RMC+, créateurs, CMA Studio : la stratégie de Stéphane Sallé de Chou pour transformer la télévision
À la tête des chaînes RMC Story, RMC Découverte et RMC Life, Stéphane Sallé de Chou prépare l’avenir de la télévision autour de trois priorités : renforcer RMC+, multiplier les passerelles avec les créateurs et développer des productions capables de voyager à l’international. Invité du podcast « Brain Zone », le dirigeant de CMA Media a détaillé une stratégie dans laquelle le programme devient plus important que son canal de diffusion.
Le lancement de RMC+ constitue l’une des pièces maîtresses de cette transformation. La plateforme gratuite ne doit pas se limiter au rattrapage des émissions diffusées sur les chaînes RMC. Elle doit proposer des catalogues plus profonds, organisés autour des spécialités du groupe : le true crime, les moteurs, l’aventure, les voyages, les mystères et l’histoire. Après avoir regardé un épisode de « Faites entrer l’accusé », l’utilisateur doit ainsi pouvoir retrouver toute la collection, puis découvrir d’autres programmes proches grâce à un moteur de recommandation renforcé par la donnée et l’intelligence artificielle. RMC+ pourra également servir de laboratoire en accueillant des programmes en avant-première, voire en streaming first, avant leur arrivée sur les antennes linéaires.
Cette évolution répond à un basculement progressif des usages. Selon Stéphane Sallé de Chou, entre 85 % et 88 % de son activité repose encore sur la télévision linéaire, contre environ 10 % pour le streaming et 2 % pour les réseaux sociaux. Le dirigeant anticipe néanmoins une progression continue de la consommation hors antenne, jusqu’à envisager, dans cinq ans, un partage à égalité entre linéaire et numérique. Son objectif immédiat est de faire passer RMC+ de 4 % du marché du streaming, niveau atteint par l’ancienne plateforme RMC BFM Play, à 6 %, puis à 8 %. Une offre payante complémentaire pourrait être étudiée à terme, mais seulement si certains contenus exclusifs ou disponibles en avant-première suscitent une réelle volonté d’abonnement.
Des programmes conçus pour circuler entre télévision, streaming et réseaux sociaux
Au cœur de cette stratégie se trouve le principe du « contenu first » associé à l’hyperdistribution. Une émission comme « Faites entrer l’accusé », « J’irai dormir chez vous », « Vintage Mecanic » ou « Le Bigdil » ne doit plus dépendre d’une seule chaîne. Elle peut être proposée sur RMC+, sur une chaîne FAST, sur YouTube, en télévision linéaire, puis être découpée pour les réseaux sociaux ou cédée ultérieurement à une plateforme payante. Dans cette logique, la marque du programme devient parfois une porte d’entrée plus puissante que celle du diffuseur. La télévision conserve néanmoins un rôle important pour faire découvrir ces contenus à des publics qui ne les recherchent pas spontanément sur YouTube. Les collaborations avec Joyca, Nota Bene ou Lorànt Deutsch illustrent cette circulation entre univers numériques et antennes traditionnelles. La saison de « Top Gear France » incarnée par Vilebrequin a notamment enregistré, selon le dirigeant, les meilleures performances cumulées de l’histoire du programme en linéaire, en streaming et sur les réseaux sociaux.
CMA Media veut désormais structurer ces passerelles grâce à deux nouveaux dispositifs. CMA Studio développera des productions internationales cofinancées avec plusieurs partenaires, afin de partager les coûts tout en conservant une partie de la propriété intellectuelle. La structure pourra produire pour les chaînes RMC, mais également proposer des projets à des diffuseurs étrangers ou à des médias extérieurs au groupe. En parallèle, un projet provisoirement baptisé « CMA Creator » accompagnera principalement des créateurs comptant entre 100 000 et 400 000 abonnés. Le groupe leur proposera des capacités de financement, de production, de commercialisation et de distribution grâce à RMC, Brut, RMC Sport, RMC+ et ses chaînes de télévision. Pour Stéphane Sallé de Chou, cette convergence ne doit pas transformer les créateurs en animateurs traditionnels : leur ton, leur liberté et leur authenticité constituent précisément les qualités que la télévision doit aujourd’hui apprendre à préserver.
Aimé Kaniki
Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.
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