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Chez Sam Zirah, Juna raconte son parcours de femme trans et noire : « C’est dur d’être une femme trans et noire en France »

Par Éléonore kervadec Publié le 24 Juil 2026 à 13h41 9 min de lecture
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Chez Sam Zirah, Juna raconte son parcours de femme trans et noire : « C’est dur d’être une femme trans et noire en France »
Chez Sam Zirah, Juna raconte son parcours de femme trans et noire : « C’est dur d’être une femme trans et noire en France » (image : Capture d'écran Chaîne Youtube Sam Zirah)

Invitée par Sam Zirah pour un entretien consacré à son parcours, Juna est revenue longuement sur sa transition, les discriminations qu’elle affirme avoir subies et les difficultés auxquelles elle est confrontée en tant que femme trans et noire. Face au journaliste et créateur de contenus, elle a également évoqué une agression sexuelle, son rapport à la visibilité sur les réseaux sociaux et la question de la précarité au sein de la communauté LGBTQIA+.

C’est une interview particulièrement personnelle que Sam Zirah a consacrée à Juna. La créatrice de contenus, qui s’exprime régulièrement sur les réseaux sociaux, a accepté de revenir sur plusieurs épisodes marquants de son parcours et sur les difficultés auxquelles elle affirme avoir été confrontée depuis le début de sa transition. L’entretien s’inscrit dans la continuité d’une première prise de parole de Juna sur un plateau consacré à la transidentité. Elle y avait notamment raconté une expérience vécue lors d’un voyage à l’étranger. Un extrait publié sur les réseaux sociaux avait alors suscité de nombreuses réactions, notamment au sein de la communauté noire.

Chez Sam Zirah, Juna explique avoir reçu de nombreux commentaires virulents après la diffusion de cet extrait. Elle affirme que certains de ses proches, habituellement peu actifs dans les commentaires de ses publications, avaient même pris publiquement sa défense face à la vague de réactions. Pour la créatrice de contenus, cette exposition est néanmoins nécessaire. Elle estime que les femmes trans noires restent encore insuffisamment entendues et représentées dans les espaces médiatiques.

Une expérience vécue à l’aéroport au cœur de son témoignage

Parmi les moments les plus marquants évoqués durant l’interview figure une expérience vécue dans un aéroport. Juna affirme avoir été soumise à une fouille particulièrement intrusive alors qu’elle rentrait de voyage. Elle considère que son identité de genre a été au centre de cette situation et rappelle que son passeport biométrique permet, selon elle, de vérifier son identité grâce à ses empreintes digitales.

Sam Zirah qualifie alors les faits racontés par son invitée d’« agression ». Juna explique que cet épisode a profondément marqué son parcours et qu’il participe à sa volonté de témoigner publiquement. Son récit fait également apparaître une dimension supplémentaire : celle de son identité de femme noire et de son origine malgache. Selon elle, cette combinaison de facteurs peut renforcer les difficultés auxquelles elle est confrontée dans certains contextes. Elle affirme ainsi : « C’est dur d’être une femme trans et noire en France », une phrase qui donne son titre à l’entretien et résume l’un des principaux axes de son témoignage.

« Être une personne trans, ce n’est pas un choix »

Au fil de l’entretien, Juna revient également sur les commentaires qui remettent régulièrement en cause sa transidentité. Elle explique que certains internautes pensent qu’elle serait une femme cisgenre et contestent donc son parcours. Une situation qui l’amène à évoquer le « cispassing », terme utilisé pour désigner le fait qu’une personne trans soit perçue comme une personne cisgenre. Pour Juna, cette notion ne devrait jamais déterminer le respect accordé à une personne trans. Elle raconte avoir choisi de montrer des photographies d’elle avant sa transition, notamment parce que certains internautes ne croyaient pas à son histoire.

Elle indique avoir commencé son traitement hormonal à l’âge de 26 ans et insiste sur le caractère progressif de la transition. Selon elle, l’apparence physique évolue au fil du temps, notamment sous l’effet des hormones et des bloqueurs, mais également grâce à certains soins comme le laser. Son message s’adresse notamment aux personnes trans qui pourraient avoir le sentiment de ne pas correspondre immédiatement aux standards physiques associés à la féminité ou à la masculinité. « Être une personne trans, ce n’est pas un choix. Oser faire sa transition, c’est un choix », explique-t-elle au cours de l’entretien. Une distinction essentielle à ses yeux : selon Juna, une personne peut être trans indépendamment du fait d’avoir recours ou non à des opérations ou à des traitements médicaux.

Juna évoque une agression sexuelle et le silence des victimes masculines

L’entretien aborde également un épisode particulièrement douloureux de son passé. Juna raconte avoir subi une agression sexuelle en 2019, alors qu’elle sortait d’une boîte de nuit à Paris. Elle explique avoir attendu un véhicule après être sortie de soirée lorsqu’un homme l’aurait suivie avant de l’agresser et de lui voler son téléphone. Juna affirme ne jamais avoir porté plainte. À l’époque, elle dit avoir craint de ne pas être prise au sérieux en tant qu’homme noir homosexuel. Elle évoque également sa peur du jugement et son manque de confiance dans la capacité des institutions à entendre son récit.

Cette expérience nourrit aujourd’hui son discours sur les violences sexuelles faites aux hommes. Elle estime que la parole des victimes masculines reste encore trop souvent minimisée, notamment en raison des représentations liées à la masculinité. Pour elle, les hommes victimes doivent pouvoir parler sans être immédiatement confrontés au doute ou à la honte. « Un homme ne peut pas être victime de violence sexuelle. C’est impossible », résume-t-elle en évoquant une idée reçue qu’elle juge profondément ancrée dans la société. Elle appelle les victimes qui en ont la force à porter plainte et à se faire accompagner, tout en expliquant que, dans son propre cas, elle n’avait pas les ressources psychologiques nécessaires pour engager une procédure à l’époque.

« Les femmes noires ne sont pas respectées »

Autre sujet central de l’interview : le racisme et les microagressions que Juna affirme avoir vécus depuis le début de sa transition. Elle raconte notamment plusieurs situations liées à son apparence physique et à ses cheveux. Elle évoque une rencontre dans les transports au cours de laquelle un homme lui aurait demandé si ses cheveux étaient naturels avant de lui demander son origine malgache. Selon son récit, la conversation aurait ensuite dérivé vers des remarques dénigrant les femmes noires et le port de perruques.

Juna considère ces situations comme révélatrices d’un problème plus large concernant la manière dont les femmes noires sont perçues dans la société française. Elle affirme également que son expérience de femme noire trans est différente de celle d’une femme blanche trans. Elle évoque notamment le poids du colorisme et du texturisme, qu’elle estime particulièrement présents dans les relations amoureuses et les rencontres. Elle affirme que la couleur de peau et la texture des cheveux peuvent encore jouer un rôle important dans la manière dont certaines femmes noires sont perçues et désirées. « Les femmes noires ne sont pas respectées », déclare-t-elle dans l’entretien, en expliquant que cette conviction est liée à ce qu’elle dit avoir observé depuis qu’elle vit son identité de femme dans la société.

Les réseaux sociaux comme espace de reconstruction

Pour Juna, les réseaux sociaux jouent également un rôle important dans son parcours personnel. Elle explique que la création de contenus lui permet de raconter son histoire, mais aussi de construire une communauté dans laquelle elle se sent moins seule. Elle reconnaît que son apparente distance lorsqu’elle parle de sujets difficiles peut parfois surprendre son audience. Derrière cette apparence, elle affirme pourtant ressentir encore fortement certaines blessures liées à son enfance et à son passé.

Les réseaux sociaux constituent ainsi à la fois un espace d’expression et un outil de reconstruction personnelle. En partageant son expérience, Juna dit également permettre à d’autres personnes de s’identifier à son parcours. Cette relation avec son audience explique en partie son choix de continuer à parler de sujets particulièrement intimes, malgré les réactions parfois violentes auxquelles elle est confrontée. L’entretien avec Sam Zirah montre ainsi comment les créateurs de contenus peuvent devenir des espaces de témoignage pour des personnalités dont les parcours sont encore peu visibles dans les médias traditionnels.

L’argent comme facteur de sécurité

Juna développe enfin une réflexion sur la précarité et la place de l’argent dans la vie des personnes LGBTQIA+. Selon elle, disposer de ressources financières peut offrir une forme de sécurité et de liberté supplémentaire. Elle évoque notamment l’accès au logement, la possibilité de voyager et la capacité à évoluer dans la société avec davantage d’autonomie. Elle estime que les personnes LGBTQIA+ en situation de précarité sont particulièrement exposées aux difficultés et aux discriminations.

« L’argent, ça assure une certaine sécurité », affirme-t-elle, tout en précisant que l’argent ne garantit pas nécessairement le bonheur. Elle encourage ainsi les personnes LGBTQIA+ à poursuivre leurs études ou à essayer de vivre de leurs compétences et de leurs passions. À ses yeux, l’indépendance financière peut constituer un moyen de gagner en liberté et de se protéger face à certaines situations de vulnérabilité.

Une interview qui prolonge la ligne éditoriale de Sam Zirah

Avec cet entretien, Sam Zirah poursuit un format basé sur les confidences et les récits personnels de personnalités issues des réseaux sociaux. Le journaliste donne ici à Juna un espace particulièrement large pour revenir sur son parcours et développer ses prises de position. L’interview permet également de montrer l’évolution du rôle des plateformes numériques dans la construction des nouvelles personnalités médiatiques. Juna s’est notamment fait connaître grâce à ses contenus sur les réseaux sociaux, où elle aborde des sujets liés à son expérience personnelle, mais aussi à la société et à la culture populaire.

Sam Zirah souligne d’ailleurs, en fin d’entretien, la pertinence et la vivacité de son invitée et invite son audience à découvrir ses différents contenus en ligne. À travers son témoignage, Juna aborde finalement bien plus que sa seule transition. Elle évoque le racisme, la transidentité, les violences sexuelles, la précarité, la représentation des personnes LGBTQIA+ et les difficultés spécifiques qu’elle associe à son parcours de femme noire.

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Éléonore kervadec

Éleonore Kervadec est journaliste de formation et spécialiste de la communication. Après plusieurs années au sein de directions de la communication de sociétés de production audiovisuelle, elle s’est imposée comme une experte des stratégies d’image, des relations publiques et de la valorisation de contenus médiatiques.

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