Journalistes étrangers aux États-Unis : le séjour passe de cinq ans à 240 jours, une réforme qui bouleverse les correspondants
Les journalistes étrangers travaillant aux États-Unis voient leur régime de séjour profondément modifié. L’administration américaine avait prévu de remplacer le système permettant aux titulaires d’un visa I de rester dans le pays pendant la durée de leur mission par une autorisation limitée à 240 jours, soit environ huit mois. La mesure, portée par le département de la Sécurité intérieure, concerne les représentants de médias étrangers et devait entrer en vigueur le 15 septembre.
Le changement est considérable pour les correspondants installés sur le long terme. Jusqu’ici, le dispositif dit de « duration of status » permettait aux journalistes de rester aux États-Unis aussi longtemps qu’ils remplissaient les conditions liées à leur activité professionnelle. Le nouveau cadre impose une durée fixe et oblige les journalistes souhaitant poursuivre leur travail au-delà de 240 jours à effectuer une nouvelle démarche auprès des autorités. Les journalistes chinois sont soumis à une limite encore plus courte, fixée à 90 jours.
Une réforme déjà contestée devant la justice
Le sujet dépasse largement la seule question administrative pour les rédactions internationales. Un correspondant affecté plusieurs années à Washington, New York ou Los Angeles devra désormais anticiper davantage ses renouvellements et les éventuelles interruptions liées aux procédures. Le département de la Sécurité intérieure défend cette évolution au nom d’un contrôle accru des personnes admises sur le territoire, tandis que plusieurs organisations de journalistes et de médias estiment que ces délais peuvent compliquer le suivi de dossiers de longue haleine. Le texte fédéral relève d’ailleurs que des organisations avaient souligné qu’une période de 240 jours était insuffisante pour certaines missions couvrant des cycles électoraux, des enquêtes ou des événements politiques prolongés.
La réforme a toutefois connu un nouveau rebondissement majeur. Le 14 septembre, soit la veille de son entrée en vigueur prévue, un juge fédéral du Massachusetts a temporairement bloqué son application. La décision maintient pour l’instant l’ancien système pendant la poursuite de la procédure judiciaire. Le débat est donc loin d’être clos : derrière une modification technique des visas se joue aussi l’organisation pratique de la couverture des États-Unis par les médias étrangers, avec des conséquences potentielles sur la stabilité des équipes de correspondants et la conduite des reportages au long cours.
Noé Tifault
Noé Tifault est journaliste pour TVMag.info, le média qui décrypte les médias. Ayant débuté dans l'actualité internationale, il a collaboré avec Opinion Internationale et le magazine Entrevue avant de rejoindre la rédaction. Passionné de podcasts, il suit de près l'évolution des nouveaux formats audio et l'actualité du paysage médiatique français.
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