« Vanuatu Daily Post », le quotidien qui défend la liberté de la presse dans le Pacifique
Dans un archipel de près de 340 000 habitants dispersés sur plus de 80 îles, faire vivre un journal quotidien constitue déjà une performance. Publié depuis Port-Vila, la capitale, le « Vanuatu Daily Post » occupe une place particulière : il est le seul quotidien imprimé du Vanuatu et l’un des principaux médias indépendants de ce petit État insulaire du Pacifique Sud.
Rédigé principalement en anglais, le journal couvre la politique, l’économie, la justice, la société, le sport et les conséquences des catastrophes naturelles. Il évolue dans un pays officiellement trilingue, où l’anglais, le français et le bichelamar cohabitent. Sa couverture dépasse régulièrement les frontières nationales pour traiter les grands enjeux de l’Océanie.
D’un journal de petites annonces au principal quotidien du pays
L’histoire du titre commence en 1993 sous le nom de « Trading Post ». À l’origine, la publication contient surtout des petites annonces et quelques informations générales destinées à une population expatriée. Le journaliste britannique Marc Neil-Jones, installé au Vanuatu depuis 1989, transforme progressivement ce modeste support en véritable journal d’information.
D’abord hebdomadaire, puis publié plusieurs fois par semaine, le titre devient le « Vanuatu Daily Post » au début des années 2000. Il s’impose alors comme le premier véritable quotidien du pays. Son éditeur, Trading Post Ltd, développe parallèlement d’autres activités médiatiques, parmi lesquelles des magazines et la station de radio 96 Buzz FM. L’Association des médias des îles du Pacifique présente le titre comme la plus importante entreprise médiatique privée du Vanuatu.
Une rédaction confrontée au pouvoir politique
Le « Daily Post » s’est surtout construit autour de ses enquêtes sur la corruption, les abus de pouvoir et les violences policières. Cette ligne éditoriale lui a valu de nombreuses pressions. En 2001, Marc Neil-Jones est arrêté puis expulsé après la publication d’informations impliquant le Premier ministre Barak Sopé dans une affaire de garanties bancaires falsifiées. La justice annule finalement l’expulsion et le dirigeant est ensuite condamné pour faux.
Les locaux du journal ont également été pris pour cible à plusieurs reprises. Marc Neil-Jones a été agressé en 2009 après des articles sur les conditions de détention, puis de nouveau en 2011 par un groupe conduit par le ministre des Infrastructures Harry Iauko. Ces violences ont fait du fondateur une figure de la défense de la liberté de la presse dans le Pacifique. Il est mort en mars 2025, à l’âge de 67 ans.
Un média indispensable lors des crises
Dans un pays régulièrement frappé par les cyclones, les séismes et les éruptions volcaniques, le journal assure également une mission d’information pratique. Ses journalistes rendent compte des évacuations, des dégâts, des opérations humanitaires et des décisions gouvernementales, notamment lorsque les communications entre les différentes îles deviennent difficiles.
Le « Vanuatu Daily Post » conserve aujourd’hui une édition imprimée tout en développant sa présence numérique. Cette transition lui permet de toucher la diaspora vanuataise et les lecteurs du reste du Pacifique, sans abandonner le papier, encore essentiel dans certaines zones où l’accès à Internet demeure irrégulier.
Une institution nationale dans un marché réduit
La société éditrice a également lancé « L’Hebdo du Vanuatu » en 2008 avec le soutien de l’Union européenne et de l’ambassade de France. Ce journal en français s’adresse aux habitants francophones de l’archipel ainsi qu’aux lecteurs de la Nouvelle-Calédonie voisine. Cette initiative reflète la singularité linguistique d’un pays partagé entre les héritages britannique, français et mélanésien.
Plus de trente ans après sa création, le « Vanuatu Daily Post » est devenu bien davantage qu’un quotidien local. Son histoire raconte la construction d’une presse indépendante dans un petit État insulaire où les journalistes travaillent au contact direct des responsables qu’ils surveillent. Malgré un marché publicitaire limité et des pressions répétées, le titre reste une institution majeure de la vie démocratique vanuataise.
La rédaction
L'actualité des médias en France : télévision, radio, presse, numérique et business. Audiences, coulisses, nominations... L'essentiel chaque jour !
Voir tous les articles de La rédaction →