Noémie Wira : « Il faut donner envie aux jeunes de jouer avec la langue française »
Journaliste à BFMTV, Noémie Wira s’engage aujourd’hui auprès de La Dictée pour Tous, une initiative qui fait de la langue française un outil de transmission et de rassemblement. Pour TVMag.info, elle raconte les raisons de cet engagement, son envie d’aller à la rencontre des jeunes et défend l’importance de la transmission, un fil rouge qu’elle entend également prolonger dans son métier de journaliste et ses futurs projets.
Aimé Kaniki : Vous n’avez pas commencé votre carrière dans le journalisme. À quel moment avez-vous compris que vous vouliez travailler dans les médias ?
Noémie Wira : C’est vrai que je ne me suis pas tout de suite dirigée vers des études de journalisme. J’ai grandi dans un petit village à la campagne et, à l’époque, le journalisme, et encore davantage la télévision, me paraissaient appartenir à un cercle assez fermé. Je ne connaissais personne qui travaillait dans ce secteur et je n’imaginais pas vraiment que cela puisse devenir mon métier. Je me suis donc d’abord orientée vers des études de management. J’ai notamment travaillé pour LVMH. Ensuite, j’ai suivi un parcours en journalisme au CFPJ et j’ai eu la chance de décrocher un stage à France 5. C’est là que cela a été un véritable déclic. Ce qui me paraissait inaccessible devenait concret. À partir de là, je me suis accrochée et j’ai décidé de poursuivre dans cette voie.
Vous vous êtes ensuite spécialisée dans l’économie et les entreprises. Pourquoi avoir choisi ces sujets ?
Je n’ai pas commencé directement chez BFM Business. J’ai d’abord été stagiaire à France 5 dans La Quotidienne. Je me souviens d’ailleurs de mon premier jour : on m’avait demandé de présenter un pyjama en plateau ! L’ambiance était très bon enfant. Cela a été une formidable porte d’entrée dans l’univers de la télévision. J’aidais les équipes à préparer les chroniques, à écrire les textes de présentation et j’accompagnais aussi les journalistes en région pour des reportages. À la fin de ce stage, j’ai eu envie de me tourner davantage vers l’information. J’ai ensuite travaillé pour Public Sénat, où je me suis intéressée à l’actualité politique, puis pour Euronews qui m’a permis de me plonger davantage dans l’actualité internationale. Avant de rejoindre le groupe RMC BFM, je suis partie un an en Belgique pour participer au lancement de la chaîne d’information LN24. À l’époque, il n’y avait pas encore de chaîne d’information en continu en Belgique, donc c’était un challenge particulièrement intéressant. C’était une expérience très formatrice parce que j’ai vraiment pu toucher à tout : produire une émission, présenter des JT, partir sur le terrain et réaliser des reportages à l’iPhone, ce qui était encore assez nouveau il y a 8 ans. Cette expérience belge m’a ouvert les portes du groupe RMC BFM. En parallèle, je travaillais chez B Smart, où je coprésentais avec Jean-Marc Sylvestre une émission consacrée aux start-up. J’ai effectivement une appétence pour les sujets économiques. À BFM Business, je traitais beaucoup la consommation, l’économie et le retail, notamment dans une chronique de Good Morning Business et dans une émission hebdomadaire. C’était assez naturel pour moi puisque j’avais fait des études de management avant mon école de journalisme. J’avais donc déjà une certaine familiarité avec l’univers de l’entreprise et les sujets économiques.
Comment fait-on pour rendre les sujets économiques accessibles au grand public sans trop les simplifier ?
Je pense qu’il faut toujours partir du concret. L’économie peut rapidement devenir très technique si l’on parle uniquement de chiffres, de taux ou d’indicateurs. Mais derrière ces données, il y a toujours une conséquence très concrète dans la vie des gens : le prix de leurs courses, leur crédit immobilier, leur salaire, leur emploi ou leur entreprise. Il faut donc essayer de vulgariser au maximum pour être compris de tous. C’est quelque chose que j’essaie constamment de garder en tête. Je me demande : « Est-ce que la personne qui vient de se réveiller devant sa télévision va me comprendre ? »
Entre l’information en continu, les débats et les réseaux sociaux, les médias laissent-ils encore suffisamment de place au terrain et à l’explication ?
Le terrain doit absolument garder une place importante. C’est d’ailleurs ce que j’ai toujours préféré parce que c’est là que je me sens le plus à ma place. On est véritablement au cœur de l’actualité. On rencontre les gens, on recueille leurs témoignages et on essaie de comprendre la situation directement sur place plutôt que de la vivre à distance. Aujourd’hui, on voit effectivement de plus en plus de débats. Or, pour moi, le rôle du journaliste reste d’abord d’aller chercher l’information. Le débat et l’analyse sont nécessaires, mais ils doivent pouvoir s’appuyer sur des faits, des reportages et des témoignages recueillis sur place. Le terrain, c’est la réalité. Lorsqu’on couvre une catastrophe naturelle, une guerre ou même un fait divers, les journalistes et les reporters sont parmi les premiers au contact de ce qui se passe et des personnes qui le vivent. Notre responsabilité est de transmettre cette réalité de la manière la plus fidèle possible. Il y a peut-être aujourd’hui davantage de place donnée aux commentaires en plateau et je pense qu’il faut justement veiller à ne pas perdre le terrain. Avec les réseaux sociaux, tout va extrêmement vite et il peut y avoir une tentation de commenter immédiatement un événement avant même d’avoir eu le temps de réellement le comprendre.
Vous avez rejoint La Dictée pour Tous. Comment cette collaboration est-elle née et qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à cette aventure ?
J’avais envie de rejoindre La Dictée pour Tous depuis un petit moment. J’ai immédiatement aimé cette idée parce que c’est un événement à la fois éducatif, populaire et fédérateur. On se retrouve tous autour de la langue française dans une ambiance conviviale. J’ai également trouvé intéressant de sortir de mon rôle habituel de journaliste pour aller à la rencontre des jeunes autrement. J’ai eu la chance de jouer la maîtresse d’école auprès d’environ 300 élèves et j’ai adoré ce moment d’échange et de partage. En tant que journaliste, les mots sont notre outil de travail quotidien. Je trouve donc intéressant de donner envie aux jeunes de jouer avec la langue française et de prendre confiance. Cela avait beaucoup de sens pour moi. J’espère également pouvoir consacrer davantage de temps à des projets associatifs. Je vais notamment m’engager auprès de l’association Médias Handicap. Je pense que cela fait aussi partie de notre rôle en tant que journalistes.

Comment donner envie aux jeunes de se tourner davantage vers les mots à l’heure du numérique ?
C’est une très bonne question. Ce n’est pas évident. J’ai des adolescents autour de moi et la lecture n’est pas forcément ce qui les attire le plus. À l’heure du numérique, l’enjeu, c’est aussi de leur redonner le goût des mots en sortant d’une approche trop scolaire. C’est justement pour cela que La Dictée pour Tous est une très bonne initiative. J’ai d’ailleurs suggéré à l’association qu’il pourrait être intéressant de développer davantage de passerelles avec l’Éducation nationale. Je pense que nous avons besoin de moments comme ceux-là où l’on sort un peu du cadre scolaire traditionnel et où des jeunes, des parents, des enseignants et des personnalités de différents horizons peuvent se retrouver autour d’un même exercice. Je pense que les grandes plateformes ont aussi un rôle à jouer en donnant davantage de visibilité aux contenus éducatifs, culturels et de qualité. Il faut réussir à faire en sorte que ces contenus puissent trouver leur public au milieu de cette profusion d’informations. Mais la réflexion doit être plus large et se mener aussi au niveau national, notamment autour de l’éducation aux médias et au numérique.
Selon vous, que faudrait-il faire pour améliorer le niveau de l’éducation en France ?
C’est une question très vaste et je n’ai pas la prétention d’avoir la solution. Mais je pense qu’il faudrait d’abord redonner aux professeurs les meilleures conditions possibles pour exercer leur métier et leur permettre de consacrer leur énergie à ce qui est essentiel, transmettre et accompagner les élèves. Cela passe aussi par l’attractivité du métier. Si l’on veut susciter de nouvelles vocations et conserver des enseignants expérimentés, il faut s’interroger sur leur rémunération, leurs conditions de travail, mais aussi sur la reconnaissance qu’on leur accorde. Je pense également qu’il serait intéressant de réfléchir davantage au rythme des élèves. En France, ils ont un volume annuel d’enseignement relativement important et des vacances réparties différemment de nombreux autres pays. Faut-il raccourcir certaines vacances, alléger les journées ou mieux répartir le temps scolaire sur l’année ? Je ne maîtrise pas suffisamment le sujet pour avoir une réponse définitive, mais je pense que ce débat mérite d’être posé. Plus généralement, j’aimerais que l’on accepte davantage d’expérimenter. L’éducation est un sujet trop important pour rester figé dans un modèle simplement parce qu’il a toujours fonctionné ainsi. Il faut regarder ce qui fonctionne ailleurs, tester certaines idées en France et surtout écouter ceux qui sont au contact des élèves tous les jours, à savoir les enseignants.
La transmission semble finalement être un fil rouge dans votre carrière. Est-ce quelque chose d’important pour vous ?
Oui, bien sûr. C’est aussi pour cela que le projet de La Dictée pour Tous m’a tout de suite intéressée. Au sein de RMC BFM, nous participons également à des journées pendant lesquelles nous accueillons des jeunes pour leur faire découvrir les différents métiers, répondre à leurs questions et leur montrer les coulisses d’une rédaction. Aujourd’hui, si je peux montrer à des jeunes que ces métiers ne sont pas réservés à ceux qui en connaissent déjà les codes ou qui ont grandi dans ce milieu, je trouve que c’est une manière de rendre ce que l’on m’a donné à un moment de mon parcours. La transmission est essentielle, quel que soit le métier. Je pense que c’est aussi de cette manière que l’on donne aux jeunes l’envie de s’investir, de s’engager et surtout de croire en leur avenir.
Après toutes ces expériences, quelle direction souhaitez-vous désormais donner à votre carrière ?
C’est toujours difficile de répondre à cette question parce que le secteur des médias évolue très vite. Ce qui m’importe avant tout, c’est de continuer à traiter des sujets qui m’intéressent vraiment. J’ai aussi envie de développer davantage de projets digitaux, sur YouTube ou sur les réseaux sociaux. Les usages ont énormément évolué ces dernières années. Les jeunes ne s’informent plus forcément devant un JT ou une chaîne d’information. Je trouve donc intéressant d’aller chercher ce public là où il se trouve, avec d’autres codes et d’autres manières de raconter l’actualité. Pourquoi ne pas développer des formats de décryptage destinés aux jeunes ? Le digital apporte également une liberté de ton et de narration que l’on a parfois moins à la télévision. L’idée n’est pas d’opposer la télévision au digital, mais plutôt de pouvoir faire les deux. Le métier de journaliste évolue. Je me souviens qu’à l’école, j’ai appris à tourner avec de grosses caméras à l’épaule et que, très rapidement, j’ai finalement réalisé des reportages à l’iPhone. Je pense que le métier de journaliste évolue et qu’il faut savoir évoluer avec lui.
Propos recueillis par Aimé Kaniki




