Mediapart interdit d’accès à la soirée de Jordan Bardella : des journalistes quittent l’événement
Un journaliste de Mediapart s’est vu refuser l’entrée à la soirée de lancement du nouveau livre de Jordan Bardella, mercredi 4 novembre 2026, à Paris. Malgré un billet nominatif, il n’a pas été autorisé à pénétrer dans la salle, le Rassemblement national invoquant le caractère privé de l’événement. En réaction, la quasi-totalité des journalistes présents ont quitté les lieux pour protester contre cette exclusion.
La présentation du nouveau livre de Jordan Bardella, intitulé « Gouverner » et publié aux éditions Fayard, a été marquée par un incident impliquant plusieurs médias. Mercredi 4 novembre, peu avant 20 heures, un journaliste de Mediapart s’est présenté à l’entrée du Pavillon Wagram, dans le 17e arrondissement de Paris, où se déroulait la soirée. Bien qu’il dispose d’un billet nominatif, les agents de sécurité lui ont interdit l’accès au bâtiment. Selon les informations rapportées par l’AFP, un membre du dispositif présent dans le hall aurait fait signe à ses collègues de ne pas le laisser entrer. Plusieurs autres rédactions avaient pourtant obtenu une accréditation pour couvrir l’événement organisé autour du président du Rassemblement national.
Interrogé sur cette décision, Victor Chabert, directeur du service de presse du RN, a expliqué que la soirée relevait d’un événement privé et que les journalistes concernés ne disposaient pas des accréditations nécessaires. Un journaliste de StreetPress aurait également été refoulé, selon un témoignage relayé sur les réseaux sociaux par un confrère de Libération. En signe de protestation, la quasi-totalité des journalistes inscrits ont quitté les lieux, à l’exception notamment de représentants de médias appartenant au groupe Bolloré, également propriétaire de Fayard. Ce départ collectif a transformé la présentation du livre en une nouvelle controverse concernant les relations entre le Rassemblement national et les rédactions chargées de couvrir son actualité.
Des tensions persistantes entre Mediapart et le Rassemblement national
Cet incident intervient dans un contexte de relations particulièrement dégradées entre Mediapart et le parti de Jordan Bardella. Fin septembre, le site d’investigation avait publié des enquêtes attribuant au responsable politique des écrits de jeunesse à caractère antisémite. Jordan Bardella conteste catégoriquement en être l’auteur et a engagé une procédure pour diffamation. Depuis ces révélations, les équipes du média ont rencontré plusieurs difficultés lors de rassemblements du RN. Le 24 octobre, à l’occasion du congrès du parti organisé à Orléans, des journalistes de Mediapart avaient notamment été pris à partie par des militants avant d’être évacués par le service d’ordre. Ils avaient ensuite pu réintégrer la salle. Ces épisodes successifs alimentent les inquiétudes exprimées par plusieurs rédactions concernant les conditions d’exercice du journalisme lors des événements politiques.
La direction de Mediapart a vivement réagi au refus d’accès opposé à son journaliste mercredi soir. Sa présidente, Carine Fouteau, a dénoncé une nouvelle entrave au travail de la rédaction, qualifiant cette décision de censure. Pour le média d’investigation, la possibilité de couvrir les événements organisés par les responsables politiques constitue un enjeu essentiel d’accès à l’information, particulièrement lorsque d’autres organes de presse sont autorisés à y assister. Le Rassemblement national défend de son côté le droit des organisateurs à déterminer les conditions d’accès à une manifestation privée. La controverse pose ainsi la question des critères d’accréditation appliqués aux journalistes et de leur éventuelle utilisation pour sélectionner les médias présents lors d’événements politiques.
La soirée a également été marquée par une manifestation organisée à l’extérieur du Pavillon Wagram. Une quinzaine de militants du collectif Nous vivrons, engagé dans la lutte contre l’antisémitisme, se sont rassemblés avec des pancartes et des mégaphones pour interpeller Jordan Bardella. Sur X, le président du RN a dénoncé cette mobilisation, qu’il a attribuée à l’extrême gauche, une caractérisation contestée notamment par Jean-Luc Mélenchon. Au-delà de la promotion de son troisième ouvrage, cet épisode remet au premier plan les relations entre les formations politiques et les médias à l’approche de la présidentielle de 2027. Il souligne les tensions qui peuvent apparaître entre la maîtrise de la communication des responsables politiques, la liberté d’organisation des événements privés et le droit des journalistes à couvrir l’actualité politique.



