiques apparaît une femme qui cherche à mettre des mots sur son propre parcours. Le thème du silence est d’ailleurs particulièrement cohérent avec l’ensemble de son œuvre. Depuis des années, ses performances interrogent la possibilité pour les femmes de passer du statut d’objet représenté à celui de sujet capable de décider de sa propre représentation.
Une artiste qui divise profondément
Impossible cependant de raconter Deborah de Robertis comme une artiste consensuelle. Ses méthodes ont régulièrement suscité de fortes critiques. Pour ses défenseurs, ses performances constituent une remise en cause radicale du regard masculin traditionnel dans l’histoire de l’art. Pour ses détracteurs, certaines de ses interventions franchissent la frontière entre performance artistique, provocation et atteinte aux œuvres ou aux institutions qui les conservent.
Cette tension est devenue une composante essentielle de son personnage public. L’action menée en 2024 au Centre Pompidou-Metz l’avait une nouvelle fois placée au centre de cette controverse. La presse avait alors rapporté des inscriptions « MeToo » ainsi que la disparition d’une œuvre dans le cadre de l’action revendiquée par l’artiste.
Jeanne Baron privilégie le temps long
Face à elle, Jeanne Baron adopte le principe qui structure « EN VRAI » : laisser suffisamment de temps à son invitée pour développer son récit. Le choix de Deborah de Robertis correspond particulièrement bien au concept. Son histoire mêle création, féminisme, représentation du corps, rapports de domination et controverses judiciaires ou médiatiques. Autant de sujets difficiles à réduire à quelques minutes d’interview.
L’entretien permet ainsi de dépasser les images spectaculaires de ses performances pour s’intéresser aux motivations qu’elle revendique derrière celles-ci. Et c’est probablement là que se trouve l’intérêt principal de ce nouvel épisode : ne pas demander seulement à Déborah de Robertis ce qu’elle fait, mais pourquoi elle le fait.
« EN VRAI » poursuit son exploration de l’engagement
Après plusieurs personnalités issues de la politique, du militantisme ou de la société civile, Jeanne Baron ajoute avec Deborah de Robertis une dimension artistique à son podcast. L’épisode permet également au programme de toucher à l’une des questions qui traverse désormais profondément le monde culturel : celle des rapports de pouvoir et de la manière dont #MeToo a transformé la circulation de la parole dans les milieux artistiques.
Avec une invitée aussi clivante, « EN VRAI » reste fidèle à son positionnement : privilégier la conversation longue et laisser apparaître les zones plus complexes d’un parcours, plutôt que de s’en tenir à l’image publique. Pour Deborah de Robertis, dont l’œuvre consiste précisément depuis des années à prendre possession du regard et de la parole, l’exercice prend une résonance particulière.
La rédaction
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