Après 25 ans chez Radiocentre, Mark Barber quitte ses fonctions et défend l’avenir de la publicité radio
Après vingt-cinq années passées à défendre l’efficacité publicitaire de la radio britannique, Mark Barber s’apprête à quitter ses fonctions de directeur du planning chez Radiocentre. Figure reconnue de l’industrie publicitaire au Royaume-Uni, il a contribué à plusieurs études majeures sur le retour sur investissement de la radio. À l’heure où les plateformes numériques captent une part croissante des budgets publicitaires, il estime que les annonceurs sous-estiment encore le potentiel de l’audio, notamment lorsqu’il associe radio traditionnelle, podcasts et publicité numérique.
Mark Barber tourne une page importante de sa carrière. Arrivé en 2001 au Radio Advertising Bureau, une organisation ensuite intégrée à Radiocentre, il aura consacré vingt-cinq ans à démontrer la place de la radio dans les stratégies publicitaires. Avant de rejoindre cette structure représentant les intérêts de la radio commerciale britannique, il avait travaillé comme planneur stratégique dans plusieurs agences médias. Cette expérience lui a permis d’aborder la publicité radio avec le regard des annonceurs et des professionnels chargés de répartir les investissements entre différents supports. Au fil des années, il a participé au développement de nombreuses études de référence, parmi lesquelles « Radiogauge », « ROI Multiplier », « Generation Audio », « Re-evaluating Media » et « High Gain Audio ». Ces travaux ont cherché à mesurer l’efficacité des campagnes radiophoniques, leur contribution aux ventes et leur complémentarité avec les autres médias. En 2011, l’étude « Radio: The Emotional Multiplier », consacrée à l’impact émotionnel de la radio, lui avait notamment valu plusieurs interventions sur les antennes de la BBC. Son engagement professionnel a également été reconnu en 2015, lorsqu’il a été nommé membre de l’ordre de l’Empire britannique (MBE). Dans un entretien accordé à The Media Leader, Mark Barber explique aujourd’hui éprouver une certaine satisfaction à l’idée que ses recherches aient pu contribuer au développement des revenus publicitaires de l’industrie radiophonique.
Son départ intervient après quarante-quatre années de carrière à temps plein dans la publicité. Mark Barber explique souhaiter consacrer davantage de temps à ses activités personnelles, notamment la course à pied, la guitare et la musique, sans pour autant rompre complètement avec le secteur des médias. Son parcours accompagne une transformation profonde de la radio britannique. Lorsqu’il rejoint Radiocentre en 2001, l’écoute repose encore très largement sur la diffusion analogique. Vingt-cinq ans plus tard, la radio numérique, les plateformes de streaming audio et les podcasts ont profondément modifié les habitudes du public. Pour autant, il considère que la force fondamentale du média reste inchangée : sa capacité à accompagner les auditeurs tout au long de la journée, à travers la musique, l’information et le divertissement. Selon lui, les nouvelles technologies ont surtout multiplié les possibilités de distribution et de commercialisation des contenus. Les plateformes publicitaires DAX et AudioXi illustrent notamment cette évolution, en permettant aux annonceurs de diffuser des campagnes audio ciblées. Mark Barber estime que l’avenir du secteur repose désormais sur une approche multiplateforme, capable de combiner la puissance de couverture de la radio traditionnelle avec la précision du ciblage numérique et la souplesse des podcasts.
La radio doit reconquérir sa place face aux géants du numérique
L’une des principales préoccupations de Mark Barber concerne la répartition des investissements publicitaires. Selon les chiffres qu’il avance, les médias disposant de plusieurs canaux de diffusion, comme la radio, la télévision, la presse et l’affichage, représentaient environ 50 % des dépenses publicitaires britanniques il y a dix ans, contre seulement 20 % l’année dernière. Une évolution qui témoigne de la montée en puissance des plateformes exclusivement numériques, notamment dans la recherche en ligne et les réseaux sociaux. Le dirigeant reconnaît que le marché publicitaire a presque doublé sur cette période et que l’arrivée de nombreuses petites entreprises a favorisé les investissements dans les outils de publicité numérique. Il s’interroge néanmoins sur les arbitrages effectués par les grands annonceurs, estimant que le déplacement d’une partie de leurs budgets vers les plateformes technologiques ne repose pas toujours sur des preuves suffisantes d’efficacité. À ses yeux, la radio demeure un média insuffisamment exploité dans les stratégies de communication. Il encourage ainsi les marques qui l’utilisent déjà à augmenter progressivement sa part dans leurs investissements, en mesurant les effets de ces ajustements sur les résultats de leurs campagnes. Cette approche repose sur les recherches menées par Radiocentre, qui mettent en avant la complémentarité de la radio avec les autres supports et son rôle potentiel dans l’amélioration du retour sur investissement publicitaire. Il s’agit toutefois d’études produites pour un organisme représentant les radios commerciales, dont les conclusions doivent être appréciées en tenant compte de ce positionnement.
Au-delà des données économiques, Mark Barber défend également une certaine conception de la création publicitaire. Passionné de radio depuis sa jeunesse, il se souvient notamment des matinales de Chris Tarrant sur Capital Radio dans les années 1980, avant d’adopter aujourd’hui une écoute plus régulière de Classic FM. Parmi les campagnes qui l’ont marqué figurent des publicités pour Kodak, British Airways, Compare the Market ou encore Twix. Leur point commun, selon lui, réside dans leur capacité à utiliser l’humour, la musique et l’imagination pour créer une relation avec le public. Il regrette que l’industrie publicitaire semble parfois hésiter à produire des messages volontairement légers ou décalés, alors que cette créativité constitue, à ses yeux, l’une de ses principales forces. Cette conviction rejoint sa vision plus générale de l’avenir de l’audio : les innovations technologiques ne doivent pas faire oublier les attentes des auditeurs. Alors que les groupes radiophoniques multiplient les investissements dans les podcasts, les applications et les offres publicitaires ciblées, il estime essentiel de préserver ce qui fait la singularité du média, à savoir sa proximité avec le public. En quittant Radiocentre après vingt-cinq ans, Mark Barber laisse derrière lui un important travail de recherche sur l’efficacité publicitaire de la radio, mais aussi un message adressé aux professionnels du secteur : la croissance de l’audio dépendra autant de sa capacité à convaincre les annonceurs que de son aptitude à rester proche des auditeurs.



