France Culture lance « La Fabrique de la désinformation », une série d’enquêtes vidéo avec François Saltiel
France Culture renforce son offre numérique avec le lancement de « La Fabrique de la désinformation », une nouvelle collection de podcasts vidéo présentée par François Saltiel. Disponible depuis le vendredi 23 octobre 2026 sur le site de la station, YouTube et l’application Radio France, le programme décrypte les mécanismes des opérations d’ingérence étrangère. Quatre nouvelles séries sont déjà annoncées pour 2027, confirmant la volonté de la radio publique de développer des contenus d’investigation accessibles sur plusieurs plateformes.
France Culture poursuit sa diversification éditoriale avec un nouveau programme consacré aux mécanismes de manipulation de l’information. Baptisée « La Fabrique de la désinformation », cette collection de podcasts vidéo est portée par François Saltiel, journaliste et producteur spécialisé dans les transformations numériques et leurs conséquences sur la société. Le concept repose sur des enquêtes documentées et des entretiens permettant de comprendre comment certaines opérations de désinformation sont conçues, organisées puis diffusées auprès du public. Il ne s’agit pas uniquement d’identifier des informations fausses, mais également de remonter jusqu’aux acteurs qui les produisent, aux stratégies qu’ils emploient et aux objectifs politiques poursuivis. La première série, intitulée « Étoiles bleues, mains rouges : anatomie d’une ingérence russe », comprend cinq épisodes d’environ douze minutes. Ce format relativement court permet de développer une enquête en plusieurs étapes, tout en conservant une durée adaptée aux habitudes de consommation des plateformes numériques. La réalisation a été confiée à Thomas Jost. En choisissant une diffusion simultanée sur son site, son application et YouTube, France Culture entend rendre ce travail accessible aux auditeurs de la station, mais également à un public habitué aux contenus vidéo.
Pour inaugurer cette collection, François Saltiel revient sur deux opérations qui avaient particulièrement marqué l’actualité française. En octobre 2023, des étoiles de David bleues avaient été peintes au pochoir sur des murs de Paris et de sa proche banlieue. Quelques mois plus tard, en mai 2024, des mains rouges avaient été apposées sur le Mur des Justes du Mémorial de la Shoah. Ces actes avaient provoqué une forte émotion et alimenté de nombreuses réactions politiques et médiatiques. Le programme cherche à comprendre comment de telles provocations peuvent être organisées à distance, avec des moyens financiers relativement limités, avant de produire des conséquences importantes dans l’espace public. Pour expliquer les mécanismes de cette opération attribuée à des réseaux liés à la Russie, François Saltiel reçoit notamment Marc-Antoine Brillant, directeur de Viginum entre 2023 et 2026. Ce service de l’État est chargé de détecter et de caractériser les ingérences numériques étrangères. L’entretien permet de revenir sur les méthodes d’identification des campagnes coordonnées, la circulation des contenus sur les réseaux sociaux et les difficultés rencontrées par les autorités pour distinguer des initiatives spontanées d’opérations organisées.
YouTube devient un nouveau territoire d’investigation pour les radios publiques
Le lancement de « La Fabrique de la désinformation » illustre une évolution importante de la stratégie de France Culture. Longtemps identifiée à ses programmes radiophoniques consacrés à la connaissance, à l’histoire, à la philosophie et aux sciences humaines, la station développe désormais des productions conçues pour être également regardées. Le podcast vidéo permet d’associer la qualité documentaire de l’audio à des images d’archives, des documents, des graphiques et des séquences d’entretien. Cette combinaison peut faciliter la compréhension de sujets complexes, particulièrement lorsque les enquêtes portent sur la circulation d’informations, les comptes numériques ou les opérations de manipulation. Pour France Culture, YouTube constitue aussi un moyen de toucher des personnes qui n’écoutent pas spontanément la radio traditionnelle. La plateforme offre une visibilité internationale, des outils de recommandation et des possibilités de partage susceptibles d’élargir la portée des contenus. Cette présence implique toutefois de nouvelles contraintes éditoriales : les programmes doivent être suffisamment accessibles pour attirer les internautes, tout en conservant les exigences de précision et de contextualisation qui caractérisent la station. Le choix d’épisodes de douze minutes traduit cette recherche d’équilibre entre profondeur journalistique et adaptation aux usages numériques.
Sur le plan stratégique, cette nouvelle collection permet également à Radio France de renforcer son catalogue de programmes originaux disponibles à la demande. Les contenus documentaires présentent l’avantage de pouvoir être consultés plusieurs semaines, voire plusieurs mois après leur publication, contrairement à une partie de l’actualité quotidienne. Ils contribuent ainsi à installer des rendez-vous durables et à valoriser le travail des producteurs. La décision de programmer quatre nouvelles séries en 2027 montre que France Culture envisage « La Fabrique de la désinformation » comme une collection appelée à se développer, et non comme une simple opération ponctuelle. Elle intervient aussi dans un contexte de multiplication des débats sur les ingérences étrangères, l’utilisation de l’intelligence artificielle et la circulation de contenus trompeurs en ligne. À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, ces questions devraient conserver une importance particulière. Pour France Culture, le défi sera de proposer une information suffisamment documentée pour éclairer le public, sans céder aux mécanismes de dramatisation parfois associés aux plateformes numériques. Avec cette nouvelle production, la station confirme sa volonté de faire évoluer les formes de l’investigation radiophonique et de donner une seconde vie audiovisuelle à ses enquêtes.



