L’Arcom met CNews en demeure pour un « déséquilibre manifeste » des opinions à l’antenne
L’Arcom a franchi une étape inédite dans la régulation des chaînes d’information. Le régulateur a annoncé ce lundi 15 juin la mise en demeure de CNews pour manquement à ses obligations en matière de pluralisme des courants de pensée et d’opinion. Cette décision, première du genre depuis la réforme du contrôle du pluralisme décidée par le Conseil d’État en 2024, ouvre la voie à d’éventuelles sanctions financières en cas de récidive.
Après avoir analysé 168 heures de programmes diffusés en mars 2025, l’autorité estime que la chaîne du groupe Canal+ présente un « déséquilibre manifeste et durable » sur plusieurs sujets majeurs, notamment l’immigration, la justice, la guerre en Ukraine, l’islam ou encore le traitement politique de La France insoumise.
Un contrôle élargi du pluralisme
Depuis une décision du Conseil d’État rendue en février 2024, l’Arcom ne se limite plus au décompte du temps de parole des responsables politiques. Le régulateur doit désormais évaluer la diversité des opinions exprimées par l’ensemble des participants aux émissions, qu’il s’agisse des chroniqueurs, experts, animateurs ou invités.
Selon Martin Ajdari, président de l’Arcom, l’objectif n’est pas de juger les opinions défendues à l’antenne, mais de vérifier qu’aucun point de vue ne domine durablement le débat public. L’autorité reproche ainsi à CNews une représentation insuffisante des opinions contradictoires dans plus des trois quarts des séquences analysées.
Le régulateur pointe également le rôle joué par certains présentateurs et chroniqueurs dans l’orientation des débats, estimant que « les modalités de traitement de l’information en plateau contribuent à une perspective univoque de l’actualité ».
CNews annonce un recours
La chaîne conteste fermement cette décision et a annoncé son intention de saisir le Conseil d’État, voire les juridictions européennes compétentes. Dans un communiqué, CNews estime que cette mise en demeure porte atteinte à sa liberté éditoriale et à la liberté d’expression.
Cette procédure constitue toutefois une étape préalable à d’éventuelles sanctions. Si l’Arcom constate de nouveaux manquements dans les prochains mois, elle pourra engager une procédure de sanction pouvant déboucher sur une amende. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le régulateur a d’ailleurs annoncé la mise en place, dès la rentrée, d’une veille renforcée sur l’ensemble des chaînes d’information en continu.
Éléonore kervadec
Éleonore Kervadec est journaliste de formation et spécialiste de la communication. Après plusieurs années au sein de directions de la communication de sociétés de production audiovisuelle, elle s’est imposée comme une experte des stratégies d’image, des relations publiques et de la valorisation de contenus médiatiques.
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