Carte de presse : les premières demandes chutent de près de 12 %, les CDD dominent chez les jeunes journalistes
Le nombre de journalistes demandant leur première carte de presse continue de diminuer en France. Selon les statistiques publiées le 21 octobre 2026 par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), les premières demandes ont reculé de 11,7 % sur un an. Les femmes représentent toujours la majorité des nouveaux entrants, tandis que 64 % des demandeurs travaillent en contrat à durée déterminée. Ces chiffres illustrent les transformations d’une profession confrontée à des difficultés économiques et à des conditions d’entrée sur le marché du travail souvent précaires.
La profession journalistique continue de perdre des candidats à la carte de presse. D’après les données arrêtées au 30 septembre 2026 par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels, 34 439 demandes ont été enregistrées depuis le début de l’année, contre 35 267 à la même période en 2025. Cette diminution de 828 dossiers représente un recul de 2,3 %, confirmant une tendance observée pour la troisième année consécutive. Le nombre de cartes délivrées suit une trajectoire comparable, avec 33 116 titres accordés, contre 34 083 un an auparavant. La baisse atteint ainsi 2,8 %. Mais c’est surtout du côté des nouveaux entrants que le ralentissement apparaît le plus marqué. Les premières demandes examinées par les correspondants régionaux de la Commission sont passées de 2 000 à 1 767 en un an, soit une chute de 11,7 %. Cette évolution interroge sur les conditions d’accès à une profession dont les modèles économiques ont profondément changé avec le développement du numérique, la concurrence des plateformes et les difficultés rencontrées par certains éditeurs de presse. Elle ne signifie toutefois pas nécessairement que le nombre total de personnes exerçant une activité journalistique diminue dans les mêmes proportions, les statistiques de la CCIJP concernant uniquement les demandes de carte professionnelle.
Malgré ce recul, les nouvelles générations de journalistes présentent des caractéristiques relativement stables. Les femmes représentent 54 % des personnes effectuant une première demande, confirmant une féminisation progressive de la profession. Cette proportion contraste avec la composition globale des journalistes titulaires d’une carte, où les hommes demeurent légèrement majoritaires. Les nouveaux demandeurs sont également jeunes : 60 % ont moins de 30 ans, même si les âges observés s’échelonnent de 19 à 75 ans. La situation contractuelle apparaît cependant comme l’un des éléments les plus significatifs de cette nouvelle photographie du métier. Près de 64 % des premières demandes proviennent de journalistes employés en contrat à durée déterminée, une proportion identique à celle enregistrée en 2025. Une part importante de ces contrats correspond à des dispositifs de professionnalisation et d’alternance. Ces chiffres montrent que les débuts de carrière restent fortement associés à des formes d’emploi temporaires, avant une éventuelle stabilisation professionnelle. Pour les jeunes diplômés, l’accès à un poste durable peut nécessiter plusieurs expériences successives dans des rédactions différentes, une mobilité géographique importante et une adaptation aux compétences désormais attendues par les employeurs, notamment dans la vidéo, les réseaux sociaux et les formats numériques.
Une profession qui se féminise mais dont les conditions d’emploi restent fragiles
La répartition géographique des premières cartes de presse confirme également la concentration des activités médiatiques dans certains territoires. L’Île-de-France demeure la première région d’origine des journalistes obtenant leur carte professionnelle pour la première fois. Elle devance la Bretagne, puis le Nord et le Rhône, qui arrivent à égalité. Les Pays de la Loire et la région Alpes figurent également parmi les territoires les plus représentés, tandis que le Poitou-Charentes apparaît en dernière position du classement communiqué par la CCIJP. Cette répartition s’explique en partie par la présence des sièges des grandes entreprises de presse, des groupes audiovisuels et des principales agences d’information en région parisienne. Elle témoigne aussi de l’importance des pôles régionaux de formation et des rédactions locales dans l’accès au métier. Parmi les écoles de journalisme reconnues, le Centre universitaire d’enseignement du journalisme de Strasbourg arrive en tête avec 24 premières demandes, devant l’École supérieure de journalisme de Lille, qui en compte 19. L’École de journalisme de Grenoble suit avec 18 demandes, devant celle de Sciences Po Paris avec 14 et l’IUT Nice Côte d’Azur avec 13. Ces résultats mettent en lumière le rôle des formations spécialisées, sans pour autant résumer l’ensemble des parcours permettant de devenir journaliste professionnel. La carte de presse reste en effet accessible aux personnes qui exercent le métier sans être passées par une école reconnue.
Au-delà des statistiques, ces résultats soulèvent plusieurs interrogations sur l’avenir du journalisme français. Le développement des médias numériques a multiplié les possibilités de publication et favorisé l’émergence de nouvelles rédactions indépendantes, mais il n’a pas supprimé les difficultés de financement de l’information. Pour les entreprises de presse, la dépendance à la publicité, la concurrence des plateformes technologiques et les coûts de production peuvent limiter les perspectives de recrutement à long terme. La place importante des CDD parmi les premières demandes peut également refléter les pratiques de recrutement et le poids de l’alternance, sans permettre à elle seule de mesurer l’ensemble de la précarité dans la profession. Les données définitives du millésime 2025 montraient d’ailleurs une situation différente parmi les journalistes déjà installés : plus des deux tiers des cartes renouvelées concernaient des salariés en CDI mensualisé. La distinction entre les conditions d’entrée dans le métier et celles des professionnels expérimentés demeure donc essentielle. À l’heure où les rédactions cherchent à attirer de nouveaux talents et à renouveler leurs équipes, la diminution des premières demandes constitue néanmoins un indicateur à surveiller. La capacité du secteur à proposer des perspectives d’emploi stables, à favoriser la diversité des parcours et à accompagner les transformations technologiques pourrait jouer un rôle déterminant dans son attractivité au cours des prochaines années.



