Clara Morgane se confie à Stéphanie Renouvin : son enfance, les hommes, sa fille et « le camp des femmes »
Invitée de Stéphanie Renouvin dans « La Grande Interview Mesdames », Clara Morgane livre un témoignage particulièrement personnel. Derrière l’image publique construite depuis plus de vingt-cinq ans, elle raconte l’enfance d’Emmanuelle Munoz, la création du personnage Clara Morgane, les violences traversées, sa maternité et surtout son désir récent de se rapprocher des femmes après avoir passé une grande partie de sa carrière entourée d’hommes.
Clara Morgane explique avoir longtemps vécu à travers une image pensée pour séduire, produire et avancer. Elle raconte qu’au moment du confinement, lorsqu’elle s’est retrouvée sans activité, elle a pris conscience du décalage entre le personnage qu’elle avait construit et celle qu’elle appelle Emmanuelle, sa véritable identité. « J’avais toujours agi pour séduire, pour produire, pour être active, pour nourrir Clara. Et derrière, il y avait quand même une Emmanuelle en détresse », confie-t-elle. Elle évoque ensuite un burn-out survenu autour de la quarantaine, qui l’a conduite à entamer une psychanalyse et à revisiter une enfance qu’elle avait longtemps décrite comme heureuse.
Elle revient notamment sur une éducation qu’elle qualifie de très rigoriste, marquée par les interdits, la pudeur et une forte exigence familiale. Elle explique aussi avoir identifié, avec le recul, un schéma affectif dans lequel elle cherchait à « réparer » les hommes qui partageaient sa vie. Son premier compagnon était, selon ses mots, violent et souffrait de troubles psychiques. Elle reconnaît être restée longtemps avec lui dans l’idée de pouvoir le sauver, avant de comprendre qu’elle devait partir pour se protéger.
« Clara Morgane, c’est le masque »
Dans l’entretien, Clara Morgane décrit son personnage public comme une armure construite à 19 ans. « Clara Morgane, c’est le masque », résume-t-elle. Elle raconte avoir bâti cette figure comme quelqu’un de fort, autonome, productif et extrêmement contrôlant, jusqu’à vivre pendant près de vingt ans en « sur-régime ». Cette énergie lui a permis de multiplier les activités : télévision, musique, spectacles, production et entrepreneuriat. Mais elle considère aujourd’hui que cette course à la réussite l’empêchait en partie d’écouter ses propres désirs.
Le déclic arrive avec l’arrêt brutal provoqué par le Covid. Privée de travail et de projets, elle raconte avoir été confrontée au vide, puis à un effondrement personnel. Sa psychanalyse, ses lectures et son intérêt croissant pour Jung, Freud ou Nietzsche deviennent alors des outils de reconstruction. Elle décrit cette période comme une forme de métamorphose, au cours de laquelle « Clara » et « Emmanuelle » cessent progressivement de s’opposer pour apprendre à cohabiter.
« La chose qui me manque le plus, ce sont les femmes »
L’un des passages les plus forts concerne son rapport aux femmes. Clara Morgane reconnaît avoir bâti presque toute sa carrière dans un environnement masculin : attaché de presse, producteur, amis, public et partenaires professionnels. « La chose qui me manque le plus à part me nourrir, c’est les femmes », dit-elle. Elle explique avoir longtemps eu peur du regard féminin, de son jugement et de la manière dont certaines femmes pouvaient percevoir son image publique. Clara Morgane _ la chose qui me…
Cette prise de conscience va nourrir la création de spectacles composés majoritairement de femmes, puis sa participation à des retraites consacrées au « féminin sacré ». Elle raconte y avoir découvert des cercles de parole, de l’entraide et un rapport au corps différent de celui qu’elle avait connu auparavant. Elle anime désormais elle-même certaines retraites et dit y avoir trouvé une forme d’alignement personnel. « Toutes ces années pour comprendre qu’en fait, la solution, c’était d’être avec des femmes », résume-t-elle.
Sa fille au cœur de sa nouvelle vie
Clara Morgane évoque également longuement sa fille Rose, âgée de 10 ans. Elle raconte ne lui avoir jamais caché son parcours, tout en choisissant de répondre à ses questions au rythme où elles se posent. Après une période scolaire difficile, la famille a décidé de quitter temporairement le système traditionnel et de s’installer une partie de l’année en Thaïlande, où sa fille suit notamment des activités artistiques, sportives et éducatives en anglais.
Ce changement de vie accompagne une transformation plus large. Les photos très sexualisées ont largement disparu de sa communication récente au profit du yoga, des retraites et d’un discours davantage tourné vers l’introspection. Clara Morgane insiste cependant sur le fait qu’elle ne renie pas son passé. Elle veut plutôt réconcilier les différentes étapes de sa vie et ne plus agir uniquement pour plaire. Face à Stéphanie Renouvin, elle apparaît ainsi moins soucieuse de défendre un personnage que de raconter son propre parcours, avec cette volonté désormais assumée : ne plus être perçue comme une rivale par les femmes, mais trouver pleinement sa place parmi elles.



