Au Royaume-Uni, YouTubeurs et la BBC se disputent désormais le contrôle de l’algorithme
Le gouvernement britannique souhaite renforcer la visibilité des médias de service public sur YouTube et TikTok. Présentée comme un moyen de protéger l’accès à une information fiable, cette proposition provoque la colère de nombreux créateurs, qui dénoncent un avantage artificiel accordé aux diffuseurs historiques.
Le gouvernement veut protéger les médias publics
Dans un Livre vert publié en juin, le gouvernement britannique propose de rendre les contenus de la BBC, d’ITV, de Channel 4 et des autres diffuseurs de service public plus facilement accessibles sur les plateformes numériques. Londres privilégie pour le moment des accords volontaires avec YouTube, TikTok et les autres acteurs concernés, mais n’exclut pas une intervention législative en cas d’échec des négociations. Le gouvernement britannique détaille cette consultation.
Cette réflexion intervient alors que les jeunes Britanniques s’éloignent rapidement de la télévision linéaire. Les plateformes de vidéo et les services de streaming représentaient 74 % du temps de visionnage des 16-24 ans en 2024-2025 et 69 % de celui des 25-34 ans. Chez les enfants âgés de 4 à 15 ans, YouTube est déjà le service le plus regardé.
L’objectif consiste à transposer au numérique un principe ancien de l’audiovisuel britannique. Sur les téléviseurs traditionnels, les chaînes de service public bénéficient depuis longtemps d’une place privilégiée dans les guides de programmes. Le gouvernement se demande désormais si une forme de visibilité comparable doit être garantie dans les recommandations de YouTube ou de TikTok.
Les créateurs refusent un privilège algorithmique
Plusieurs vidéastes britanniques organisent leur opposition avant la fin de la consultation. L’entrepreneur Simon Squibb estime que la confiance ne peut pas être décrétée par le gouvernement et que les internautes doivent conserver la liberté de choisir les contenus présents dans leurs recommandations.
Ben Ebbrell, l’un des visages de la chaîne culinaire Sorted Food, suivie par plusieurs millions d’utilisateurs, dénonce également un changement des règles du jeu. Selon lui, les créateurs ont passé des années à construire leurs audiences dans un univers longtemps négligé par les chaînes traditionnelles. Leur imposer aujourd’hui une concurrence bénéficiant d’un avantage réglementaire risquerait de réduire mécaniquement leur visibilité.
YouTube s’oppose également à un système de priorité obligatoire. La plateforme défend des recommandations guidées par les préférences des utilisateurs et considère qu’un traitement privilégié des diffuseurs historiques pourrait pénaliser les voix indépendantes. Les créateurs invitent donc leurs communautés à participer massivement à la consultation gouvernementale.
L’algorithme devient la nouvelle grille des programmes
Les diffuseurs publics estiment de leur côté que cette réforme est indispensable pour préserver les contenus britanniques, l’information vérifiée et les programmes destinés aux enfants. La BBC a déjà conclu un accord avec YouTube afin de produire directement des contenus d’information, de divertissement et de jeunesse adaptés à la plateforme.
Les chaînes, les plateformes et les créateurs ne se disputent plus seulement les programmes ou les audiences, mais l’accès aux recommandations. Dans cet environnement, l’algorithme remplit progressivement la fonction autrefois occupée par la grille des programmes : décider quels contenus seront vus, à quel moment et par quel public.
Aimé Kaniki
Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.
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