Après Google et les réseaux sociaux, Reworld Media veut placer les marques dans les réponses des IA
Reworld Media veut faire des moteurs d’intelligence artificielle un nouveau territoire publicitaire. Le groupe, propriétaire de plusieurs dizaines de marques médias, accélère dans le GEO, pour Generative Engine Optimization, avec l’objectif d’aider les annonceurs à apparaître dans les réponses produites par ChatGPT, Gemini, Perplexity ou encore Google AI Overview. Depuis novembre 2025, Reworld MediaConnect affirme avoir reçu plus de 120 demandes et déployé plus de 60 dispositifs GEO. Le groupe considère désormais que les assistants conversationnels sont en train de devenir un nouveau point d’entrée vers l’information, les produits et les marques, de la même manière que Google l’a été pour le Web et les réseaux sociaux pour la découverte de contenus.
Cette stratégie repose sur un constat simple : à mesure que les internautes posent directement leurs questions à une IA, la visibilité d’une marque ne dépend plus seulement de son classement dans Google ou de sa présence sur Instagram, TikTok ou YouTube. Elle dépend aussi de sa capacité à être citée, recommandée ou associée à certains usages dans les réponses générées automatiquement. Reworld Media a donc développé un baromètre propriétaire mesurant cette présence. En avril, il suivait 377 marques dans 14 secteurs. En septembre, le dispositif était passé à 526 marques et 19 secteurs, avec un score moyen de visibilité de 71,9 sur 100.
Du SEO au GEO, une nouvelle bataille de référencement
Le mécanisme reprend en partie les principes historiques du SEO. Pendant deux décennies, les éditeurs et les annonceurs ont optimisé leurs contenus pour apparaître dans les résultats de recherche de Google. Désormais, le GEO vise à faire comprendre aux grands modèles de langage qu’une marque est pertinente sur une question précise. Reworld Media travaille pour cela sur les contenus publiés, leur structuration, leur actualisation et leur capacité à être repris comme sources par les IA. Le groupe indique que ses contenus sont explorés plusieurs millions de fois par jour par des agents automatisés et veut convertir cette exposition en nouvelle offre commerciale.
Reworld ne se limite d’ailleurs plus aux seuls contenus produits par ses rédactions. En juillet, le groupe a lancé « GEO x Créateurs », une offre permettant de transformer des vidéos d’influenceurs en articles enrichis, retranscriptions, FAQ ou guides publiés sur ses marques médias. L’objectif est de prolonger la durée de vie d’une campagne d’influence en la rendant compréhensible et potentiellement réutilisable par les moteurs génératifs. Une campagne ne serait donc plus évaluée uniquement selon ses vues ou son engagement sur les réseaux sociaux, mais aussi selon sa capacité à alimenter durablement les réponses des IA.
Avec GEA Publishing, Reworld veut aller plus loin que le simple référencement
L’étape suivante porte directement sur la publicité. Reworld MediaConnect vient de lancer « GEA Publishing », une offre qui entend intégrer les marques dans les nouveaux formats conversationnels en utilisant la légitimité éditoriale de ses médias spécialisés. Le groupe évoque des univers comme la technologie, la santé, la beauté, la mode, l’alimentation ou la maison. L’idée consiste à faire porter le message d’un annonceur par une marque média reconnue sur une thématique donnée, afin d’accroître sa crédibilité et sa présence dans les environnements d’IA.
Ce modèle pose toutefois une question centrale pour les éditeurs : où s’arrête le référencement et où commence la publicité ? Dans un moteur de recherche classique, les liens sponsorisés sont clairement séparés des résultats naturels. Dans une réponse conversationnelle, où l’utilisateur reçoit directement une recommandation formulée par l’IA, cette frontière peut devenir moins lisible. Reworld Media présente son offre comme un moyen d’apporter de la « prescription média » aux futurs formats publicitaires conversationnels. La question de l’identification des contenus sponsorisés, de la transparence et de l’indépendance éditoriale pourrait donc devenir déterminante à mesure que ce marché se développe.
Les contenus et la data deviennent les principaux actifs du groupe
Reworld dispose pour cette stratégie d’un avantage important : son volume de contenus et de données. Le groupe indique disposer d’informations de consommation concernant plus de 40 millions de Français, collectées et qualifiées à travers plus de 80 sites et plus de 1 200 catégories de produits et services. Cette data est déjà commercialisée dans la publicité numérique, la télévision, les réseaux sociaux ou l’affichage extérieur numérique. Le groupe utilise également des agents conversationnels sur certains de ses sites pour recueillir de nouveaux signaux sur les intentions et les centres d’intérêt des internautes.
Pour Reworld Media, le GEO doit désormais devenir un relais de croissance de son activité BtoB, qui représente environ 60 % de ses revenus annuels. Le groupe cherche ainsi à reproduire avec l’intelligence artificielle une stratégie déjà menée avec les réseaux sociaux, l’affiliation, l’influence, le retail media ou le content-to-commerce. Son pari est que la prochaine bataille publicitaire ne se jouera plus uniquement sur les pages Web ou les fils d’actualité, mais directement à l’intérieur des conversations entre les internautes et les assistants d’IA.
Un changement profond pour le modèle économique des éditeurs
Pour les groupes de presse, l’enjeu dépasse donc la seule optimisation technique. Si une part croissante des internautes obtient directement une réponse auprès d’une IA sans visiter le site qui a produit l’information originale, les éditeurs risquent de perdre une partie du trafic qui alimentait jusqu’ici leurs revenus publicitaires. Le GEO constitue une tentative de retourner cette évolution à leur avantage : plutôt que de subir la disparition progressive du clic, Reworld cherche à monétiser l’autorité de ses marques et leur capacité à influencer indirectement les réponses générées.
La stratégie reste encore émergente et son efficacité économique devra être mesurée dans la durée. Mais le mouvement est significatif. Après avoir vendu de l’audience, des impressions publicitaires, de la data puis de l’influence, les éditeurs commencent désormais à vendre leur capacité à être considérés comme des sources par les intelligences artificielles. Reworld Media veut être l’un des premiers groupes français à industrialiser ce modèle, avec l’ambition de transformer les réponses des IA en un nouvel espace de visibilité et, à terme, en un nouveau marché publicitaire.




