BFM Locales : CMA Média privilégie désormais une vente groupée de ses neuf antennes
CMA Média a changé d’approche pour la cession de BFM Locales. Le groupe dirigé par Claire Léost et contrôlé par Rodolphe Saadé cherche désormais à privilégier une reprise en bloc de ses neuf chaînes locales plutôt qu’une série de ventes séparées territoire par territoire. Cette orientation marque un infléchissement notable, alors que plusieurs marques d’intérêt avaient été exprimées pendant l’été pour certaines antennes seulement. Parmi elles figurait notamment le Groupe Nice-Matin, détenu par Xavier Niel, intéressé par des actifs situés dans son périmètre régional.
Le choix d’une vente groupée répond d’abord à une logique industrielle. Découper le réseau supposerait de traiter séparément les équipes, les régies publicitaires, les moyens techniques, les conventions de diffusion et les autorisations attachées à chaque chaîne. À l’inverse, un acquéreur unique pourrait conserver une partie des synergies construites au sein du réseau BFM, notamment dans la production, la commercialisation publicitaire et les fonctions support. Pour CMA Média, cette solution permettrait aussi de sortir plus rapidement d’une activité locale qui ne semble plus faire partie de ses priorités stratégiques, alors que le groupe concentre ses investissements sur BFM TV, RMC, Brut et ses titres de presse.
Un réseau local coûteux à faire vivre
Les BFM Locales ont été développées progressivement par Altice avant la reprise de BFMTV et RMC par CMA CGM. Leur modèle repose sur une promesse éditoriale de proximité, mais il demeure économiquement difficile. Une chaîne locale doit produire plusieurs heures d’information chaque jour avec des équipes réparties sur le territoire, tout en s’adressant à un marché publicitaire beaucoup plus étroit que celui d’une chaîne nationale. L’équation devient encore plus complexe lorsque l’audience linéaire reste modeste et que les recettes numériques ne suffisent pas à absorber les coûts fixes. C’est précisément ce modèle que CMA Média cherche aujourd’hui à rationaliser.
La question du repreneur reste donc centrale. Un groupe de presse régionale peut être intéressé par une chaîne locale pour compléter son offre numérique, vidéo et événementielle, mais une reprise des neuf antennes suppose une capacité financière et organisationnelle bien supérieure. C’est ce qui explique la différence entre les manifestations d’intérêt locales reçues cet été et la préférence actuelle de CMA Média pour une opération globale. Le Groupe Nice-Matin, par exemple, peut avoir une logique industrielle forte sur la Côte d’Azur sans nécessairement avoir intérêt à reprendre des antennes situées à plusieurs centaines de kilomètres de son marché historique.
La stratégie locale de CMA Média en question
Cette cession intervient alors que Rodolphe Saadé continue de restructurer son ensemble médiatique. CMA Média possède désormais BFM TV, RMC, Brut, La Provence, Corse Matin et plusieurs autres actifs, mais tous ne présentent pas les mêmes perspectives économiques. La Provence elle-même reste déficitaire et fait l’objet d’un plan destiné à réduire ses pertes d’ici 2030, après environ 180 millions d’euros injectés par CMA Média depuis son acquisition en 2022. Dans ce contexte, le groupe semble vouloir distinguer les actifs jugés stratégiques de ceux dont le modèle économique nécessite des investissements continus sans perspective claire de retour rapide.
La vente des BFM Locales sera donc suivie de près par l’ensemble du secteur audiovisuel régional. Elle dira notamment s’il existe encore en France un modèle viable pour un réseau national de chaînes locales privées ou si l’avenir de l’information de proximité passe davantage par des ensembles régionaux adossés à la presse quotidienne, aux plateformes numériques et à la vidéo en ligne. En privilégiant une vente groupée, CMA Média cherche à préserver la cohérence du réseau tout en simplifiant sa sortie. Mais cette stratégie réduit mécaniquement le nombre d’acquéreurs capables de se positionner sur l’ensemble. Le processus devrait donc constituer un test important pour la valeur réelle des télévisions locales dans un marché où leur utilité éditoriale reste forte, mais où leur rentabilité demeure fragile.




