Aller au contenu

Télévision · Radio · Presse · Numérique

Tout le fil d’actualité
Actualité

CNews : une pétition réclamant la fermeture de la chaîne dépasse les 500 000 signatures

Partager
CNews : une pétition réclamant la fermeture de la chaîne dépasse les 500 000 signatures
CNews : une pétition réclamant la fermeture de la chaîne dépasse les 500 000 signatures

Une pétition demandant le retrait de l’autorisation de diffusion de CNews sur la TNT a franchi, lundi 2 novembre 2026, le seuil des 500 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale. Cette mobilisation relance le débat sur le pluralisme de l’information, les pouvoirs de l’Arcom et la liberté éditoriale des chaînes de télévision. Malgré son succès, cette initiative ne peut entraîner automatiquement la fermeture de la chaîne du groupe Canal+.

La contestation contre CNews prend une nouvelle dimension. Lancée le 10 juin dernier sur la plateforme officielle des pétitions de l’Assemblée nationale, une initiative citoyenne demandant la disparition de la chaîne d’information de la télévision numérique terrestre a dépassé les 500 000 signatures ce lundi 2 novembre. Déposée par Lucas Massoni sous le numéro 5820, elle dénonce la ligne éditoriale du média contrôlé par le groupe Canal+ et réclame une intervention de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Le franchissement de ce seuil pourrait ouvrir la voie à un examen parlementaire, sous réserve du respect des conditions prévues par le règlement de l’Assemblée.

La progression de cette pétition s’est considérablement accélérée au cours des derniers jours. Selon les chiffres rapportés par Entrevue, elle réunissait encore environ 45 000 soutiens mercredi 28 octobre, avant de dépasser successivement les 100 000 signatures jeudi, les 200 000 vendredi et les 300 000 samedi. Dimanche, plus de 420 000 personnes avaient déjà signé le texte. Cette hausse intervient dans un climat de fortes tensions politiques après l’attaque raciste commise le 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, qui a fait un mort et sept blessés. Plusieurs responsables politiques de gauche ont alors mis en cause certains discours diffusés sur CNews, sans qu’un lien de causalité entre les programmes de la chaîne et cette attaque soit établi.

Une pétition qui dénonce la ligne éditoriale de CNews

Dans son texte, l’auteur de la pétition accuse CNews de favoriser la diffusion de discours d’extrême droite et de contribuer à la banalisation de propos discriminatoires. Il estime que la chaîne ne respecte pas suffisamment les obligations attachées à son autorisation de diffusion sur la TNT. Pour étayer sa démarche, il cite notamment plusieurs interventions du régulateur audiovisuel depuis 2019, évoquant 27 rappels à l’ordre et un montant cumulé de 630 000 euros d’amendes. Ces chiffres sont ceux avancés par le pétitionnaire et regroupent différentes catégories de décisions administratives.

L’initiative intervient alors que CNews fait régulièrement l’objet de controverses concernant le traitement de l’actualité et les interventions de certains chroniqueurs. Le texte évoque notamment la plainte déposée par Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, après des propos tenus sur la chaîne par Jean Doridot et Michel Onfray. L’élu considère ces déclarations comme racistes, une qualification contestée par CNews. Le pétitionnaire cite également plusieurs sanctions prononcées par l’Arcom pour des manquements aux obligations de rigueur et d’honnêteté de l’information ou pour des propos jugés discriminatoires.

Le retrait de la fréquence TNT au cœur des revendications

La demande formulée par Lucas Massoni est particulièrement radicale : il souhaite le retrait immédiat de l’autorisation de diffusion de CNews sur la TNT ainsi que la fermeture de la chaîne. Son argumentation repose notamment sur l’idée que les sanctions financières ne seraient pas suffisamment dissuasives pour un groupe audiovisuel disposant de moyens économiques importants. Il appelle donc le régulateur à prendre une décision susceptible de mettre fin à la diffusion du média sur les fréquences hertziennes nationales.

La question du pluralisme est déjà au centre des relations entre CNews et l’Arcom. En juin 2026, la chaîne avait fait l’objet d’une mise en demeure pour manquement à l’obligation de pluralisme des courants de pensée et d’opinion. Cette décision avait provoqué une réaction de Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, qui avait dénoncé une intervention excessive du régulateur dans les choix éditoriaux de la chaîne. CNews conteste régulièrement les accusations de partialité idéologique et revendique sa liberté de traitement de l’actualité.

CNews refuse de commenter une « pétition politique »

Sollicitée après le franchissement des 500 000 signatures, CNews a choisi de ne pas engager de débat public sur cette initiative. La chaîne a simplement indiqué à Entrevue : « Nous ne ferons pas de commentaires sur cette pétition politique. » Cette réponse traduit la volonté du média de ne pas donner davantage d’écho à une démarche portée par ses opposants.

La mobilisation suscite des réactions opposées dans le débat public. Plusieurs responsables politiques de gauche estiment nécessaire de renforcer le contrôle des programmes diffusés par la chaîne. Le sénateur écologiste Yannick Jadot a notamment évoqué la possibilité de suspensions temporaires d’antenne en cas de diffusion de propos racistes, tandis que le député LFI Thomas Portes a appelé à la fermeture de CNews. À l’inverse, les défenseurs de la chaîne considèrent qu’une demande de suppression fondée sur sa ligne éditoriale soulève un problème majeur pour la liberté d’expression et le pluralisme des médias.

Les 500 000 signatures ne garantissent pas un débat à l’Assemblée

Sur le plan institutionnel, le franchissement du seuil de 500 000 signatures représente une étape importante, mais ne déclenche aucune procédure automatique de fermeture. Pour qu’une pétition puisse être envisagée en séance publique, elle doit également réunir des soutiens provenant d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer. Le texte doit ensuite être examiné par la commission parlementaire compétente, en l’occurrence celle des affaires culturelles et de l’éducation.

Cette commission peut décider de classer la pétition sans suite ou de poursuivre son examen. La Conférence des présidents de l’Assemblée nationale conserve ensuite la possibilité d’inscrire un débat à l’ordre du jour. Même dans cette hypothèse, les députés ne disposeraient pas du pouvoir de retirer directement l’autorisation de diffusion de CNews. Une telle décision relève des compétences de l’Arcom et doit respecter les procédures prévues par la législation audiovisuelle, notamment les garanties juridiques et les possibilités de recours.

Le précédent C8 ravive les interrogations sur la régulation

Cette mobilisation intervient moins de deux ans après la disparition de C8 de la TNT. La chaîne du groupe Canal+ avait perdu son autorisation de diffusion à l’issue de la procédure de renouvellement des fréquences, malgré une pétition de soutien ayant recueilli plus de 600 000 signatures en 2024. Ce précédent rappelle que les décisions relatives à l’attribution des fréquences reposent sur un cadre juridique distinct des mobilisations citoyennes, qu’elles soient favorables ou défavorables à un média.

Il convient également de distinguer la disparition d’une chaîne de la TNT de sa fermeture complète. Le retrait d’une autorisation hertzienne ne signifie pas nécessairement l’interdiction de toute diffusion par d’autres moyens, notamment les réseaux numériques ou les plateformes de distribution. La procédure de renouvellement d’une fréquence, les sanctions administratives et les éventuelles décisions judiciaires obéissent par ailleurs à des mécanismes différents.

Une controverse qui dépasse le seul cas de CNews

Au-delà de cette pétition, la polémique interroge la manière dont les pouvoirs publics peuvent garantir le pluralisme de l’information sans porter une atteinte disproportionnée à la liberté éditoriale. Les chaînes d’information sont soumises à des obligations légales concernant notamment l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme des programmes. Leur respect relève du contrôle du régulateur, qui doit apprécier les manquements éventuels dans le cadre de procédures encadrées par le droit.

Pour CNews, cette nouvelle mobilisation intervient dans un contexte où sa ligne éditoriale demeure au centre des controverses politiques et médiatiques. Le seuil symbolique du demi-million de signatures donne une visibilité supplémentaire aux critiques de la chaîne, sans modifier à lui seul sa situation juridique. La suite dépendra de l’examen parlementaire éventuel de la pétition et, indépendamment de celui-ci, des décisions que pourrait prendre l’Arcom dans l’exercice de ses compétences.

Ouverte jusqu’au 19 juin 2029, la pétition pourrait continuer à recueillir des signatures dans les prochains mois. Elle constitue désormais un nouveau point de cristallisation du débat français sur les limites de la régulation audiovisuelle, la responsabilité des chaînes d’information et la protection de la liberté d’expression.

Partager cet article

Votre article, prêt à partager.

Téléchargez le visuel, puis ajoutez-le à votre publication Instagram. Vous pouvez aussi copier la légende avec le lien de l'article.

Prolongez la lecture