Sarah Knafo saisit l’Arcom après son interview explosive sur franceinfo et dénonce un « simulacre de procès »
La polémique autour de l’interview de Sarah Knafo sur franceinfo prend une nouvelle dimension. Samedi 31 octobre 2026, l’eurodéputée Reconquête a annoncé saisir l’Arcom pour demander une mise en demeure de Radio France. Elle accuse les journalistes Simon Le Baron et Audrey Tison d’avoir manqué à leurs obligations d’impartialité et d’honnêteté de l’information. De son côté, la station publique défend fermement le travail de ses deux intervieweurs.
L’entretien du mercredi 28 octobre 2026 continue de provoquer des remous dans l’audiovisuel public. Invitée du rendez-vous politique de 8h30 sur franceinfo, Sarah Knafo devait notamment présenter son ouvrage « Le casse du siècle », dans lequel elle défend plusieurs propositions économiques et la privatisation de l’audiovisuel public. Mais la discussion avec Simon Le Baron et Audrey Tison a rapidement tourné à l’affrontement. Quatre jours plus tard, la députée européenne a annoncé sur X avoir saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), estimant que les conditions de son passage à l’antenne justifiaient une intervention du régulateur.
Dans son message, Sarah Knafo dénonce « 73 interruptions en 24 minutes », un décompte avancé par l’élue, ainsi qu’un « simulacre de procès » en référence au bandeau « Knafo répond aux accusations », affiché à l’écran dès le début de l’entretien. Elle considère que les journalistes ont multiplié les mises en cause sans lui permettre de développer suffisamment ses réponses. Dans une lettre adressée à l’Arcom, elle détaille plusieurs griefs et demande au régulateur d’examiner les conditions dans lesquelles l’interview a été conduite. Elle réclame notamment une mise en demeure de Radio France, au nom des obligations d’honnêteté de l’information, d’impartialité et d’égalité de traitement qu’elle estime avoir été méconnues.
Une interview sous haute tension dès les premières minutes
La confrontation avait débuté lorsque Simon Le Baron avait interrogé Sarah Knafo sur l’attaque raciste survenue quelques jours auparavant à Trappes et à La Verrière. Après avoir évoqué les condamnations judiciaires d’Éric Zemmour, président de Reconquête, le journaliste lui avait demandé si elle condamnait les faits. Une question à laquelle l’eurodéputée avait répondu avec irritation, estimant que sa condamnation de l’attaque allait de soi. La tension était ensuite montée lorsque sa consœur Audrey Tison avait qualifié de « laconique » la réaction publiée par l’élue sur les réseaux sociaux. Sarah Knafo avait alors demandé que son message soit lu intégralement à l’antenne.
Simon Le Baron lui avait rétorqué : « Madame Knafo, ce n’est pas vous qui posez les règles sur ce plateau. » L’échange avait ensuite pris une tournure particulièrement conflictuelle, l’invitée reprochant aux journalistes leur manière de conduire l’entretien. Les discussions consacrées à ses propositions économiques avaient également donné lieu à plusieurs désaccords, notamment sur les critiques adressées à son livre. Pour Sarah Knafo, cette succession de confrontations illustre un traitement journalistique orienté. Pour les défenseurs de l’interview, elle relève au contraire du droit des journalistes à questionner et à contredire une responsable politique sur ses prises de position.
Franceinfo défend ses journalistes, l’Arcom désormais sollicitée
Face à la polémique, franceinfo a publiquement apporté son soutien à Simon Le Baron et Audrey Tison. La station considère que les deux journalistes ont exercé leur métier en confrontant leur invitée à ses déclarations et à ses propositions. Elle dénonce également les attaques et les tentatives d’intimidation dont ils auraient fait l’objet après la diffusion de l’entretien. La Société des journalistes de Radio France a adopté une position similaire, estimant que l’interview avait été menée dans le respect des règles déontologiques. Elle accuse pour sa part Sarah Knafo d’avoir cherché à discréditer l’audiovisuel public plutôt qu’à répondre aux questions posées.
L’affaire intervient dans un contexte de fortes tensions autour du financement et de l’avenir des médias publics. Sarah Knafo, qui défend leur privatisation, entend désormais porter le débat sur le terrain réglementaire. Sa saisine ne signifie toutefois pas que les manquements dénoncés sont établis : il appartient à l’Arcom d’apprécier les éléments transmis et de déterminer si une intervention est justifiée. Au-delà de cette procédure, la controverse pose une question sensible pour les rédactions : comment mener une interview politique exigeante, parfois contradictoire, sans donner le sentiment d’un traitement déséquilibré ? Pour franceinfo comme pour l’ensemble du service public, les suites de cette affaire seront particulièrement observées.



