Clive Myrie, le visage rassurant de la BBC devenu l’un des grands noms du journalisme britannique
Correspondant de guerre, présentateur des grands journaux de la BBC, maître de cérémonie de « Mastermind » : en près de quatre décennies, Clive Myrie s’est construit une carrière particulièrement riche. À 61 ans, le journaliste britannique incarne une télévision à la fois exigeante, accessible et profondément attachée au terrain.
Il fait partie de ces journalistes dont la présence suffit presque à donner le ton d’une édition spéciale. Clive Myrie s’est progressivement installé parmi les visages les plus reconnaissables de la BBC, avec une particularité assez rare : être aussi crédible au cœur d’une zone de guerre que dans le fauteuil de présentation d’un jeu télévisé. Journaliste de terrain pendant plusieurs décennies, présentateur des grands bulletins de BBC One et, depuis 2021, maître de cérémonie de « Mastermind », le Britannique a réussi à élargir son registre sans perdre ce qui constitue sa principale signature : une manière calme, précise et très humaine de raconter l’actualité. La Royal Television Society a d’ailleurs récompensé cette polyvalence en le désignant notamment « Television Journalist of the Year » et « Network Presenter of the Year » en 2021.
Son histoire commence loin des studios londoniens. Né en 1964 à Bolton, dans le nord-ouest de l’Angleterre, de parents jamaïcains arrivés au Royaume-Uni dans les années 1960, Clive Myrie grandit avec une curiosité précoce pour l’information. Adolescent, alors qu’il effectue une tournée de journaux, il lit les titres qu’il distribue et commence à rêver d’une carrière dans le journalisme. Il choisit pourtant d’abord des études de droit à l’Université du Sussex, dont il sort diplômé avant d’intégrer le programme de formation journalistique de la BBC à la fin des années 1980.
Du jeune reporter au grand correspondant international
Ses premiers pas s’effectuent à BBC Radio Bristol. Rapidement, le jeune journaliste quitte le cadre régional pour l’information nationale puis internationale. Sa carrière va alors prendre une dimension considérable. Tokyo, Los Angeles, Washington, Paris ou Bruxelles : Clive Myrie devient l’un des correspondants sur lesquels la BBC s’appuie pour raconter le monde à son public britannique. Au fil de sa carrière, il couvrira des événements dans plus de 90 pays, de la politique américaine aux grands conflits internationaux.
Une expérience internationale qui constitue probablement la colonne vertébrale de son parcours. Il couvre notamment le Kosovo, l’Afghanistan et l’Irak. Lors de l’invasion de l’Irak en 2003, il accompagne les Royal Marines du 40 Commando, au plus près des opérations militaires. Sa carrière l’amène également à couvrir les conséquences du séisme au Népal, la crise des Rohingyas ou encore la guerre au Yémen. Des terrains parfois extrêmement dangereux qui forgent son style : raconter les événements sans chercher à devenir lui-même le sujet du reportage. Son travail international lui vaut au fil des années de nombreuses distinctions et nominations, notamment auprès de la Royal Television Society, des BAFTA, des Emmy Awards et du Prix Bayeux.
L’Ukraine, une séquence qui marque les téléspectateurs
En février 2022, cette expérience prend une nouvelle dimension auprès du grand public lorsque la Russie lance son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Clive Myrie part sur place pour la BBC et présente une partie de la couverture depuis le pays. Dans un paysage médiatique saturé d’images spectaculaires et d’informations circulant à très grande vitesse, son calme à l’antenne devient particulièrement remarqué. Il explique alors que la mission des journalistes présents consiste avant tout à raconter cette guerre avec exactitude.
Myrie ne s’est jamais complètement transformé en présentateur de studio après avoir obtenu les grands journaux. Il continue de repartir sur le terrain lorsqu’une actualité internationale majeure le nécessite. Cette double identité de présentateur et de reporter lui permet de conserver une proximité avec le métier qui l’avait initialement conduit à la BBC.
De l’information à « Mastermind »
Mais l’une des évolutions les plus étonnantes de sa carrière intervient en 2021. La BBC lui confie les commandes de « Mastermind », institution de la télévision britannique créée en 1972. Clive Myrie succède alors à John Humphrys, qui présentait le programme depuis dix-huit ans. Son premier numéro est diffusé en août 2021. Il prend également les commandes de « Celebrity Mastermind ».
Le pari aurait pu sembler risqué. Passer des guerres, des élections et du « BBC News at Ten » à un quiz de culture générale n’a rien d’évident. Pourtant, cette deuxième carrière télévisuelle révèle une autre facette de sa personnalité. Derrière la sobriété du journaliste apparaît un présentateur capable d’humour et de chaleur, sans transformer « Mastermind » en programme totalement différent. Cette capacité à passer d’un registre à l’autre contribue aujourd’hui largement à sa popularité.
Une carrière couronnée de récompenses
La reconnaissance professionnelle accompagne cette montée en puissance. Son travail a été distingué à de nombreuses reprises, notamment pour ses reportages internationaux. La Royal Television Society a salué son style de présentation comme polyvalent, mesuré, convaincant et empathique. Il a également reçu plusieurs doctorats honorifiques et distinctions universitaires au Royaume-Uni.
Cette reconnaissance est d’autant plus significative que Myrie appartient à une génération qui a vu profondément évoluer la représentation des Britanniques noirs dans les médias nationaux. Lui-même a raconté les expériences de racisme vécues par sa famille et la manière dont son identité a influencé son regard de journaliste. Il refuse toutefois d’être résumé à cette seule dimension. Dans son autobiographie « Everything Is Everything: A Memoir of Love, Hate & Hope », publiée en 2023, il revient précisément sur ses origines, ses parents issus de la génération Windrush, son parcours et les questions de race et de classe rencontrées pendant son ascension professionnelle.
Un journaliste qui revendique d’abord l’humanité
Derrière le journaliste extrêmement institutionnel apparaît enfin un homme dont la conception du métier repose beaucoup sur l’humain. Lorsqu’on lui demande de se définir en trois mots, Myrie choisit notamment « understanding », « generous » et « humanistic ». Parmi les personnes qu’il dit admirer figurent les travailleurs humanitaires qui acceptent de se mettre en danger pour venir en aide aux autres. (theguardian.com)
Clive Myrie n’a jamais construit sa notoriété sur le spectaculaire ou la polémique. Sa force réside plutôt dans la confiance. Celle acquise pendant des décennies passées à expliquer des guerres, des élections, des catastrophes ou des bouleversements internationaux sans donner l’impression de surjouer leur gravité.
À plus de trente-cinq ans de carrière à la BBC, il occupe ainsi une position assez singulière dans l’audiovisuel britannique : grand reporter lorsqu’il faut partir sur le terrain, présentateur lorsqu’il faut accompagner une actualité majeure et animateur populaire lorsqu’il s’installe dans le fauteuil de « Mastermind ». Trois métiers que peu de personnalités réussissent à réunir avec la même crédibilité. Chez Clive Myrie, cette polyvalence n’a finalement rien effacé de l’essentiel : derrière le visage familier de la BBC demeure, avant tout, un reporter.
Aimé Kaniki
Aimé Kaniki est un journaliste expert des médias, créateur et animateur de « L'Hebdo Médias », diffusée en direct chaque vendredi sur Beur FM. Rédacteur en chef d'Infomatin, il a également officié comme journaliste culture et médias pour le magazine Entrevue. Passionné de télévision et de radio, il suit de près l'évolution du paysage audiovisuel français. En dehors de l'antenne, ce mordu de sport voue une véritable passion au football et à la Formule 1.
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